LE PDS À LA CROISÉE DES CHEMINS.


L’actualité de ces derniers mois, de ces derniers jours, place notre parti (le PDS), au centre des préoccupations de nombreux sénégalais, qu’ils en soient membres, sympathisants ou souteneurs, électeurs ou adversaires déclarés. Il fait régulièrement la « une » des journaux, réputés proches ou éloignés du palais et ses militants et responsables se déchirent dans les réseaux sociaux et les médias. Les diplomates étrangers, les observateurs et beaucoup de responsables s’intéressent à l’évolution de notre grand parti et les problèmes auxquels il est manifestement confronté.
 
Pourtant depuis sa création, en 1974, jusqu’à ce jour le PDS est resté un des principaux vecteurs de la volonté de notre peuple de prendre son destin en main en changeant profondément sa façon de voir et d’être dans un SOPI assumé. Me Abdoulaye WADE, aimé et adulé par des générations de jeunes et moins jeunes sénégalais était l’incarnation du changement et de la ruse de l’homme politique. Il était devenu un modèle de persévérance suite à un long parcours marqué par les emprisonnements, les privations, et une incroyable capacité de don de soi.
 
L’an 2000 a permis à notre peuple de réaliser à quel point Me Wade était le porteur de notre ambition. Il a vu grand, il a vu très grand et nous a fait rêver d’un Sénégal, réconcilié avec lui-même, prenant son destin en main.
 
Sans revenir sur les causes et circonstances de notre éviction du pouvoir, le retour dans l’opposition n’a pas brisé l’appareil du parti qui est resté le principal parti de l’opposition, sinon du pays, malgré les trahisons et la transhumance d’un nombre impressionnant de ses responsables. Tous ceux qui pariaient sur le dépérissement de notre parti, dans les mêmes circonstances que le Parti Socialiste (PS) devenu l’ombre de lui-même depuis sa défaite en 2000, ont dû déchanter en assistant à son renouveau dans une démarche promettant un retour probable aux affaires. Le PDS est resté un parti attractif. Son secrétaire général, Me Wade, malgré le poids de l’âge est toujours aimé et reste incroyablement actif, le secrétaire général adjoint, Oumar Sarr, a réussi à garder la maison en en maintenant la cohésion et la combativité, et son candidat, Karim Wade, calomnié, jugé et condamné par une justice peu convaincante est resté un sérieux prétendant qui manifestement continue de hanter le sommeil du pouvoir et de son chef.
 
Ce parti, présent à presque toutes les compétitions électorales depuis 1978, qui a dirigé notre pays depuis 2000 en promouvant des changements réels et fait entrevoir les lueurs d’un avenir meilleur a été le principal absent de la dernière élection présidentielle. Personne aujourd’hui ne doute des conséquences de cette non-participation et du mot d’ordre d’abstention donné aux électeurs. Le PDS a lourdement pesé sur l’issue de l’élection.
 
Macky Sall, réélu dans ces conditions, sait à quel point il lui sera difficile de gouverner et de quitter le pouvoir à l’horizon 2024 en affrontant à nouveau les électeurs en décembre 2019 lors des élections locales et en 2022 lors des élections législatives, deux ans avant l’élection présidentielle à laquelle il n’est pas autorisé à participer.
 
Voilà, entre autres raisons, ce qui explique son appel au dialogue et la rapidité avec laquelle il a accédé à presque toutes les exigences de l’opposition conditions non négociables pour participer à un tel dialogue.
 
Le combat qui a abouti à ce résultat a été mené certes par toute l’opposition mais avec un PDS particulièrement fort et bien présent en tête de ligne. Tout le monde s’accorde sur le rôle éminent joué par notre parti qui a mobilisé tous ses moyens en termes de moyens humains comme en termes de moyens matériels. Aucune manifestation de l’opposition n’aurait connu de succès si le PDS s’était borné à faire service minimum. Il en a aussi payé le prix fort. Près de 80 membres de ses différentes instances se sont retrouvés arrêtés, jugés, condamnés et emprisonnés. Parmi eux, le candidat à la présidentielle, le secrétaire général adjoint, le responsable de la communication, le secrétaire général des cadres, le secrétaire général des jeunes, le secrétaire général des élèves et étudiants, le secrétaire chargé des finances, une des principales responsables des femmes ainsi qu’un nombre particulièrement élevé d’autres responsables faisant dire à certains observateurs que le PDS aurait pu tenir un comité directeur en prison. Aucun autre parti n’a payé un prix aussi élevé.
 
Alors que tout le monde, notamment des cadres et membres éminents de la direction du parti, s’attendait à ce que le PDS joue un rôle important lors des assises du dialogue national convoqué par le président Macky Sall, et contre toute attente, notre parti a décidé, à travers un communiqué de son secrétaire général, de ne pas participer au dialogue, évoquant comme conditions préalables la disqualification du ministre Aly Ngouille Ndiaye pour diriger les travaux et l’exigence de la révision du procès de Karim Wade.
 
Il est vrai que les statuts du parti permettent au secrétaire général d’engager les militants par les décisions qu’il prend. Cela personne ne saurait le lui contester.
 
Cependant, il est d’usage concernant le fonctionnement du parti et la prise de certaines grandes décisions d’organiser un débat interne soit au comité directeur, soit au bureau politique. Il en a toujours été ainsi.
 
Pour décider de ne pas participer à l’élection présidentielle, il a bien fallu mener le « débat » au comité directeur, qui n’a pas hésité au demeurant à convoquer le « livre blanc » publié par la coalition Wattu Sénégal au lendemain des élections législatives. La décision de s’opposer à la tenue de l’élection présidentielle n’est pas une décision unilatérale du secrétaire général, mais une décision du comité directeur. Le moment est certainement venu de mener le débat interne, soit au comité directeur, soit au bureau politique, pour faire le bilan de notre non-participation à l’élection présidentielle. Le débat doit aussi être mené sur l’appel au dialogue de Macky Sall.
 
Il est vrai que nous devons revoir notre politique d’alliance, mais nous ne pouvons pas jeter le bébé avec l’eau du bain et nous isoler totalement de l’opposition et de la société civile en ne continuant pas le combat dont nous avons été des acteurs majeurs. En effet, les partis regroupés autour du Front de Résistance Nationale, auquel nous sommes membres, ont obtenu gain de cause sur des questions essentielles devant figurer dans les termes de référence du dialogue national et qui sont des exigences préalables conditionnant leur participation au dialogue avec le pouvoir. Il s’agit de la question électorale, notamment l’audit du fichier, le parrainage ou même le mode de scrutin ou l’organisation des élections, la direction du dialogue par une personnalité consensuelle, autre que le ministre de l’intérieur etc... Après avoir mené le combat et obtenu gain de cause, nous sommes absents du débat. La question de la révision de la situation judiciaire de Karim Wade et de Khalifa Sall est une question importante qui aurait pu figurer parmi les questions devant être débattues, même si Macky Sall avait spontanément pris l’engagement d’y apporter une réponse adéquate.
 
Telles sont les questions auxquelles notre parti doit apporter une réponse immédiate, ferme et définitive. Cela est beaucoup plus important que les réaménagements de personnels au niveau des instances de l’appareil qui trouveront une réponse pertinente dans la vente des cartes et le nécessaire renouvellement des instances. Il est absolument évident que les réaménagements dont la presse se fait l’écho contribueront à entretenir la confusion et désorienter inutilement les militants alors que les urgences se situent ailleurs.
 
 
 
 
​​​​​​Sara Boubou SALL
​​​
Secrétaire général de la fédération PDS de Koumpentoum
                                                      
Conseiller départemental
                              
Vice-président de la fédération nationale des cadres libéraux
                                  
Membre du secrétariat national et du comité directeur
Vendredi 24 Mai 2019
Dakaractu



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