LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE.


« Je demeure convaincu que la politique peut bien s'accommoder de l'éthique, de la morale et de la dignité. » Macky Sall


Par cette affirmation que vous aviez tenue en toute lucidité dans un contexte où le pouvoir étatique, n’eut été la détermination des vaillants citoyens, était en phase avancée et programmée de devenir monarchisé et confisqué, je me permets de vous interpeller sur l’une des préoccupations qui heurtent la conscience du citoyen que je suis.

 

Comme un discours pour construire n’est pas le même que celui pour déconstruire ou vilipender avec véhémence, nous tenterons d’emprunter délibérément une tonalité douce qui sied dans notre propos pour ces circonstances.

En effet, la douceur rend toujours moins acerbe et moins âpre le caractère saumâtre de la vérité en rendant également son destinataire plus disposé à la recevoir et la reconnaître, bien que la vérité reste toujours la vérité par essence indépendamment du jugement des hommes.

Alors pour cette occasion, nous avons choisi une des règles de la bienséance qui exigerait de nous l’adoption d’une tonalité édulcorée, puisque la fidélité aux principes et aux causes justes n’en souffrirait pas forcément.

Par conséquent, nous essayons d’oublier l’agression et la déception que nous avons terriblement subies par l’optimisme qui nous nourrit en ce moment précis où nous couchons nos idées sur le papier et dont la réalisation rendra notre guérison définitive.

 

Monsieur Le Président, je voudrais par cette lettre ouverte vous solliciter solennellement de bien vouloir engager, dans les meilleurs délais, un processus de rétablissement du principe de l’inaliénabilité des biens publics et de leur redonner tout leur revêtement sacré et inviolable, pour l’intérêt exclusif de la nation à laquelle vous nous avez implicitement appelé, lors de votre discours d’apaisement des émeutes, à nous identifier fièrement quels que soient la nature et le degré de nos contradictions.

En réalité, l’image que certains édifices et biens publics réalisés et acquis aux frais du contribuable nous donnent, est hideuse et nous rend moins fiers de notre république.

 

En effet, nous avons tristement remarqué depuis vos prédécesseurs des velléités de patrimonialisation et de confiscation des biens publics par des partis au pouvoir, en peignant ces biens aux couleurs de ces partis respectifs.

Nos bus Dakar Dem Dikk sont les premiers biens publics qui informent honteusement un étranger résident à Dakar d’un changement de régime et d’acteurs. Alors que l’impertinence de cette pratique se révèle dans l’oubli et la négation que l’Etat est une continuité. Ce n’est pas dire que le régime successeur n’a pas assuré la continuité de cette mauvaise pratique puisqu’il la reprend, sous les couleurs de son parti, pour en faire le moyen d’ annonce de sa présence au sommet de l’Etat, mais c’est démontrer que le sens et l’essence du principe de continuité de l’Etat qui est, entre autres, de concourir à la protection morale et physique des citoyens, de leurs biens et des biens publics, n’est pas respecté.

Sans doute, il existe beaucoup d’usagers qui ont un cœur serré en prenant ces bus parce qu’ils se voient privés injustement de leur droit d’appartenance indivisible de ces biens publics, même si l’accès pour leur usage reste assuré. Ces bus ne sont qu’une illustration. Il existe d’autres biens qui sont dans la même situation de confiscation.

 

Alors, Monsieur Le Président, rappelez vous votre sage affirmation qui est ici le fil conducteur de notre propos .

En réalité, l’application par vous-même de ce propos ô combien sage,est le seul moyen de vous grandir, de vous placer sur le piédestal, de faire de cet espace de votre vie, c’est-à-dire votre passage au pouvoir, un moment d’honneur sans égal.

 

Vous aviez totalement raison de dire que la politique peut bien s’accommoder de l’éthique, de la morale et de la dignité. Il vous reste le défi d’en faire une règle de conduite qui vous éclaire le chemin, pour le reste de votre mandat.

Pour cela, bouchez vos oreilles aux laudateurs intéressés, fermez les yeux sur les plumes vénales dont toute la préoccupation consiste à vous caresser dans le sens du poil, dans l’unique but de bénéficier des privilèges «  acquérables » par vos soins. Laissez à ces individus le soin de faire le récit de vos actions et non de vous indiquer la conduite à tenir ni la direction à emprunter.

 

Ils vous applaudiront tant que vous êtes encore au pouvoir, quoi que vous fassiez, en bon et en mauvais Présentement, ils esquivent la question de l’agression administrée à nos biens publics, mais ils importuneront les gens du récit de vos qualités d’homme d’Etat quand vous aurez réalisé notre souhait légitime.

 

L’honneur et le prestige qui vous restent à conquérir, après avoir été Président de la république, c’est de laisser des empreintes honorables qui guideront le pas de la postérité, consolideront notre nation et renforceront notre république en la garantissant de toute future agression par le fait des humeurs politiques versatiles.

 

Sachez qu’avoir le statut du président ne suffit pas, à lui seul, d’inscrire votre nom dans les belles pages de notre histoire. Qu’est-ce que ces exemples d’anciens présidents ( Mobottu, Kabila, Bokossa etc) vous enseignent ? Ces anciens présidents sont aujourd’hui dans la poubelle de l’histoire que tout africain averti méprise. Je ne vous souhaite pas le même sort que ces anciens présidents parce que tout simplement notre pays en subira longtemps ses conséquences néfastes. Je voudrais plutôt vous voir dans la dynamique de rivalité aux côtés des grands hommes qui font unanimement la fierté de leurs peuples. On peut citer, à juste titre, le général De Gaulle qui, dans une époque sombre, a redonné aux français désemparés cette fibre patriotique par son héroïsme admirable. Et sa présidence a surtout été marquée par la consolidation des fondements de la république et le renforcement de la nation française. Ce qui fait qu’aujourd’hui il est plus connu et aimé que ses successeurs.

 

Cette aubaine ne vous a définitivement pas échappé. Mais, il faut juste comprendre deux choses fondamentalement : vous deviendrez inéluctablement un jour un ancien président quelle que soit la durée que vous ferez au pouvoir ; la postérité vous jugera sans complaisance sur les faits.

 

Les récentes émeutes vous ont appris beaucoup de choses, à vos dépens ou à votre profit, selon la lecture que vous en ferez. Pourquoi pas interpréter cela comme un signe divin dont la compréhension parfaite du sens vous remettra sur le chemin de l’honneur, afin de regagner l’estime publique. Dans cette courte mais violente période, vous avez pu constater par vous-même la désertion des gens qui vous juraient loyauté infaillible et fidélité éternelle jusqu’au jour de l’éclatement de ces émeutes. Ainsi vous avez compris, à temps opportun, comment on commence en foule et finir en solitude.

C’est le lieu de vous éloigner de tous ces individus qui  disent être vos inconditionnels, vous n’êtes pas un dieu par avoir besoin des fanatiques. Car un dieu ne se trompe pas pour qu’il soit nécessaire de recadrer ses actions.

 

Alors Monsieur le président,

L’éthique et la morale n’autorisent pas de peindre les biens publics aux couleurs de votre parti. ;

 

La dignité vous limite les droits d’action sur les 

biens publics ;

 

L’éthique et la morale vous exigent le respect de la parole solennelle donnée : la prééminence de la patrie sur le parti ;

 

L’éthique et la morale vous défendent de confondre les biens publics avec ceux du parti ;

L’éthique et la morale vous demandent que si vous ne pouvez pas peindre vos permanences aux couleurs de la nation, vous ne devrez pas peindre les biens de la nation aux couleurs de votre parti ;

 

L’éthique et la morale nous interdisent tous l’endurcissement dans la faute.

 

Donc veuillez, Monsieur  le président, enlever les couleurs de votre parti sur les biens publics réalisés et acquis aux frais du contribuable, avant que votre successeur ne le fasse ultérieurement.

 

Nos salutations distinguées.

 

 

MOUSSA DIA

CITOYEN SÉNÉGALAIS RÉSIDANT EN FRANCE

Mardi 30 Mars 2021
Dakaractu




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