« La situation est sous contrôle. Nous n’avons pas capitulé ». Ainsi parlait le ministre de la Santé et de l’Action sociale.


Abdoulaye Diouf Sarr, ci-devant ministre de la Santé et de l’Action sociale, aura été, sans aucun doute le ministre le plus médiatisé du gouvernement ces derniers mois, et pour cause. Depuis l’alerte sur le premier cas de Covid-19 annoncé avec solennité et une dose de théâtralisation le 2 mars 2020, le ministre et son équipe sont sous les feux de la rampe. Ils sont la cible des objectifs des caméras les plus avides et les plus friandes d’informations que les points quotidiens de la situation présentent avec parfois une certaine mise en scène, certainement requise pour la communication de crise.

Depuis lors, des actions ont été entreprises à coût de milliards ici et là, pour endiguer l’épidémie, sans même parler des multiples initiatives citoyennes. Mais la propagation de la maladie n’a pas discontinué. Entre temps, le gouvernement, sous la houlette de Macky Sall, a estimé que la situation était « grave » et le Sénégal n’avait pas tardé à enregistrer son premier cas de décès, fin mars. Une loi dite d’habilitation a été votée aveuglément par une assemblée presque monocolore.

L’état d’urgence sanitaire a été décrété avec un couvre-feu de 20h à 6h, mais le virus, coiffé de sa couronne du vrai roi, du vrai chef, du dirigeant des dirigeants, du chef d’orchestre, celui qui donne le tempo à tous les dirigeants du monde, a continué son insouciante ascension prophétique vers les cieux, sans toutefois disparaître dans l’horizon céleste. C’est au moment où cette ascension se sent le plus, avec une explosion des cas positifs et des morts que la décision de reprendre les activités jusque-là déconseillées, sont autorisées contre toute attente et contre l’avis des experts médicaux les plus chevronnés. La question qui s’invite sur toutes les bonnes lèvres est, quelle logique se cache derrière une telle décision, puisque la situation est loin d’être sous contrôle ?

C’est alors que le ministre de la santé et de l’Action sociale croit devoir reprendre la parole, une parole qu’il a tellement prise que sa parole est devenue malheureuse.

Ainsi, en réagissant à cette question le 12 mai, le ministre dit ceci : « la situation est sous contrôle. Nous n’avons pas capitulé ». S’il soutient que le gouvernement n’a pas capitulé, qu’il explique sérieusement le sens des nouvelles mesures prises. Vous déclarez la guerre au moment où les troupes ennemies étaient insignifiantes et quand l’armée de coronavirus densifie sa présence, comme jamais auparavant, vous levez le pied en déposant les armes, même si vous le niez.


Si ce n’est pas de la capitulation, il faudra bien que le sens du mot vous soit expliqué dans la langue qui vous est le plus accessible.
Le deuxième élément de langage de sa prise de parole est que la situation est sous contrôle. Là, le ridicule est devenu paroxystique, car ces propos sont tenus au moment où le même ministre et ses collaborateurs martèlent quotidiennement la multiplication des cas dits communautaires, en nous expliquant eux-mêmes, que les cas communautaires sont ceux dont le contrôle leur échappe.

Autrement dit, ce sont des cas dont ils n’ont aucune maîtrise, notamment sur leur provenance. Si les cas de contamination communautaires dont le ministère et ses services n’ont aucune maîtrise se multiplient à la vitesse du son, comment peut-on choisir ce moment pour regarder ses compatriotes droits dans les yeux et leur dire que la situation est sous contrôle ?  S’y ajoute que les structures sanitaires déjà amplement débordées, manquent de tout : personnel sanitaire, équipements divers, respirateurs etc. Des structures de fortune sont mêmes installées pour soulager les hôpitaux saturés sans y parvenir.

Des hôtels sont réquisitionnés pour abriter des cas suspects. Abdoulaye Diouf Sarr doit avoir du respect pour ses compatriotes, et ce respect passe inéluctablement par la vérité. Malheureusement la vérité aura été la grande malheureuse de cette crise sanitaire qu’ils ont pourtant qualifiée de « guerre ». Mais Joseph Rudyard Kipling nous aura bien averti en ces termes : « la première victime de la guerre, c’est la vérité ». Nous l’apprenons ici à nos dépens.

Yankhoba SEYDI
Mercredi 13 Mai 2020
Dakaractu



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