Lancement de la Taxonomie verte du Sénégal : « le but est de réduire les risques de greenwashing et accroître l’attractivité du pays auprès des investisseurs internationaux », selon le ministre Bassirou Sarr


Le Sénégal a officiellement lancé sa Taxonomie verte ce lundi 19 octobre 2026. Cet outil de classification des activités économiques selon leur contribution aux objectifs environnementaux vise notamment à orienter les investissements durables, à renforcer la transparence financière et à améliorer l’attractivité du pays auprès des investisseurs internationaux.

La cérémonie de lancement a été présidée par Bassirou Sarr, ministre chargé du Budget auprès du ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, en présence du ministre de l’Environnement, Aliou Gori Diouf, de la représentante de l’Union européenne, Natalie Brajard, et de l’ambassadeur d’Allemagne au Sénégal, Kai Baldow.

Dans son allocution, Bassirou Sarr a salué le travail mené pendant trois ans par les ministères chargés des Finances et de l’Environnement pour aboutir à la publication de ce référentiel destiné à encadrer et à orienter les financements vers des activités économiques considérées comme durables.

Pour le ministre, l’enjeu est particulièrement important dans un pays fortement exposé aux effets du changement climatique, notamment les inondations récurrentes, la sécheresse et l’érosion côtière. Ces phénomènes fragilisent des secteurs essentiels de l’économie nationale, comme l’agriculture, l’énergie et les infrastructures. Selon les estimations présentées dans la Contribution déterminée au niveau national (CDN) du Sénégal, environ 13 milliards de dollars devront être mobilisés d’ici à 2030 pour financer les mesures d’atténuation et d’adaptation au changement climatique.

 

Bassirou Sarr a souligné que plusieurs secteurs, notamment les transports durables, les énergies renouvelables, la gestion des déchets et l’aménagement urbain, nécessitent des financements structurés et de long terme. Cependant, le Sénégal reste confronté à un déficit de projets suffisamment matures et bancables pour répondre aux exigences de durabilité des investisseurs. Une situation qui limite, selon lui, la capacité du pays à mobiliser les ressources nécessaires, tant au niveau national qu’international.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la Taxonomie verte, présentée comme un instrument destiné à fournir des critères de référence communs aux investisseurs, aux banques, aux assureurs, aux émetteurs d’obligations et aux porteurs de projets. « La taxonomie verte établit plutôt un système de classification des activités économiques qui contribuent à des objectifs environnementaux, à partir de critères techniques de sélection », a expliqué le ministre, précisant que cet outil permettra de donner des repères concrets aux décisions d’investissement. Il a également insisté sur la nécessité de clarifier la notion de taxonomie verte, qui ne doit pas être confondue avec une nouvelle taxe.

Parmi les objectifs poursuivis figurent le financement des engagements climatiques du Sénégal, notamment au titre de l’Accord de Paris, de sa CDN et de l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ». La Taxonomie verte ambitionne également de renforcer la transparence et la crédibilité des produits financiers durables, de réduire les coûts de transaction et de limiter les risques de "greenwashing", une pratique consistant à présenter abusivement une activité ou un produit comme respectueux de l’environnement. « L’objectif est de réduire les risques de greenwashing, d’accroître l’attractivité du Sénégal auprès des investisseurs internationaux », a déclaré Bassirou Sarr.

L’alignement de cet outil sur les standards internationaux devrait aussi faciliter l’accès du pays à des financements durables et concessionnels, tout en améliorant la lisibilité des projets proposés aux partenaires financiers.

Le ministre a rappelé que le lancement de la Taxonomie verte s’inscrit dans un processus plus large de structuration de la finance durable au Sénégal. En mai 2023, une commission de pilotage des financements durables a été instituée afin d’élaborer, de coordonner et de suivre la politique nationale de mobilisation de ces ressources, en cohérence avec les Objectifs de développement durable, l’Accord de Paris et l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ». Le document-cadre publié en septembre 2023 fait actuellement l’objet d’une révision pour tenir compte des nouvelles priorités gouvernementales et de l’évolution du cadre macro-budgétaire.

Dans la gestion des finances publiques, des initiatives ont également été engagées pour mieux intégrer les risques climatiques. Une méthodologie adoptée en 2023 prévoit notamment la prise en compte des risques budgétaires identifiés. Par ailleurs, un budget vert a été annexé pour la première fois à la loi de finances 2024, afin de distinguer les dépenses publiques selon leur impact environnemental et leur contribution à la résilience climatique.

Le Sénégal a aussi lancé, le 22 janvier 2026, avec l’appui de la Banque mondiale, sa première Stratégie nationale de financement des risques climatiques et des catastrophes pour la période 2025-2030. Structurée autour de cinq piliers et de dix-sept actions prioritaires, cette stratégie est alignée sur la Vision Sénégal 2050 ainsi que sur les orientations nationales en matière de protection civile et de réduction des risques de catastrophe.

Bassirou Sarr a enfin tenu à préciser que la Taxonomie verte ne constitue ni une obligation d’investissement dans les secteurs retenus ni une exigence de performance environnementale imposée aux entreprises. « Ces critères ne constituent pas un frein à la liberté d’investissement dans des secteurs non pris en compte », a-t-il souligné. Le dispositif doit plutôt être compris comme un mécanisme d’orientation, d’encadrement et de différenciation permettant de mieux identifier les activités contribuant aux objectifs environnementaux du pays.

Rappelons que le Sénégal est le 2e pays en Afrique de l'Ouest à publier sa Taxonomie verte, après la Côte d'Ivoire. 

Lundi 19 Octobre 2026
Dakaractu



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