La France et la Grande Bretagne à couteaux tirés sur la Manche : les leçons d’un bras de fer outre-Atlantique.


La France et la Grande Bretagne à couteaux tirés sur la Manche : les leçons d’un bras de fer outre-Atlantique.
Depuis quelques jours, les relations entre la France et la Grande Bretagne ne sont plus au beau fixe. Paris exige plus de licences de pêche que ne lui accorde Londres sur la Manche.

En décembre 2020, la Grande Bretagne et l’Union européenne avaient trouvé un accord pour permettre aux pêcheurs européens de poursuivre leurs activités après le « Brexit », à condition qu’ils prouvent qu’ils y étaient auparavant. C’est autour des modalités du respect de cet accord que Paris et Londres ne se sont pas entendues. 

Les français estiment être dans le droit de réclamer 244 licences supplémentaires en plus de 200 déjà octroyées. Or les britanniques soutiennent avoir déjà donné 1913 sur les 2127 dues à l’Europe. Pour obtenir gain de cause, les autorités françaises ont brandi la menace d’interdire aux navires anglais de débarquer leurs cargaisons dans leurs ports. Un signal fort a été déjà envoyé à travers le blocage au Havre d’un chalutier britannique qui aurait pêché 8 tonnes de coquilles Saint-Jacques sans licence. 

Malgré la radicalisation des deux camps, les portes du dialogue ne sont pas fermées. Paris avait décidé de mettre à exécution sa menace ce mardi 2 novembre. Emmanuel Macron a fait machine arrière à la dernière minute en donnant une nouvelle chance aux discussions prévues jeudi entre autorités françaises et britanniques.

La voix de la raison a triomphé dans un bras de fer qui n’a pas sa raison d’être, vu ce que représente la pêche dans l’économie des deux pays. Le secteur occuperait moins de 0,1% dans l’économie de chaque pays, rapporte lexpress.fr  visité à Dakaractu. Pourquoi donc tout ce bruit, devrait-on s’interroger.  Dans cette affaire, ce sont plus de 200 « petits bateaux » français qui seraient concernés car ne disposant pas d’outils à même de prouver leur présence dans les eaux anglaises avant le Brexit. 

C’est donc pour les protéger qu’Emmanuel Macron est prêt à en découdre avec Boris Johnson. Cependant, Geo.fr invite à la réflexion sur la possibilité que toute l’agitation autour de ce dossier ait des motivations politiciennes voire électoralistes. En vue de la présidentielle d’avril 2022, toutes les voix comptent pour le président sortant, Emmanuel Macron. Quoiqu’il en soit, le message est clair et interpelle sur le rôle que les décideurs doivent jouer dans la préservation des ressources halieutiques. 

Une crise européenne suivie de près en Afrique

Au Sénégal, cette crise est suivie par la société civile qui ne cesse d’alerter sur ce secteur à problèmes. « Le Poisson : objet diplomatique et stratégique entre la France et la Grande Bretagne », a twitté l’un de ses membres, Birahime Seck. Le coordinateur du Forum Civil n’a cessé ces dernières années de pointer du doigt une gestion brinquebalante de ce secteur ô combien stratégique et pourvoyeur de fonds pour l’État du Sénégal. 

Le rapport d’étude de l’Institut danois pour les droits de l'Homme (IDDH) publié en août 2020 confirme que la pêche apporte une contribution à la croissance économique locale. « Elle fournit 600 000 emplois, soit 17% de la population active et produit 47% des protéines, correspondant à une couverture d’environ 70% des besoins de protéine de la population (…) en 2015, la pêche a contribué à près de 40% de la valeur des exportations et a occupé la première place avec près de 195,6 milliards, soit 20,87% des recettes d’exportation », détaille l’étude lue à Dakaractu. 

Surexploitation des ressources halieutiques par des navires étrangers

Malgré cette place importante dans l’économie sénégalaise, la pêche est en eaux troubles pour plusieurs raisons. L’étude d’IDDH indexe des difficultés liées à la surpêche, à la timidité des stocks qui sont dépassés par le niveau optimal d’exploitation. Les auteurs ajoutent : « les écosystèmes marins dont dépendent les stocks sont de plus en plus dégradés du fait de la pollution, de la surpêche, des méthodes de pêche destructive, de la pêche illégale, non réglementée et non déclarée (INN) et du changement du climat ».

Il ressort de la lecture de ce rapport que la raréfaction des ressources halieutiques est l’un des défis majeurs auxquels font face les acteurs. Elle s’explique par un rythme d’exploitation exponentiel dans lequel des bateaux étrangers sont impliqués, « à travers des accords qui constituent un moyen pour la flotte étrangère d’accéder aux eaux ouest-africaines ». 

Le 18 novembre 2019, le Sénégal et l’Union européenne ont renouvelé leurs accords permettant à 45 navires espagnols, français et portugais de pêcher dans les eaux sénégalaises. En ouvrant ses côtes aux canneurs, thoniers et palangriers européens, le Sénégal n'engrange que 10 milliards FCFA sur les cinq années que dure l’accord, soit 2 milliards par an. 

La pêche artisanale désertée 

Les dégâts seraient moindres si les navires européens et chinois respectaient les lois en termes de repos biologique des espèces convoitées. Dans un communiqué reçu février dernier à Dakaractu, Greenpeace trouve que le renouvellement des accords de pêche avec l’UE contribue à accentuer la pêche aux poissons juvéniles pour le ravitaillement des bateaux canneurs en provenance d’Europe. L’Organisation non gouvernementale demande à l’État du Sénégal de « renforcer le contrôle sur l’activité des bateaux étrangers et de prendre des dispositions pour l’arrêt des captures de poissons juvéniles ».

Cette même inquiétude est partagée par l’IDD qui ne nie pas que l’État du Sénégal a fait des efforts dans le sens d’accompagner les pêcheurs artisanaux et cite « la subvention des moteurs, l’exonération sur le carburant et l’interdiction de la pêche industrielle sur les zones réservées à la pêche artisanale ». 

Aussi, les licences de pêche accordées par l’État mauritanien ont été revues à la hausse en 2018. De 300, elles sont passées à 400 pour 50 000 tonnes de poisson pélagique en haute mer. La visite du président de la République en République mauritanienne en juillet 2021 a consolidé ces accords. Une avancée qui devrait réduire les heurts entre les garde-côtes mauritaniens et les pêcheurs de Guet Ndar. C'est un pas non négligeable vers une prise en charge réelle des préoccupations des acteurs de la pêche artisanale. Un sous-secteur qui se vide de son monde d’année en année. Alors qu’elle représentait 81,6% des débarquements entre 2015 et 2016, avec 71 177 pêcheurs en 2016 pour 11.975 pirogues, la pêche artisanale n'enregistre plus que 70 041 acteurs en 2018, soit une diminution de 1 490 par rapport à 2017.
Mardi 2 Novembre 2021
Dakaractu



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