La Vallée croule sous son riz : 335 000 tonnes en souffrance, les producteurs redoutent la faillite

La filière rizicole de la Vallée du fleuve Sénégal traverse une crise paradoxale : jamais les producteurs n’avaient autant produit, mais jamais les stocks n’avaient été aussi difficiles à écouler. Selon L’observateur, environ 335 000 tonnes de riz et de paddy restent en souffrance, plongeant producteurs, riziers et transformateurs dans une profonde inquiétude.


Une production record devenue un casse-tête
 
La souveraineté alimentaire, érigée en priorité nationale, prend une tournure amère dans la Vallée. Les producteurs rizicoles, qui espéraient voir leurs efforts récompensés par une meilleure valorisation du riz local, se retrouvent aujourd’hui confrontés à une saturation des stocks.
 
D’après L’observateur, plus de 35 000 tonnes de riz blanc seraient encore entreposées dans les magasins des riziers. À cela s’ajoute l’arrivée imminente de la production issue d’environ 49 000 hectares de paddy, susceptible de générer près de 290 000 tonnes supplémentaires à écouler.
 
Le paradoxe est cruel : la Vallée produit, mais le marché n’absorbe pas. Les entrepôts se remplissent, les ventes stagnent, et les producteurs redoutent désormais un blocage total du système.
 
Les importations pointées du doigt
 
Pour plusieurs acteurs de la filière, la crise est aggravée par la présence massive du riz importé sur le marché. Assane Koffi, directeur général de la Société sénégalaise de Filière alimentaire, cité par L’observateur, estime que l’abondance du riz importé menace directement la filière locale.
 
Selon lui, les producteurs sénégalais se retrouvent en concurrence avec des produits importés alors même que les stocks locaux peinent à trouver preneur. Une situation jugée incompatible avec l’ambition de souveraineté alimentaire affichée par l’État.
 
Des transformateurs sans visibilité
 
Les transformateurs de riz tirent également la sonnette d’alarme. Aïssatou Gaye, présidente du collège des transformateurs, évoque des conséquences lourdes pour la campagne à venir. Faute de visibilité sur les ventes, une réduction du personnel serait même envisagée.
 
Le calendrier agricole accentue les inquiétudes. Avec les récoltes en cours, les quantités de paddy disponibles vont encore augmenter, risquant de provoquer un engorgement plus grave dans les semaines à venir.
 
Des engagements publics qui tardent à se concrétiser
 
Les riziers dénoncent aussi le retard dans la mise en œuvre des mesures annoncées par les autorités. Selon Marie Rassoul Niang, secrétaire générale de l’Association nationale des riziers, seules 1 213 tonnes auraient été enlevées dans le cadre du dispositif mis en place avec les importateurs.
 
Un volume jugé dérisoire au regard des stocks disponibles. Les importateurs qui ont déjà acheté ces quantités n’auraient pas encore reçu les subventions promises, ce qui ralentit davantage les enlèvements.
 
Les achats institutionnels, qui devaient permettre d’écouler une partie importante du riz local, tardent également à se matérialiser. Les riziers espéraient voir les écoles, hôpitaux, universités, prisons, l’armée et les structures publiques privilégier le riz sénégalais. Mais, selon eux, les engagements restent insuffisamment appliqués.
 
La proposition des riziers : transférer la subvention aux rizeries
 
Face à l’urgence, Marie Rassoul Niang propose de transférer directement aux rizeries la subvention initialement prévue pour les importateurs. L’objectif serait de débloquer les enlèvements, libérer les magasins et éviter une crise plus grave.
 
Les riziers demandent également la mise en place d’un comité de suivi regroupant l’État, les producteurs, les riziers et les importateurs, afin de garantir un contrôle transparent des enlèvements et le respect des décisions prises sur les importations.
Samedi 27 Juin 2026
Dakaractu