Abdou Khadre LÔ
(Directeur Général de Primum Africa Consulting)
Monsieur LÔ, Ca y est c'est la guerre au Nord Mali. Pourquoi la France intervient-elle dans ce conflit?
La France a trois raisons d'intervenir au Mali pour stopper l'avancée des groupes djihadistes et les anéantir si possible :
D'abord, la zone sahélienne est une zone de plus en plus incertaine pour les ressortissants occidentaux et français en particulier, notamment en raison des nombreuses prises d'otage. Les français étant les plus nombreux dans la région, ils sont donc plus susceptibles d'être visés par les kidnappeurs.
Et vous savez qu'un citoyen occidental détenu par les groupes armés, quels qu'ils soient, c'est source de beaucoup de pression pour le gouvernement du kidnappé.
En général, deux options s'offrent:
1- le marchandage pour la libération de l'otage.
2- les opérations commandos de sauvetage.
Dans les deux cas de figure, le risque est immense. En acceptant de négocier et de payer la libération de son ressortissant, le pays concerné ouvre la boite de pandore et encourage en quelque sorte cette activité très lucrative. S'il choisit l'opération commando, le risque de représailles est multiplié. Que l'opération ait été une réussite ou non.
Donc vu sous cet angle, la France a tout intérêt à vouloir décapiter les groupes djihadistes qui se sont installés dans le Nord Mali et qui ambitionnaient d'essaimer dans toute la zone sahélienne.
Ensuite l'intervention de la France est économique. Ces groupes djihadistes constituent une réelle menace pour les intérêts économiques de la France dans ce qui est appelé son pré-carré. En disant ouvertement qu'après le contrôle du Mali, ils ambitionnaient de franchir toutes les frontières de la région, le Mujao, Ansar Dine, Aqmi et les autres groupuscules ont fait craindre à la France, la chute du Niger avec son uranium qu'exploite AREVA (société française). Vous savez que 75% de l'énergie en France est nucléaire. Or l'uranium qui fait tourner les centrales françaises vient essentiellement du Niger. Rien que pour cet intérêt stratégique, la France ne veut pas courir le risque de voir les djihadistes du Nord Mali aller plus loin.
Enfin la faiblesse de nos Etats n'est pas à négliger dans l'analyse. Nos Etats anciennement colonisés par la France, malgré leurs discours nationalistes, n'hésitent jamais à faire appel à Paris à la moindre attaque rebelle. Les derniers exemples en date étant la Côte d'Ivoire et la Centrafrique. Bagbo et Bozizé ont fait appel à l'armée française dès les premières incursions rebelles.
Il y a donc une réelle inadéquation entre le discours de nos dirigeants en temps de paix et les appels au secours en temps de crise aigüe. Leur fierté annoncée n'est pas actée quand l'occasion se présente, et la raison en est simple : nos dirigeants ne nous donnent pas les moyens d'une véritable indépendance.
La France préfère donc intervenir en amont, avant que les djihadistes n'embrasent d'autres pays. Ce qui lui coûterait beaucoup plus en moyens humains, matériels et financiers.
Pourquoi les pays africains n'ont-ils décidé de se mouiller qu'une fois les troupes françaises engagées dans les combats contre les islamistes ?
Comme je le disais tantôt, beaucoup de gouvernements africains attendent que la France intervienne sur leur propre sol pour les sauver de « l'envahisseur », a fortiori quand il faut aller chez le voisin.
Il était prévu que les pays voisins fournissent les hommes et que la France et les USA notamment (au nom de la guerre contre le terrorisme) apportent une assistance logistique (moyens militaires) et en renseignement (localisation via les satellites). Devant la lenteur et les tergiversations du Mali et des pays de la sous-région, les djiahistes avançaient inexorablement vers Mopti. Or cette prise aller ouvrir la voie vers Bamako. C'est cette imminence qui a fait réagir la France. Dès lors les autres pays n'avaient pas d'autre choix que de suivre, sous l'injonction de Hollande qui ne veut pas apparaître comme maître et possesseur de la région.
Cet épisode souligne encore une fois, notre incapacité à décider seuls, et en temps opportun de notre destin.
Les islamistes du Nord Mali peuvent-ils résister longtemps à l'offensive des troupes alliées ?
Il est possible que la puissance militaire vienne assez rapidement à bout des djihadistes dans le Nord. Mais comme vous le savez, une victoire sur le terrain ne signifie pas un retour rapide à la normale. Même défaits, les insurgés peuvent infliger de graves pertes à leurs tombeurs, via des attentats réguliers. L'Irak et l'Afghanistan en sont de parfaits exemples. D'ailleurs la perspective de représailles sur leurs territoires n'est pas à négliger dans la compréhension de la tergiversation des Etats de la sous-région. Ils ne souhaitent surtout pas avoir maille à partir avec des groupes terroristes qui pourraient réveiller des « frères » internes qui leur emboîteraient le pas.
(Directeur Général de Primum Africa Consulting)
Monsieur LÔ, Ca y est c'est la guerre au Nord Mali. Pourquoi la France intervient-elle dans ce conflit?
La France a trois raisons d'intervenir au Mali pour stopper l'avancée des groupes djihadistes et les anéantir si possible :
D'abord, la zone sahélienne est une zone de plus en plus incertaine pour les ressortissants occidentaux et français en particulier, notamment en raison des nombreuses prises d'otage. Les français étant les plus nombreux dans la région, ils sont donc plus susceptibles d'être visés par les kidnappeurs.
Et vous savez qu'un citoyen occidental détenu par les groupes armés, quels qu'ils soient, c'est source de beaucoup de pression pour le gouvernement du kidnappé.
En général, deux options s'offrent:
1- le marchandage pour la libération de l'otage.
2- les opérations commandos de sauvetage.
Dans les deux cas de figure, le risque est immense. En acceptant de négocier et de payer la libération de son ressortissant, le pays concerné ouvre la boite de pandore et encourage en quelque sorte cette activité très lucrative. S'il choisit l'opération commando, le risque de représailles est multiplié. Que l'opération ait été une réussite ou non.
Donc vu sous cet angle, la France a tout intérêt à vouloir décapiter les groupes djihadistes qui se sont installés dans le Nord Mali et qui ambitionnaient d'essaimer dans toute la zone sahélienne.
Ensuite l'intervention de la France est économique. Ces groupes djihadistes constituent une réelle menace pour les intérêts économiques de la France dans ce qui est appelé son pré-carré. En disant ouvertement qu'après le contrôle du Mali, ils ambitionnaient de franchir toutes les frontières de la région, le Mujao, Ansar Dine, Aqmi et les autres groupuscules ont fait craindre à la France, la chute du Niger avec son uranium qu'exploite AREVA (société française). Vous savez que 75% de l'énergie en France est nucléaire. Or l'uranium qui fait tourner les centrales françaises vient essentiellement du Niger. Rien que pour cet intérêt stratégique, la France ne veut pas courir le risque de voir les djihadistes du Nord Mali aller plus loin.
Enfin la faiblesse de nos Etats n'est pas à négliger dans l'analyse. Nos Etats anciennement colonisés par la France, malgré leurs discours nationalistes, n'hésitent jamais à faire appel à Paris à la moindre attaque rebelle. Les derniers exemples en date étant la Côte d'Ivoire et la Centrafrique. Bagbo et Bozizé ont fait appel à l'armée française dès les premières incursions rebelles.
Il y a donc une réelle inadéquation entre le discours de nos dirigeants en temps de paix et les appels au secours en temps de crise aigüe. Leur fierté annoncée n'est pas actée quand l'occasion se présente, et la raison en est simple : nos dirigeants ne nous donnent pas les moyens d'une véritable indépendance.
La France préfère donc intervenir en amont, avant que les djihadistes n'embrasent d'autres pays. Ce qui lui coûterait beaucoup plus en moyens humains, matériels et financiers.
Pourquoi les pays africains n'ont-ils décidé de se mouiller qu'une fois les troupes françaises engagées dans les combats contre les islamistes ?
Comme je le disais tantôt, beaucoup de gouvernements africains attendent que la France intervienne sur leur propre sol pour les sauver de « l'envahisseur », a fortiori quand il faut aller chez le voisin.
Il était prévu que les pays voisins fournissent les hommes et que la France et les USA notamment (au nom de la guerre contre le terrorisme) apportent une assistance logistique (moyens militaires) et en renseignement (localisation via les satellites). Devant la lenteur et les tergiversations du Mali et des pays de la sous-région, les djiahistes avançaient inexorablement vers Mopti. Or cette prise aller ouvrir la voie vers Bamako. C'est cette imminence qui a fait réagir la France. Dès lors les autres pays n'avaient pas d'autre choix que de suivre, sous l'injonction de Hollande qui ne veut pas apparaître comme maître et possesseur de la région.
Cet épisode souligne encore une fois, notre incapacité à décider seuls, et en temps opportun de notre destin.
Les islamistes du Nord Mali peuvent-ils résister longtemps à l'offensive des troupes alliées ?
Il est possible que la puissance militaire vienne assez rapidement à bout des djihadistes dans le Nord. Mais comme vous le savez, une victoire sur le terrain ne signifie pas un retour rapide à la normale. Même défaits, les insurgés peuvent infliger de graves pertes à leurs tombeurs, via des attentats réguliers. L'Irak et l'Afghanistan en sont de parfaits exemples. D'ailleurs la perspective de représailles sur leurs territoires n'est pas à négliger dans la compréhension de la tergiversation des Etats de la sous-région. Ils ne souhaitent surtout pas avoir maille à partir avec des groupes terroristes qui pourraient réveiller des « frères » internes qui leur emboîteraient le pas.