Un débat sain sur les origines de ce qui nous arrive aujourd’hui en tant que nation est assurément attendu. Le moment venu, chacun devra sans doute y assumer courageusement sa part de responsabilité, mais les développements politiques récents doivent retenir notre plus grande attention. En effet, à l’ampleur et à l’urgence des défis économiques et sociaux que nous connaissons sont venues progressivement s’ajouter des initiatives politiques qui, à terme, pourraient constituer une sérieuse menace de déstabilisation des institutions du pays et de perturbation de la paix civile. La question du projet porté par Pastef et soutenu en son temps par de larges pans du peuple est ici gravement convoquée.
Pour rappel, les attendus de Pastef dont, au demeurant, nous avions voté la liste aux législatives de novembre 2024 comportaient un double objectif clairement exprimé par la tête de liste : d’une part, garantir au Président de la République une majorité lui permettant de gouverner convenablement pour respecter les engagements qu’il avait pris devant les électeurs et, de l’autre, ériger un parlement de rupture.
Les attendus précisaient explicitement sur ce second volet ce qui suit : un parlement débarrassé des privilèges hérités en vue d’un travail législatif réorienté vers les intérêts populaires et une exemplarité des élus assumée comme méthode de gouvernance.
Or donc, à l’orée de la présente session, le quotidien Les Échos, repris par Dakaractu, titre sur, je cite, « un début des hostilités » entre la majorité parlementaire et l’Exécutif. Le mot est lâché : « Hostilités ». Cette perception s’est d’ailleurs installée depuis plusieurs mois dans une partie de l’opinion publique.
Aujourd’hui, le constat qui s’établit a priori est que le premier objectif proclamé devant le peuple sénégalais — soutien au Président de la République pour le respect de ses engagements — est jeté par-dessus bord, au moins depuis le 10 juillet 2025, lorsque le Président de Pastef et Premier ministre de l’époque a affirmé publiquement que le pays avait un problème d’autorité et qu’on n’avait qu’à le laisser gouverner.
Dans tout régime présidentiel, une telle proclamation d’un Premier ministre peut s’interprèter comme une rupture brutalement assumée et l’ouverture d’une ère de confrontation directe avec le Président de la République.
En l’absence de l’exposé publique d’une théorie de la rupture avec le chef de l’Exécutif, fondée sur des bases théoriques et pratiques, politiques et programmatiques, il ne nous reste qu’à regarder du côté du parlement dominé pour voir les avancées qualitatives qui ont été accomplies. Ceci nous permettrait de vérifier par les faits le respect des engagements pris, mais aussi la vérité et l’étendue des divergences avec l’Exécutif. Il s’agit là d’une approche pragmatique, débarrassée des considérations subjectives, sentimentales et partisanes. C’est à cette aune, et non à celle de nos préférences personnelles, que le travail de la présente législature doit être apprécié pour le présent et pour l’avenir.
Premièrement : le chantier antisystème
On s’attendait à voir la nouvelle législature ouvrir ce vaste front qui était promis sur tous les toits. En effet, il nous avait semblé que le système qu’on dénonçait avait à voir avec la législation que le Parlement construisait depuis 1960, et que la tâche principale de cette législature était désormais d’en entreprendre la déconstruction. Encore faut-il s’entendre sur ce que « sortir du système » veut dire. Si le système désignait seulement des hommes, il suffisait de les remplacer, et ce fut fait. Mais s’il désignait aussi un corpus de lois, de procédures et de privilèges accumulés depuis 1960, alors l’Assemblée nationale est le lieu principal où le système se fait et s’ajuste. C’est précisément parce que la nouvelle majorité y disposait d’une puissance de vote inédite que l’attente était légitime. Mais, à l’arrivée, après bientôt deux années aux affaires, on n’a pas entamé l’audit de cette législation pour en déceler, éventuellement, les dispositions qui excluent les démunis, qui défavorisent les femmes, les personnes vivant avec un handicap, le secteur privé national au profit des investisseurs étrangers, la promotion de nos langues nationales, les zones frontalières déshéritées du pays ; la liste n’est pas limitative. C’est précisément là que l’on attendait de voir à l’œuvre le « Projet ».
Deuxièmement : les moyens intellectuels et humains du Parlement ;
Une assemblée moderne, ce sont d’abord des députés dotés d’une bonne mise à niveau. La question du débat budgétaire devrait être l’une des priorités à résoudre. Pendant ce débat qui dure d’octobre à décembre, chaque ministre qui vient à l’Assemblée est accompagné d’une cohorte de hauts fonctionnaires versés dans les différents domaines de compétence du ministère et au contact quotidien des réalités du département. En face, le député est pratiquement esseulé et peine à soutenir un débat de qualité avec le gouvernement.
Depuis des décennies s’est affirmée l’idée de doter l’institution d’un véritable corps d’experts en termes d’effectifs et de compétences, accessibles à tout moment à chaque parlementaire qui souhaite étoffer son dossier face au gouvernement. Cette modernisation nécessiterait naturellement des arbitrages budgétaires en termes de réallocation conséquente des ressources internes. Elle aurait relevé la qualité des débats au détriment des quolibets et autres dérapages dont se passerait volontiers une véritable assemblée de rupture. Arrêtons-nous sur cette atmosphère d’affrontements physiques au parlement pour rappeler que de 1962 à 2022 soit 60 ans, jamais à ma connaissance, les forces de sécurité n’ont été invitées à pénétrer dans l’hémicycle. De 2022 à 2026, en quatre ans seulement elles y sont intervenues à deux reprises. La première fois un parlementaire homme a donné un coup de pied dans le ventre d’une parlementaire en état de grossesse et la deuxième fois, c’est une figure de proue de l’opposition en l’occurrence le député Abdou Mbow qui a été vidé comme un malpropre alors qu’il prenait la parole au pupitre. Si le nécessaire avait été fait en termes de ruptures annoncées, de telles images dévastatrices ne feraient pas aujourd’hui le tour du monde.
La promotion à l’Assemblée nationale d’un style de vie simple et de prise en charge sérieuse des réformes au service des citoyens aurait permis de dégager sans de grosses difficultés les moyens financiers de cette politique. Elle réconcilierait aussi le Parlement avec un peuple fatigué mais qui consent des sacrifices pour ses élus. ¾
Troisièmement : le fonctionnement de l’institution et le débat budgétaire
De jour comme de nuit, d’octobre à décembre, les députés sont à l’Assemblée pour discuter d’un budget qui, pour l’essentiel, retourne au gouvernement comme il était venu, du fait d’un pouvoir d’amendement extrêmement limité du député. Les conditions permettant de donner du sens au débat budgétaire ne sont pas créées et ce dernier reste depuis 1960 une simple formalité routinière. Cette législature aurait dû s’attacher à résoudre cette épineuse question. Des propositions existent depuis très longtemps. Une articulation judicieuse entre le débat d’orientation budgétaire (DOB) et l’élaboration de la loi de finances initiale, dans le cadre d’une parfaite intelligence avec le Président de la République qui définit la politique de la Nation, aurait permis de faire passer les propositions des députés issues du débat d’orientation budgétaire dès les premières étapes d’élaboration de la loi de finances initiale. Ainsi, lorsque le projet de loi arrive à l’Assemblée en octobre, il a déjà été travaillé par les deux institutions et il ne resterait alors que la formalisation définitive. Le travail serait de qualité supérieure, sans toute cette montagne d’efforts débridés et irrationnels. L’intelligence entre les deux institutions aurait qualitativement fait avancer les réformes dont le pays a besoin en activant le levier du parlement, à la manière des lois votées sur l’OFNAC, l’accès à l’information, les lanceurs d’alerte, etc.
Malheureusement, ce chantier de rationalisation n’est pas ouvert et le marathon budgétaire reste en place depuis 60 ans. Changer le système intégrera assurément cette composante essentielle.
Quatrièmement : la question de l’impôt et des privilèges des députés
Il me souvient qu’une polémique nous avait opposés, l’actuel Président de l’Assemblée nationale et moi-même, sur cet impôt des députés. À l’époque, il affirmait que les députés ne payaient pas l’impôt. Interpellé sur les réseaux sociaux par un compatriote qui s’appelle Soya Diagne, qui souhaitait en savoir davantage, j’avais soutenu le contraire avec des preuves documentaires à l’appui, tout en ajoutant qu’il fallait sans doute réviser le niveau d’imposition des députés. Aujourd’hui, cet impôt des députés n’est plus à l’ordre du jour, à ce qu’il semble.
Entendons-nous bien. Si, depuis bientôt deux ans de législature, les ruptures annoncées et attendues ne sont pas au rendez-vous, cela pourrait aussi signifier qu’au contact des réalités on se soit rendu compte que, somme toute, il n’y avait pas de système à éradiquer. Si tel était le cas, alors l’éthique revendiquée aurait voulu qu’on regardât les Sénégalais droit dans les yeux pour leur dire que le système que nous nous promettions de combattre n’était qu’une illusion d’optique et que la législation en vigueur à l’Assemblée, tout comme son système de fonctionnement, étaient globalement convenables.
J’admettrais volontiers une troisième hypothèse : que les faiblesses, les limites et les dysfonctionnements aient été correctement identifiés, mais que les réformes se soient heurtées à des résistances plus fortes que prévu. Je veux bien l’entendre. Encore faudrait-il, dans cette hypothèse, que l’on nous dise quelles résistances ont été rencontrées, où elles l’ont été et de la part de qui. Le silence prolongé sur la question ainsi que sur le statut du « système » au parlement laissent penser que ces questions ne sont plus d’actualité.
Au total, un important paquet de réformes est en souffrance à l’Assemblée depuis l’arrivée de la nouvelle législature, mais aucun agenda de prise en charge n’est annoncé. Pendant ce temps, on s’échine à chercher des poux dans la tête du pouvoir exécutif avec des initiatives fort maladroites. Que signifie s’acharner sur une prochaine déclaration de patrimoine prévue en 2029 pour quelqu’un qui a déjà déclaré et publié son patrimoine depuis 2024 avant même d’être élu Président de la République, là où l’actuel Président de l’Assemblée nationale, assujetti depuis sa nomination à la Primature en avril 2024, n’a toujours pas publié la sienne ?
Tous ces fonds dont on parle existent depuis 1960 sans discontinuer, sous des formes qui peuvent évoluer. L’actuel Président de l’Assemblée nationale, initialement porteur principal du Projet Pastef et précédemment Premier ministre, était attendu fortement sur une initiative majeure de réforme des fonds politiques, qu’elle soit acceptée ou pas. Mais, ontrairement aux attentes, l’opinion apprendra par l’intéressé lui-même, à la veille de son départ de la Primature, qu’il bénéficiait d’un montant de près de deux milliards de francs, dont la périodicité n’a pas été précisée.
Ce que le peuple attend, selon mon entendement, c’est de voir résolue la question de la pertinence et de l’opportunité de ces fonds. Si la réponse est oui, alors définir les règles et modalités de fonctionnement. En tout état de cause, il n’existe pas de pays au monde où de tels fonds n’existent pas. Dans certains pays, on en discute ; dans d’autres, ils n’ont même pas de nom. On ne peut pas penser ce qui n’est pas nommé et donc, on n’en discute pas.
Il faut sûrement se féliciter de la forte position prise par le Président de la République allant jusqu’à la racine de la déclaration de patrimoine. Par-delà l’élargissement au Président de l’Assemblée nationale et au Premier ministre, il est questiin d’inclure dans le dossier de candidature à la présidence de la République la déclaration de patrimoine avec obligation de la rendre publique. Voilà une rupture majeure dans la façon de traiter la déclaration de patrimoine. On n’est plus sur la bande mais au cœur de la résolution du problème.
Il faudra bien un jour dévoiler, dans le fonctionnement du pouvoir, les mécanismes qui déforment chez certains la perception du réel. Ces hostilités contre un pouvoir exécutif qu’on devrait plutôt renforcer pour relever les graves défis du moment induisent un comportement d’une nocivité avérée auprès des populations. En effet, l’opinion publique en est arrivée à être complètement engluée dans une logique d’infantilisation. On lui offre sur les écrans de télévision comme sur les réseaux sociaux un spectacle où elle passe son temps à compter les coups à la manière d’un match de football ou d’un combat de lutte. Pendant ce temps, les défis du pays et l’organisation nécessaire pour y faire face sortent du champ.
Cette atmosphère délétère, artificiellement créée, porte tort aux intérêts immédiats et à long terme de notre peuple.
Les patriotes de toutes confessions, de toutes sensibilités politiques et de toutes générations savent que combattre les dérives actuelles pour obtenir le respect de notre peuple est devenu la tâche patriotique centrale.
Dakar, ce 20 août 2026.
Pour rappel, les attendus de Pastef dont, au demeurant, nous avions voté la liste aux législatives de novembre 2024 comportaient un double objectif clairement exprimé par la tête de liste : d’une part, garantir au Président de la République une majorité lui permettant de gouverner convenablement pour respecter les engagements qu’il avait pris devant les électeurs et, de l’autre, ériger un parlement de rupture.
Les attendus précisaient explicitement sur ce second volet ce qui suit : un parlement débarrassé des privilèges hérités en vue d’un travail législatif réorienté vers les intérêts populaires et une exemplarité des élus assumée comme méthode de gouvernance.
Or donc, à l’orée de la présente session, le quotidien Les Échos, repris par Dakaractu, titre sur, je cite, « un début des hostilités » entre la majorité parlementaire et l’Exécutif. Le mot est lâché : « Hostilités ». Cette perception s’est d’ailleurs installée depuis plusieurs mois dans une partie de l’opinion publique.
Aujourd’hui, le constat qui s’établit a priori est que le premier objectif proclamé devant le peuple sénégalais — soutien au Président de la République pour le respect de ses engagements — est jeté par-dessus bord, au moins depuis le 10 juillet 2025, lorsque le Président de Pastef et Premier ministre de l’époque a affirmé publiquement que le pays avait un problème d’autorité et qu’on n’avait qu’à le laisser gouverner.
Dans tout régime présidentiel, une telle proclamation d’un Premier ministre peut s’interprèter comme une rupture brutalement assumée et l’ouverture d’une ère de confrontation directe avec le Président de la République.
En l’absence de l’exposé publique d’une théorie de la rupture avec le chef de l’Exécutif, fondée sur des bases théoriques et pratiques, politiques et programmatiques, il ne nous reste qu’à regarder du côté du parlement dominé pour voir les avancées qualitatives qui ont été accomplies. Ceci nous permettrait de vérifier par les faits le respect des engagements pris, mais aussi la vérité et l’étendue des divergences avec l’Exécutif. Il s’agit là d’une approche pragmatique, débarrassée des considérations subjectives, sentimentales et partisanes. C’est à cette aune, et non à celle de nos préférences personnelles, que le travail de la présente législature doit être apprécié pour le présent et pour l’avenir.
Premièrement : le chantier antisystème
On s’attendait à voir la nouvelle législature ouvrir ce vaste front qui était promis sur tous les toits. En effet, il nous avait semblé que le système qu’on dénonçait avait à voir avec la législation que le Parlement construisait depuis 1960, et que la tâche principale de cette législature était désormais d’en entreprendre la déconstruction. Encore faut-il s’entendre sur ce que « sortir du système » veut dire. Si le système désignait seulement des hommes, il suffisait de les remplacer, et ce fut fait. Mais s’il désignait aussi un corpus de lois, de procédures et de privilèges accumulés depuis 1960, alors l’Assemblée nationale est le lieu principal où le système se fait et s’ajuste. C’est précisément parce que la nouvelle majorité y disposait d’une puissance de vote inédite que l’attente était légitime. Mais, à l’arrivée, après bientôt deux années aux affaires, on n’a pas entamé l’audit de cette législation pour en déceler, éventuellement, les dispositions qui excluent les démunis, qui défavorisent les femmes, les personnes vivant avec un handicap, le secteur privé national au profit des investisseurs étrangers, la promotion de nos langues nationales, les zones frontalières déshéritées du pays ; la liste n’est pas limitative. C’est précisément là que l’on attendait de voir à l’œuvre le « Projet ».
Deuxièmement : les moyens intellectuels et humains du Parlement ;
Une assemblée moderne, ce sont d’abord des députés dotés d’une bonne mise à niveau. La question du débat budgétaire devrait être l’une des priorités à résoudre. Pendant ce débat qui dure d’octobre à décembre, chaque ministre qui vient à l’Assemblée est accompagné d’une cohorte de hauts fonctionnaires versés dans les différents domaines de compétence du ministère et au contact quotidien des réalités du département. En face, le député est pratiquement esseulé et peine à soutenir un débat de qualité avec le gouvernement.
Depuis des décennies s’est affirmée l’idée de doter l’institution d’un véritable corps d’experts en termes d’effectifs et de compétences, accessibles à tout moment à chaque parlementaire qui souhaite étoffer son dossier face au gouvernement. Cette modernisation nécessiterait naturellement des arbitrages budgétaires en termes de réallocation conséquente des ressources internes. Elle aurait relevé la qualité des débats au détriment des quolibets et autres dérapages dont se passerait volontiers une véritable assemblée de rupture. Arrêtons-nous sur cette atmosphère d’affrontements physiques au parlement pour rappeler que de 1962 à 2022 soit 60 ans, jamais à ma connaissance, les forces de sécurité n’ont été invitées à pénétrer dans l’hémicycle. De 2022 à 2026, en quatre ans seulement elles y sont intervenues à deux reprises. La première fois un parlementaire homme a donné un coup de pied dans le ventre d’une parlementaire en état de grossesse et la deuxième fois, c’est une figure de proue de l’opposition en l’occurrence le député Abdou Mbow qui a été vidé comme un malpropre alors qu’il prenait la parole au pupitre. Si le nécessaire avait été fait en termes de ruptures annoncées, de telles images dévastatrices ne feraient pas aujourd’hui le tour du monde.
La promotion à l’Assemblée nationale d’un style de vie simple et de prise en charge sérieuse des réformes au service des citoyens aurait permis de dégager sans de grosses difficultés les moyens financiers de cette politique. Elle réconcilierait aussi le Parlement avec un peuple fatigué mais qui consent des sacrifices pour ses élus. ¾
Troisièmement : le fonctionnement de l’institution et le débat budgétaire
De jour comme de nuit, d’octobre à décembre, les députés sont à l’Assemblée pour discuter d’un budget qui, pour l’essentiel, retourne au gouvernement comme il était venu, du fait d’un pouvoir d’amendement extrêmement limité du député. Les conditions permettant de donner du sens au débat budgétaire ne sont pas créées et ce dernier reste depuis 1960 une simple formalité routinière. Cette législature aurait dû s’attacher à résoudre cette épineuse question. Des propositions existent depuis très longtemps. Une articulation judicieuse entre le débat d’orientation budgétaire (DOB) et l’élaboration de la loi de finances initiale, dans le cadre d’une parfaite intelligence avec le Président de la République qui définit la politique de la Nation, aurait permis de faire passer les propositions des députés issues du débat d’orientation budgétaire dès les premières étapes d’élaboration de la loi de finances initiale. Ainsi, lorsque le projet de loi arrive à l’Assemblée en octobre, il a déjà été travaillé par les deux institutions et il ne resterait alors que la formalisation définitive. Le travail serait de qualité supérieure, sans toute cette montagne d’efforts débridés et irrationnels. L’intelligence entre les deux institutions aurait qualitativement fait avancer les réformes dont le pays a besoin en activant le levier du parlement, à la manière des lois votées sur l’OFNAC, l’accès à l’information, les lanceurs d’alerte, etc.
Malheureusement, ce chantier de rationalisation n’est pas ouvert et le marathon budgétaire reste en place depuis 60 ans. Changer le système intégrera assurément cette composante essentielle.
Quatrièmement : la question de l’impôt et des privilèges des députés
Il me souvient qu’une polémique nous avait opposés, l’actuel Président de l’Assemblée nationale et moi-même, sur cet impôt des députés. À l’époque, il affirmait que les députés ne payaient pas l’impôt. Interpellé sur les réseaux sociaux par un compatriote qui s’appelle Soya Diagne, qui souhaitait en savoir davantage, j’avais soutenu le contraire avec des preuves documentaires à l’appui, tout en ajoutant qu’il fallait sans doute réviser le niveau d’imposition des députés. Aujourd’hui, cet impôt des députés n’est plus à l’ordre du jour, à ce qu’il semble.
Entendons-nous bien. Si, depuis bientôt deux ans de législature, les ruptures annoncées et attendues ne sont pas au rendez-vous, cela pourrait aussi signifier qu’au contact des réalités on se soit rendu compte que, somme toute, il n’y avait pas de système à éradiquer. Si tel était le cas, alors l’éthique revendiquée aurait voulu qu’on regardât les Sénégalais droit dans les yeux pour leur dire que le système que nous nous promettions de combattre n’était qu’une illusion d’optique et que la législation en vigueur à l’Assemblée, tout comme son système de fonctionnement, étaient globalement convenables.
J’admettrais volontiers une troisième hypothèse : que les faiblesses, les limites et les dysfonctionnements aient été correctement identifiés, mais que les réformes se soient heurtées à des résistances plus fortes que prévu. Je veux bien l’entendre. Encore faudrait-il, dans cette hypothèse, que l’on nous dise quelles résistances ont été rencontrées, où elles l’ont été et de la part de qui. Le silence prolongé sur la question ainsi que sur le statut du « système » au parlement laissent penser que ces questions ne sont plus d’actualité.
Au total, un important paquet de réformes est en souffrance à l’Assemblée depuis l’arrivée de la nouvelle législature, mais aucun agenda de prise en charge n’est annoncé. Pendant ce temps, on s’échine à chercher des poux dans la tête du pouvoir exécutif avec des initiatives fort maladroites. Que signifie s’acharner sur une prochaine déclaration de patrimoine prévue en 2029 pour quelqu’un qui a déjà déclaré et publié son patrimoine depuis 2024 avant même d’être élu Président de la République, là où l’actuel Président de l’Assemblée nationale, assujetti depuis sa nomination à la Primature en avril 2024, n’a toujours pas publié la sienne ?
Tous ces fonds dont on parle existent depuis 1960 sans discontinuer, sous des formes qui peuvent évoluer. L’actuel Président de l’Assemblée nationale, initialement porteur principal du Projet Pastef et précédemment Premier ministre, était attendu fortement sur une initiative majeure de réforme des fonds politiques, qu’elle soit acceptée ou pas. Mais, ontrairement aux attentes, l’opinion apprendra par l’intéressé lui-même, à la veille de son départ de la Primature, qu’il bénéficiait d’un montant de près de deux milliards de francs, dont la périodicité n’a pas été précisée.
Ce que le peuple attend, selon mon entendement, c’est de voir résolue la question de la pertinence et de l’opportunité de ces fonds. Si la réponse est oui, alors définir les règles et modalités de fonctionnement. En tout état de cause, il n’existe pas de pays au monde où de tels fonds n’existent pas. Dans certains pays, on en discute ; dans d’autres, ils n’ont même pas de nom. On ne peut pas penser ce qui n’est pas nommé et donc, on n’en discute pas.
Il faut sûrement se féliciter de la forte position prise par le Président de la République allant jusqu’à la racine de la déclaration de patrimoine. Par-delà l’élargissement au Président de l’Assemblée nationale et au Premier ministre, il est questiin d’inclure dans le dossier de candidature à la présidence de la République la déclaration de patrimoine avec obligation de la rendre publique. Voilà une rupture majeure dans la façon de traiter la déclaration de patrimoine. On n’est plus sur la bande mais au cœur de la résolution du problème.
Il faudra bien un jour dévoiler, dans le fonctionnement du pouvoir, les mécanismes qui déforment chez certains la perception du réel. Ces hostilités contre un pouvoir exécutif qu’on devrait plutôt renforcer pour relever les graves défis du moment induisent un comportement d’une nocivité avérée auprès des populations. En effet, l’opinion publique en est arrivée à être complètement engluée dans une logique d’infantilisation. On lui offre sur les écrans de télévision comme sur les réseaux sociaux un spectacle où elle passe son temps à compter les coups à la manière d’un match de football ou d’un combat de lutte. Pendant ce temps, les défis du pays et l’organisation nécessaire pour y faire face sortent du champ.
Cette atmosphère délétère, artificiellement créée, porte tort aux intérêts immédiats et à long terme de notre peuple.
Les patriotes de toutes confessions, de toutes sensibilités politiques et de toutes générations savent que combattre les dérives actuelles pour obtenir le respect de notre peuple est devenu la tâche patriotique centrale.
Dakar, ce 20 août 2026.