La face cachée de la cimenterie de Dangote : Les Chinois sous le signe indien


Ceux qui s’attendaient à voir une usine en voie de démantèlement ou des signes de déménagement devraient déchanter. A Pout, le cimentier Dangote, n’a manifestement pas l’intention de vider les lieux dans un proche avenir.
Vu de l’extérieur, l’endroit ne paie pas de mine. La forte végétation poussée grâce à l’hivernage conforte le sentiment d’abandon. Le caractère inachevé de tous les bâtiments que l’on aperçoit de l’extérieur contribue à renforcer ce sentiment. De plus, à part les quel­ques vigiles qui montent la gar­de aux entrées principales, on n’aper­çoit, en cette matinée de lun­di, aucune âme en activité, depuis l’entrée de l’usine de Dangote de Pout. Un observateur assez pressé pourrait se convaincre très rapidement que, se pliant à l’injonction de l’autorité judiciaire qui, comme l’ont écrit des journaux, l’a contraint à libérer les terres des héritiers de feu le Khalife général des Mourides Serigne Saliou Mbacké sur lesquels une partie de son domaine s’étend, le milliardaire nigérian aurait décidé de plier bagages. L’illusion se dissipe une fois franchies les limites du chantier.

Indiens en nombre
En fait, les travaux de construction ne sont pas arrêtés, ils n’ont fait que ralentir. Pour le moment, à entendre les quelques personnes rencontrées sur les lieux, le gros du travail se concentre sur la mise en place de la chaudière et ce sont des Indiens qui en ont la charge. Un ouvrier indique avec ironie : «Ces gens sont peut-être efficaces, mais ils ne sont pas aussi rapides que les Chinois. Ils ont promis de livrer la chaudière pour fin octobre, mais au rythme où vont les choses, il y a beaucoup de chances pour qu’en fin novembre, nous soyons encore au même niveau.» Un autre gars renchérit : «Les Chinois eux, étaient beaucoup plus rapides, comme en atteste le gros œuvre, qu’ils ont achevé en très peu de temps. On avait le sentiment que pour eux, même les distractions consistaient à travailler.» Quoi qu’il en soit, ces Indiens sont très présents sur le terrain. Sur l’espace où se construit la chaudière, vers la droite, en partant de l’entrée principale, derrière une clôture en grillage, leur pré­sence est importante. On en voit environ une demi-douzaine qui s’affaire à diverses tâches. Im­possible de les approcher de plus près. Ils ne communiquent pas en français, dit l’un des vigiles.
Les techniciens sénégalais trouvés sur les lieux, dans les bureaux très chichement équipés ou sur les chantiers, ne sont pas non plus très prolixes sur le travail qui se fait. A chaque question, ils renvoient au chargé des relations humaines qui lui, est situé «au camp de base, chez les Chinois». Le lieu est tout au fond de l’usine, à environ 1,5 km de l’entrée principale. Dès qu’on s’approche, on note que l’on est en train de sortir du territoire national. Ici, la partie du domaine est totalement entourée d’un long mur, surmonté de fils barbelés. Au centre de ce domaine, trône un mat d’où flotte le drapeau de la République populaire de Chine. D’ailleurs, une fois à l’entrée, l’objet de la visite déclinée au vigile, ce dernier va en référer à un ressortissant chinois. Ce dernier décrète que, comme l’on n’a pas pris de rendez-vous, il n’est pas possible d’entrer dans l’enceinte.

Drapeau chinois
Qu’est-ce que ces gens refusent de faire voir là-bas ? A en croire les gardes, il n’y a que les Chinois qui vivent en ces lieux. Les responsables de la cimenterie y ont leur bureau, mais n’y résident pas. «Ils retournent à Thiès ou à Dakar, de même que les Indiens. Seuls les Chinois ne sortent pas d’ici.» D’ailleurs, à en croire les ouvriers, il ne devrait plus rester plus d’une vingtaine de Chinois, alors que les Indiens pour leur part, seraient actuellement une cinquantaine. «Beaucoup de Chinois sont partis et les Indiens viennent en nombre, mais on sent encore l’influence des Chinois qui règnent sur l’usine en maîtres», indique l’un des ouvriers. Pourquoi est-il interdit de visiter ? Question sans réponse.
Interrogés sur un arrêt éventuel des travaux, après la décision de justice enjoignant à leur propriétaire de céder le terrain pris à Serigne Saliou, les cadres font ceux qui n’ont jamais entendu parler de cette décision. Pour eux, «si tout se passe selon les prévisions, l’usine devrait commencer à fonctionner à la fin de 2013. Il n’a jamais été question pour nous de partir». Ce qui reflète le sentiment général ici. Même un superviseur de la compagnie des vigiles renchérit qu’il n’y a qu’un fou qui investirait autant de milliards pour les laisser ensuite à l’abandon.

On recrute
Quid alors de l’état d’abandon d’une bonne partie de l’usine ? L’un des cadres sénégalais, trouvés dans leur bureau, explique qu’il n’est pas possible d’entretenir des bâtiments qui ne sont pas encore fonctionnels, «surtout en période d’hivernage, quand les herbes folles poussent de partout. Mais, cela ne veut pas dire que les choses sont à l’abandon. D’ailleurs, la preuve est que vous nous trouvez en train de travailler». Mieux, dit-il, la compagnie est en train d’embaucher, à tous les niveaux de responsabilité, «car nous sommes ici, en train de monter la plus grande cimenterie du pays, qui devra régler tous les problèmes de ciment pour les 25 années à venir». Avis aux candidats !
Jeudi 4 Octobre 2012
le quotidien