À l’occasion de la 5ᵉ édition des Journées du Médicament, le président du Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal a placé la question de la souveraineté pharmaceutique au cœur des débats. Entre production locale, marché illicite, viabilité des officines, intelligence artificielle et financement des soins, le secteur privé appelle à une mobilisation collective pour renforcer l’autonomie pharmaceutique du Sénégal.
La cinquième édition des Journées du Médicament s’est ouverte autour d’une problématique devenue stratégique pour le Sénégal : la souveraineté pharmaceutique. Une thématique que le président du Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal veut inscrire dans une démarche concrète.
« La souveraineté pharmaceutique comme on le dit, je pense qu’on ne la décrète pas. C’est un processus et nous avons lancé ce processus », a-t-il déclaré micro de Dakaractu Mbour, estimant que le Sénégal doit désormais accompagner les initiatives locales capables de contribuer à son autonomie dans le domaine du médicament.
Le responsable syndical a notamment insisté sur la nécessité de soutenir les champions locaux ayant déjà investi dans l’industrie pharmaceutique. Pour lui, l’État doit jouer pleinement son rôle afin de permettre à ces acteurs de se développer et de participer durablement à la construction d'une véritable souveraineté pharmaceutique.
Industrie locale et mutations technologiques
Cette édition des Journées du Médicament entend également mettre l’accent sur les transformations qui traversent le secteur. Deux axes majeurs ont notamment été retenus : la dynamique pouvant contribuer au développement de l’industrie pharmaceutique locale et les mutations digitales, avec une attention particulière accordée à l’intelligence artificielle.
Sur ce dernier point, le président du Syndicat des pharmaciens privés se veut à la fois ouvert et prudent. « L’intelligence artificielle est un outil qui doit nous accompagner. Ce n’est pas un outil de décision. La décision revient aux pharmaciens de manière humaine », a-t-il précisé.
Selon lui, l’IA peut contribuer à améliorer les pratiques professionnelles, la formation continue et la prise en charge des patients, sans pour autant se substituer au professionnel de santé.
Marché illicite et faux médicaments : une menace pour la santé publique
Autre préoccupation majeure soulevée : le marché illicite du médicament et la circulation des faux médicaments.
Le président du syndicat considère cette situation comme un véritable problème de santé publique, susceptible d'exposer les populations à des risques importants. Il appelle ainsi à une meilleure compréhension du rôle joué par les officines dans la sécurisation du circuit du médicament.
« Nous sommes leurs premiers partenaires. Le circuit du médicament, le circuit du patient, commence à la pharmacie et termine à la pharmacie », a-t-il soutenu.
Les pharmaciens revendiquent ainsi leur rôle de proximité auprès des patients, notamment dans l’orientation vers les spécialités médicales appropriées et l’accès à des médicaments de qualité.
Des officines confrontées à des difficultés de viabilité
Derrière la question de la santé publique se pose également celle de la survie économique des officines privées.
Le président du syndicat évoque notamment le poids des charges fixes, alors que les marges ne connaissent pas, selon lui, une évolution comparable. À cela s’ajoutent les difficultés liées aux mécanismes de prise en charge par les mutuelles, les IPM et les assurances, qui affectent la trésorerie et la viabilité de nombreuses pharmacies.
Ces problématiques devraient être largement abordées durant les journées scientifiques, avec l’objectif de dégager des pistes permettant aux pharmaciens de mieux assurer leur mission de santé publique.
De la science à la sensibilisation avec Octobre Rose
La cinquième édition ne se limitera pas aux échanges scientifiques. Les pharmaciens ont également prévu une action de terrain dans le cadre d’Octobre Rose.
Une randonnée pédestre est ainsi annoncée en direction de Pointe-Sarène, avec l’ambition de sensibiliser les populations sur le cancer du sein et, plus largement, sur les autres formes de cancer.
Cette initiative devrait également être accompagnée d’actions de communication et d’une dotation en médicaments, afin de renforcer l’information des populations sur la prévention et la prise en charge de ces pathologies.
Des délégations venues de Côte d’Ivoire, de Tunisie et du Mali, ainsi que de nombreux pharmaciens sénégalais, prennent part à cette cinquième édition.
À travers ces Journées du Médicament, le secteur privé pharmaceutique veut donc poser un débat de fond : comment construire une souveraineté pharmaceutique durable sans une industrie locale forte, des officines viables, un circuit du médicament sécurisé et des professionnels préparés aux mutations technologiques ?
Pour le président du Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal, la réponse passe désormais par un processus collectif, dans lequel l’État, l’industrie locale et les professionnels de santé doivent avancer ensemble...