Le Mouvement « la République des valeurs » fait part de la situation du budget 2018 du Sénégal : INQUIÉTUDES ET RISQUES (DOCUMENT)


BUDGET 2018 DU SENEGAL : INQUIETUDES ET RISQUES
Le budget 2018 du Sénégal a été arrêté en ressources et en dépenses à 3.709,1 milliards, soit une hausse de 10,4% comparativement à la Loi des finances initiale (LFI) 2017.
A l'analyse, il convient de souligner que cette hausse constatée du budget masque de grosses inquiétudes, à savoir :
  • −  la poursuite d'un recours accru à l'endettement pour financer le déficit budgétaire ;
  • −  un alourdissement du service de la dette ;
  • −  un impact social faible ;
  • −  des risques budgétaires réels.
    1 – Le financement du déficit budgétaire par les emprunts
    Malgré un taux de croissance moyen de plus de 6,0% enregistré au cours de ces dernières années, la mobilisation des ressources internes de l'Etat ne couvre les dépenses publiques qu'à hauteur de 67,5%.
    Ainsi, à l'instar des années passées, le Gouvernement est contraint de rechercher le gap de financement additionnel sur les marchés financiers régional et international d'une part, et, d'autre part, faire recours aux dons accordés par les partenaires internationaux.
    Ces nouveaux emprunts et dons devraient se situer à plus de 1.200 milliards de FCFA en 2018, portant ainsi l'encours de la dette publique à environ 62%, niveau proche du seuil critique de 70% fixé dans le cadre communautaire.
    La politique d'endettement de l’Etat initiée depuis 2012 ferait croître le ratio dette sur PIB de plus de 19 points de pourcentage. En effet, ledit ratio va passer de 42,8% en 2012 à 62,0% en 2018.
    Il convient alors de se poser la question de savoir : ces importantes ressources empruntées sont-elles utilisées dans des dépenses utiles et nécessaires, avec un maximum d'impact sur le vécu social des sénégalais et la richesse future du pays à travers des investissements efficients de qualité ?
2 – Alourdissement des charges de la dette
En 2018, les crédits alloués au service de la dette sont estimés à 839,8 milliards, en hausse de 23,5% par rapport à la LFI 2017, dont 475,3 milliards pour la dette intérieure et 364,5 au titre de la dette extérieure. Ils sont composés de 221 milliards au titre des charges d'intérêts et de 618,8 milliards pour les amortissements de la dette.
En conséquence, l'Etat devrait consacrer près de 40% des recettes fiscales au remboursement d'une dette de plus en plus élevée, constituant une menace réelle pour les générations futures appelées à honorer ces engagements.
En interne, les principaux bénéficiaires de ces paiements sont les détenteurs de titres émis sur le marché financier régional, notamment les obligations du Trésor. Au niveau externe, les échéances les plus importantes sont en faveur des bailleurs multilatéraux, des partenaires bilatéraux et des détenteurs de titres d’euro-obligations émis ces dernières années par l’Etat.
Sur la base des informations contenues dans le Budget 2018, le Gouvernement sénégalais devrait retourner sur le marché financier international pour lever encore des ressources.
3 – Impact social faible
Le Gouvernement a annoncé que le budget 2018 sera le plus social de l'histoire du pays. L’examen de la Loi des Finances 2018 montre que les transferts courants devraient enregistrer une hausse de 14,1%, passant de 416,0 milliards pour 2017 à 471,2 en 2018.
Les crédits alloués aux bénéficiaires de bourses de sécurité familiale ressortiraient à 40 milliards, contre 30 milliards un an plutôt. Plus de 100 milliards sont prévus pour dit-on combattre le chômage des jeunes avec divers programmes en faveur de l’emploi.
Il convient de souligner que, nonobstant une croissance annoncée de l’ordre de 7%, l'impact social de ces mesures n'est pas avéré, eu égard à l'augmentation de l’enveloppe budgétaire accordée aux bourses de sécurité familiale qui, in fine, indique une hausse des bénéficiaires donc de ménages démunis.
Ces dépenses ne sauront pas faire reculer le chômage des jeunes, ni améliorer l’offre de santé aux sénégalais.
4 – Quelques risques budgétaires
Des risques budgétaires ont été relevés dans la Loi des Finances 2018. Il s’agit notamment :
  • -  des garanties accordées par l’Etat pour les emprunts au profit de l’ASER, de l’ANAM qui pourraient constituer un risque budgétaire en cas de défaut de ces structures. Le cas échéant, l’Etat serait contraint d’honorer des dettes non prévues dans le budget ;
  • -  la restructuration d’entreprises dont l’Etat est actionnaire par augmentation de capital social, avec comme conséquence des décaissements non prévus : BISIC, CNCAS, BHS, SODAGRI etc,.
  • -  la liquidation d’agences et d’entreprises publiques entrainant des dépenses relatives à la prise en charge d’un passif important à l’instar des ex agences de l’emploi des jeunes (AJEB, FNPJ, ANEJ et ANAMA). Il peut être cité notamment le cas actuel de l’Agence de Promotion du Réseau Hydrographique National (APRHN) qui devrait être dissoute ou restructurée.
    Cette liste des risques pouvant peser sur le budget 2018 est loin d’être exhaustive. Leur réalisation, que nous ne souhaitons pas, mettraient davantage les sénégalais dans la misère et la pauvreté. Le PSE, qui constitue le référentiel de politique économique et sociale tant vanté de Macky SALL, est encore loin, très loin d’atteindre ses objectifs.
    Les orientations du budget 2018 montrent que rien ne va changer dans le vécu quotidien des sénégalais, dans leur écrasante majorité.
    La République des Valeurs

Samedi 24 Février 2018
Dakaractu




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