La mutinerie repoussée au Niger, symbole de la dépendance des putschistes à la Russie


L'aide déterminante des paramilitaires russes de l'Africa Corps pour mettre en déroute la mutinerie de Niamey le weekend dernier révèle la dépendance des putschistes envers Moscou, au risque de mettre à mal leur posture souverainiste.

Au terme d'une nuit d'intenses combats et d'une journée d'incertitude samedi, le régime militaire nigérien du général Abdourahamane Tiani a demandé et obtenu l'aide de l'Africa Corps pour reprendre le contrôle face à un groupe de soldats qui avait attaqué plusieurs sites sensibles de la capitale et s'était retranché dans une base militaire clé à l'aéroport.

L'ambassadeur russe à Niamey, Viktor Voropaïev, avait, le même jour, lui-même mis en avant cette intervention "pour réprimer une mutinerie".

"L'Africa Corps a joué un rôle décisif en fournissant un appui terrestre et aérien pour aider les forces loyalistes à reprendre la base aérienne 101, l'un des sites les plus stratégiques de la capitale", affirme à l'AFP Charlie Werb, analyste du cabinet de conseil Aldebaran Threat Consultants (ATC), qui estime que "la mutinerie est le résultat de la dégradation du paysage sécuritaire du Niger", confronté aux violences jihadistes.

Officiellement, l'Africa Corps est présent au Sahel pour lutter contre les groupes armés jihadistes mais "ce que les Russes promettent, c'est avant tout cette offre de (type) +garde prétorienne+, (afin de) préserver le régime, et ils tiennent cette promesse", estime Lou Osborn, co-fondatrice du collectif All Eyes on Wagner.

L'assaut de la base mené avec l'aide de la Russie a fait plusieurs morts parmi les mutins, selon des sources sécuritaires, mais aucun bilan officiel n'a été donné à ce stade.

- "Dépendance sécuritaire" -

"L'Africa Corps est là pour le gouvernement actuellement dirigé par Tiani. Sa mission principale est de veiller à ce que le gouvernement l'emporte, quelles que soient les menaces en cours. Il ne s'agissait donc pas de choisir un camp, mais bien de remplir son obligation de protection", confirme Beverly Ochieng, analyste de la société de conseil Control Risks.

La junte au pouvoir au Niger, mais aussi celles au Burkina Faso et au Mali, voisines et alliées, ont toutes tourné le dos à la France, l'ancien pays colonisateur et partenaire historique, pour se rapprocher de Moscou.

Elles défendent des discours panafricains souverainistes, mais assument faire appel à la Russie pour les aider dans la lutte contre les jihadistes qui ne cessent de progresser au Sahel.

"Les trois gouvernements n'ont fait que remplacer une dépendance sécuritaire par une autre", pointe Charlie Werb.

"Le pouvoir a construit une large part de sa légitimité autour de la restauration de la souveraineté sécuritaire et de la capacité des forces nigériennes à reprendre en main la défense du territoire", rappelle dans une note le Timbuktu Institute.

Mais "cet épisode met en lumière les fragilités d'un régime dont la stabilité repose de plus en plus sur un partenariat russe, désormais susceptible de dépasser le seul cadre de la lutte contre les groupes jihadistes", ajoute le groupe de réflexion basé à Dakar.

- "Expansion" russe -

Car les évènements de samedi montrent "l'existence de profondes divisions et de nombreux griefs au sein de l'appareil sécuritaire" dans un pays "où les soldats sont constamment en première ligne" face aux jihadistes, ajoute Beverly Ochieng.

Les évènements de samedi peuvent-ils rebattre les cartes du rapport de force russo-nigérien ?

"La question n'est donc plus seulement de savoir jusqu'où Moscou est disposé à accompagner Niamey dans sa lutte contre les groupes armés, mais jusqu'à quel point le régime pourrait désormais avoir besoin de Moscou pour préserver sa propre cohésion", note le Timbuktu Institute.

Samedi, le Niger n'a pas reçu d'aide de ses voisins burkinabè et malien avec lesquels il forme l'Alliance des États du Sahel (AES), une confédération qui revendique posséder une force armée commune de 5.000 hommes.

L'efficacité des Russes face aux jihadistes reste limitée, pointent de nombreux analystes: leurs faiblesses ont d'ailleurs été exposées au Mali avec la perte de Kidal en avril, et les armées locales qu'ils forment peinent toujours à enrayer les violences du JNIM et de l'État islamique.

Mais selon Sergei Eledinov, officier russe à la retraite, désormais expert sécuritaire sur l'Afrique, "il n'y a pas de meilleure alternative" pour les pays sahéliens.

"Juger un déploiement militaire à l'aune de sa capacité à résoudre une crise politique serait une erreur", estime-t-il.

Outre le Sahel, la Russie continue d'avancer ses pions sur le continent, en particulier dans l'ancien pré carré de la France: elle est par exemple déjà présente auprès du pouvoir en Centrafrique, depuis plusieurs années.

"Ils sont encore en phase d'expansion", explique Lou Osborn, citant Madagascar, la Guinée-Bissau, le Gabon ou encore le Congo-Brazzaville comme pays ciblés.

Dès samedi soir, la télévision nationale nigérienne accusait la France d'être derrière la mutinerie, une stratégie habituelle de la junte de Niamey qui voit la main de Paris derrière chaque tentative de déstabilisation.

Des accusations - régulièrement réfutées par la France - reprises par la Russie: dimanche, le ministère russe des Affaires étrangères a qualifié les mutins "d'extrémistes apparemment incités par d'anciennes puissances coloniales européennes".
Mardi 1 Septembre 2026
Dakaractu