LFI 2019 : réponse aux critiques sur la pertinence des choix d’investissement du PSE


LFI 2019 : réponse aux critiques sur la pertinence des choix d’investissement du PSE
Avec le Plan Sénégal émergent (PSE), initié en 2014 par le président Macky Sall, le Sénégal s’est lancé dans la construction d’infrastructures pour favoriser le développement économique. C’est dans cette perspective que le projet de Loi de finances initiale 2019 intègre les engagements pris par le Gouvernement du Sénégal quant à la poursuite des programmes phares du PSE, notamment le PUDC II, le PUMA, Promovilles, la déserte ferroviaire Dakar – AIBD, le projet de construction du stade olympique de 50 000 places, le programme spécial d’amélioration de l’alimentation en eau potable de Dakar (PSDAK), PACASEN.....
Toutefois, le débat sur les efforts de l’Etat à doter notre pays d’infrastructures modernes de dernière génération est parasité, pour le dénaturer, depuis quelques temps, par certains cercles pro-passifs ou sénégalo-pessimistes. Certains parmi eux sont allés jusqu’à dire que « les ressources mobilisées pour ces projets sont mal allouées et cela risque de créer une situation désastreuse, irréversible ». Pour d’autres, ces investissements sont simplement improductifs et pourraient freiner notre croissance. Les plus sceptiques, sur fond de jalousie et de méconnaissance des théories de la nouvelle économie structurelle, diront en wolof : « Taly ak Taakh kéénn doukoo lékk ».
Aveuglés par le désir ardent de remettre en cause la nécessité de faire des efforts pour moderniser notre pays, des « procureurs » d’un « Sénégal passif qui refuse la modernisation » s’érigent en donneurs de leçon, suggérant à l’Etat de se concentrer uniquement sur les investissements dans le domaine de l’éducation, de la santé et de l’emploi des jeunes. En vérité, il leur suffirait de lire le PSE pour détecter l’équilibre dynamique, visibles d’ailleurs sur le projet de loi de finance 2019, qu’il établit entre le capital physique (infrastructures routières, ferroviaires, énergétiques, sportives, etc.) et le capital humain (éducation, santé), justifiés par le lien fort qui existe entre la transformation structurelle de l’économie et le développement du capital humain.
En fait, le PSE fait de la croissance économique forte, c’est-à-dire au taux d'au moins 7% (hors pétrole) en moyenne annuelle à l’horizon 2035, un objectif pour l’autonomisation des populations et des communautés de base. A cet effet, les trois axes du Plan Sénégal Emergent fonctionnent en système intégré pour assurer au niveau des ménages et des territoires l’accès à des sources de revenus, aux services sociaux de base, à un cadre de vie sain et sûr.  Conséquemment, les résultats du Plan Sénégal Emergent s’analysent en termes de performances économiques, sociales et environnementales.
A travers les dépenses qu’ils effectuent tout au long de l’année, l’Etat et ses démembrements influencent directement ou indirectement, à court, moyen et long terme l’activité économique dans son ensemble à travers quatre principaux leviers : (i) la règlementation et le fonctionnement des institutions, (ii) l’éducation,  la formation et le développement du capital humain, (iii) la mise en place des infrastructures publiques en complémentarité avec les besoins d’investissements privés, (iv) et la facilitation de l’accès au financement.
Il est admis que, pendant la phase de leur mise en place, les infrastructures créent des emplois dans le BTP et les secteurs connexes en même temps qu’elles favorisent la compétitivité des territoires et la territorialisation des politiques publiques. En somme, le stock d’infrastructures en place a un effet positif et significatif sur la croissance économique à long terme d’une part et, les infrastructures de qualité réalisées concourent à la réduction des inégalités dans l’accès aux opportunités et aux revenus d’autre part. Particulièrement, les infrastructures contribuent plus que proportionnellement à relever les revenus des populations pauvres et à offrir des possibilités d’expansion aux Très Petites Entreprises (TPE) qui n’ont pas les mêmes possibilités que les Grandes Entreprises à s’installer non loin des Ports et autres hubs de transport.
C'est pourquoi, comme l'a souligné le Premier Ministre, M. DIONNE dans une tribune parue sur le Soleil en date du 27 Aout 2018 le Sénégal a misé sur la construction de routes et d'autoroutes, de chemin de fer, de pistes rurales, mais aussi sur l’électrification rurale, le développement du mix énergétique avec la promotion des énergies renouvelables, de l’hydraulique rurale et urbaine, ainsi que sur le maillage du pays en fibre optique. Toutes ces infrastructures contribuent à l'amélioration de la productivité globale de notre économie. 
Ainsi, dans la première phase du Programme d’Urgence de Développement Communautaire (PUDC), cinq cents (500) kilomètres de pistes sont déjà ouvertes à la circulation, désenclavant 552 villages. Dans le volet hydraulique du PUDC, 229 forages ont été réalisés et livrés, permettant l’accès à l’eau potable à plus de 300.000 de nos compatriotes. En matière d’électrification rurale, plus de 35.000 personnes ont pu avoir accès à l’énergie grâce au PUDC. Ce programme a ainsi contribué fortement à l’amélioration des conditions de vie du monde rural, à travers des équipements et infrastructures socio-économiques de base adéquats, en vue de créer les conditions de l’éclosion de l’économie rurale.    
Il est également admis que le capital humain, en particulier l’éducation et la santé, comptent parmi les principaux moteurs de la croissance économique et du progrès social. C’est pourquoi ces deux secteurs ont été considérés au Sénégal comme prioritaires. D’ailleurs, le deuxième axe du PSE est consacré au capital humain et à la protection sociale.
En matière d’éducation et de formation, l’accès équitable à des conditions d’apprentissage de meilleure qualité pour tous les élèves du pays a été érigé en sur-priorité. La réalisation de 9.538 salles de classe en plus des programmes de réhabilitation des infrastructures scolaires en est une parfaite illustration. Comme il en est de la carte scolaire, la carte universitaire s’est également renforcée avec tous les programmes de construction et de modernisation entrepris depuis 2012, Dakar, Saint-Louis, Ziguinchor, Bambey et Thiès, sans compter la construction en cours de la Cité du Savoir et de deux nouvelles universités pour un coût de 130 milliards de francs FCA, ainsi que des Instituts supérieurs d’enseignement professionnel (ISEP).
Au plan des infrastructures sanitaires, le maillage du territoire national a été accéléré avec l’ouverture de quatre nouveaux hôpitaux, de 10 nouveaux centres de santé dans les villes de l’intérieur et de plusieurs postes de santé. Huit (8) nouveaux centres de dialyse ont été construits en cinq ans pour assurer une prise en charge déconcentrée des insuffisants rénaux. Seize (16) scanners, 14 appareils de mammographie, 35 tables de radiologie numérique, 50 appareils d’échographie, 10 générateurs de production en oxygène et 3 appareils de radiothérapie ont été acquis et mis en service à travers tous les districts sanitaires du pays. 
Pour ce qui est des critiques sur le recours à l’endettement extérieur parmi les modes de financement de notre développement, il convient de rappeler quelques chiffres pour comprendre que l’extérieur, au lieu d’être la principale source de financement de nos investissements, n’est qu’un complément par rapport à nos efforts de mobilisation de nos ressources intérieures. En guise d’exemple, en l’espace de six (06) années (entre 2012 et 2018), un montant d’environ 5000 milliards a été mobilisé au titre des investissements publics sur ressources intérieures alors que sur une période relativement plus longue (2001-2011) seul 3274,3 milliards avaient été levé par le précédent régime. Cela renseigne, d’une part, sur le bon dosage entre endettements intérieurs et extérieurs mais reflète, d’autre part, l’impact de la hausse des recettes budgétaires fruit du dynamisme économique notée ces dernières années et marqué par les taux de croissance que nous connaissons tous. C’est la raison pour laquelle, je ne peux jusqu’à présent pas comprendre la promesse faite par Ousmane Sonko de positionner le marché intérieur du crédit souverain comme moteur de l'endettement public au détriment des financements extérieurs dans le contexte actuel de notre pays. En vérité, cette idée est tout bonnement ridicule puisque jamais dans l’histoire de ce pays, le dosage des deux sources de financement n’a été aussi optimal. L’idée d’augmenter le portefeuille de crédit intérieur risque, si elle est mise en œuvre, de créer des effets d'éviction (Il n'y aura plus de crédit disponible pour le secteur privé et les ménages). Pire, cette proposition si elle est appliquée gonflera les taux d'intérêt commerciaux à long terme et créera des déséquilibres financiers sans solution pour le Sénégal qui déposera bilan rapidement. Principal contempteur de la politique d’endettement de notre pays, Monsieur Sonko fait état, à travers cette proposition, de sa méconnaissance de la structure de notre marché financier sous-régional qui est en phase embryonnaire et c’est ça qui explique quelque part l’option actuelle du gouvernement.
 Au-delà, il faut rappeler à ces cercle « anti-endettement » que beaucoup d’études sur la croissance économique ont montré que le financement par endettement peut-être une bonne option si, d’une part, les investissements sont bien ciblés (ce qui est le cas avec les projets du PSE) et d’autre part, les agents économiques sont très sensibles à une hausse de la fiscalité (ce qui est le cas au Sénégal). Compte tenu des conditions initiales défavorables au Sénégal (comme dans la quasi-totalité des pays africains), il serait utopique de vouloir financer tous les gros investissements à partir des ressources internes, notamment fiscale. Cela se traduirait par un matraquage fiscal des ménages et des entreprises, une mesure contre-productive. Le gouvernement l’a compris en prenant comme option de renforcer le pouvoir d’achat des ménages et de libérer les forces économiques productives à travers une politique optimale tenant en compte la nécessité d’accroitre les ressources internes et de pérenniser l’impôt (N’a-t-on pas l’habitude de dire trop d’impôt tue l’impôt).
Par ailleurs, il faut informer que l’option prise par le Sénégal à travers le PSE est conforme avec la nouvelle économie structurelle (NES). En effet, dans les pays en développement comme le nôtre où le système de marché concurrentiel n’existe pas en réalité, c’est l’Etat qui créé et préserve des mécanismes de marché efficaces. L’axe1 du PSE qui porte sur la transformation structurelle de l’économie et l’axe 3 consacré à la gouvernance constituent deux des trois piliers sur lesquels repose la NES, le troisième pilier étant l’identification des avantages comparatifs du pays (ce qui est fait dans la phase « diagnostic »). Cela est d’autant plus vrai que le rôle de l’Etat, dans la correction des défaillances de marché et la coordination des investissements, est essentiel pour envoyer les bons signaux aux acteurs économiques. L’engouement des partenaires techniques et financiers du Sénégal ne relève nullement d’un élan de solidarité ou d’une quelconque « philanthropie » mais s’explique plutôt par leur appréciation positive de la dynamique actuelle et des perspectives prometteuses de l’économie sénégalaise qui a réussi à créer des mécanismes d’incitation rendant notre pays de plus en plus attractif.
En somme, le PSE est une vision qui assure l’interaction entre toutes les dimensions du développement et qui rompt avec le schéma classique qui veut que les pays en développement suivent exactement la même trajectoire que les pays actuellement industrialisés. C’est la raison pour laquelle, en plus de la prise en compte des aspects sociaux, des investissements importants sont consentis sur les infrastructures de dernière génération. Voilà ce qui transparaît dans le projet de loi de finance 2019 et toutes autres interprétations tendancieuses du projet de loi n’est que subjectives

Papa Malick NDOUR
Economiste, spécialiste des Finances Publiques
Président du Conseil départemental de Guinguinéo
 
Lundi 15 Octobre 2018
Dakar actu



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