LFR 2026, Macky Sall, succession à l’APR : Oumar Youm charge le pouvoir et met en garde contre les ambitions solitaires...


En déplacement dans la capitale de la Petite Côte, Oumar Youm, responsable de l’Alliance pour la République (APR) et maire de Thiadiaye, s’est prêté aux questions de Dakaractu Mbour. Entre le rejet du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 par la commission des Finances de l’Assemblée nationale, les responsabilités de la majorité présidentielle, le retour de Macky Sall et la bataille de sa succession à la tête de l’APR, l’ancien ministre livre une analyse sans concession. Il dénonce les contradictions de la majorité, pointe les limites du Plan de redressement économique et social (PRES) et rappelle que personne ne peut s’autoproclamer héritier politique de Macky Sall.
 
LFR 2026 : Oumar Youm dénonce « l’incohérence » de la majorité
 
Le rejet du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 par la commission des Finances de l’Assemblée nationale ne laisse pas Oumar Youm indifférent. Pour le responsable de l’APR, cet épisode parlementaire met en lumière les contradictions d’une majorité qui se retrouve aujourd’hui confrontée aux conséquences de ses propres choix budgétaires.
 
L’ancien ministre rappelle avoir alerté, lors de l’examen de la loi de finances initiale (LFI) 2026, sur ce qu’il considère comme un défaut de sincérité des prévisions budgétaires, particulièrement concernant le déficit. Il avait également mis en doute la capacité du Plan de redressement économique et social (PRES) à apporter une réponse crédible à la crise, estimant utopique une stratégie reposant exclusivement sur le financement endogène.
 
Les chiffres du projet rectificatif, selon son analyse, confortent aujourd’hui ses réserves. Oumar Youm évoque une baisse de 340 milliards de francs CFA des recettes budgétaires, un recul de 451 milliards des recettes attendues du PRES, soit 60 %, ainsi qu’un déficit porté à 7,6 % du PIB. À cela s’ajoute une réduction de 555 milliards de francs CFA de l’investissement public.
 
Pour lui, ces données traduisent les limites d’un programme qui avait été présenté comme une réponse décisive aux difficultés économiques du Sénégal.
 
Mais c’est surtout le paradoxe politique qu’il dénonce. Le projet budgétaire initial, rappelle-t-il, a été élaboré et défendu sous le gouvernement dirigé par Ousmane Sonko, avant d’être promulgué par le président Bassirou Diomaye Faye. Dès lors, le rejet du collectif budgétaire par la majorité parlementaire soulève, à ses yeux, une question de cohérence et de responsabilité.
 
« Le désaccord actuel entre l’exécutif et le législatif ne fait disparaître ni leurs choix communs ni leurs responsabilités respectives », soutient-il en substance.
 
Le maire de Thiadiaye estime ainsi que les rivalités au sommet de l’État ne sauraient effacer la responsabilité de ceux qui ont conçu, soutenu, voté ou exécuté la politique budgétaire aujourd’hui remise en cause.
 
Sa critique se veut également politique : comment une majorité qui revendique le patriotisme peut-elle rejeter un texte censé corriger les déséquilibres budgétaires sans, selon lui, présenter une alternative crédible ? Pour Oumar Youm, le patriotisme ne doit pas se limiter aux discours. Il doit se traduire par des solutions concrètes, une capacité à assumer ses décisions et une priorité absolue accordée à l’intérêt national.
 
Une sortie qui place la majorité face à une exigence centrale : celle de la cohérence entre les choix d’hier, les critiques d’aujourd’hui et les solutions proposées pour sortir le pays de l’impasse économique.
 
Retour de Macky Sall : « Il est libre de revenir au Sénégal »
 
Sur la question du retour de Macky Sall, Oumar Youm adopte une position claire. L’ancien chef de l’État, selon lui, est un citoyen sénégalais libre de rentrer dans son pays et d’y exercer ses droits politiques.
 
Toutefois, le responsable de l’APR se garde de spéculer sur la date de ce retour ou sur les responsabilités que l’ancien président pourrait assumer. « Il lui appartient de les préciser », fait-il valoir, laissant à Macky Sall le soin d’annoncer lui-même ses intentions.
 
Oumar Youm ne cache cependant pas la place qu’il continue d’accorder à l’ancien président dans l’avenir de son parti. Il considère que Macky Sall conserve une expérience, un bilan et une capacité de rassemblement susceptibles de servir l’APR et, plus largement, le Sénégal.
 
Pour autant, il refuse de réduire l’activité du parti à une attente passive du retour de son fondateur. La priorité, insiste-t-il, est de poursuivre le travail politique, d’écouter les populations, de renforcer les structures et de bâtir une offre politique crédible.
 
Le message est limpide : l’APR doit continuer à exister, à s’organiser et à préparer l’avenir, sans attendre que Macky Sall décide de son prochain mouvement. Le moment venu, espère Oumar Youm, l’ancien président fera connaître ses intentions après avoir consulté les responsables et les militants.
 
Succession à la tête de l’APR : Oumar Youm ferme la porte aux héritiers autoproclamés
 
C’est sans doute sur la succession de Macky Sall que le responsable de l’APR délivre l’un de ses messages les plus politiques.
 
Alors que l’avenir de la formation présidentielle est au centre des interrogations, Oumar Youm récuse toute logique de succession imposée par les déclarations médiatiques ou les querelles de personnes. À ses yeux, la question doit être tranchée au sein du parti, à travers un débat interne et un choix collectif consacré par un congrès, dans le respect des textes statutaires.
 
« Personne ne peut s’autoproclamer successeur exclusif de Macky », martèle-t-il dans le fond de son argumentaire.
 
Une manière de rappeler que l’héritage politique de l’ancien président ne constitue pas un titre de propriété individuelle. Pour Oumar Youm, le futur leadership devra se construire sur la capacité à convaincre, à rassembler et à gagner la confiance des militants.
 
Il reconnaît que l’APR dispose de femmes et d’hommes d’expérience, mais aussi d’une nouvelle génération appelée à prendre davantage de responsabilités. L’enjeu consiste donc à concilier l’expérience des anciens, le renouvellement des cadres et la légitimité militante.
 
Avant même de désigner un éventuel successeur, Oumar Youm plaide pour un chantier prioritaire : la restructuration des instances de base, des comités aux sections, en passant par les délégations départementales et les conventions régionales.
 
L’objectif affiché est de reconstruire un parti solidement implanté sur le territoire national et capable de proposer aux Sénégalais une alternative politique crédible.
 
Derrière cette position se dessine une conviction : le leadership de demain ne se décrète pas. Il se construit sur le terrain, au contact des militants et à travers un projet collectif.
 
« Êtes-vous le leader de demain de l’APR ? » La réponse d’Oumar Youm
 
Interrogé par Dakaractu Mbour sur sa propre ambition, le maire de Thiadiaye ne tombe pas dans le piège de l’autoproclamation.
 
« Seul Dieu sait ! », répond-il.
 
Une formule prudente, mais qui ne signifie nullement un retrait de la compétition politique. Oumar Youm affirme être pleinement engagé et prêt à assumer ses responsabilités, quelles que soient les circonstances.
 
Il pose néanmoins une limite : l’ambition personnelle ne saurait prendre le dessus sur l’intérêt collectif. Dans sa conception, le choix du futur leadership appartient avant tout aux militants, seuls habilités à départager les prétendants dans le cadre des mécanismes internes du parti.
 
Derrière cette réponse mesurée, le responsable de l’APR laisse donc la porte ouverte à toutes les possibilités, sans annoncer officiellement sa candidature à la succession de Macky Sall.
 
Entre la crise budgétaire, les tensions institutionnelles et les interrogations sur l’avenir de l’APR, Oumar Youm choisit ainsi de placer le débat sur le terrain de la responsabilité et de la légitimité. Son message s’adresse autant au pouvoir en place qu’à sa propre famille politique : on ne peut durablement gouverner sans assumer ses choix, pas plus qu’on ne peut prétendre diriger un parti sans convaincre ceux qui le composent.
Samedi 24 Octobre 2026
Dakaractu