LA RÉÉCRITURE DE L’HISTOIRE DU SÉNÉGAL : UN ACTE POLITIQUE REMARQUABLE


Durant les derniers siècles du second millénaire d’après la naissance de Jésus Christ, l’Afrique a subi successivement l’esclavage et la colonisation avant d’être  balkanisée et enfin livrée à elle-même dans le contexte d’un 20ème siècle marqué   par la fin de la seconde guerre mondiale, la reconstruction de l’Europe et du  Japon, la montée en puissance de la Chine communiste et la guerre froide.  Voilà que plus d’un demi-siècle après l’avènement des indépendances, tous les pays qui en sont issus, sont demeurés pauvres et plus que jamais dépendants de leurs anciens colonisateurs. Alors que des milliers de milliards de dollars y ont été engloutis pour financer des projets de développement économique et social.   

Aujourd’hui encore, avec leurs générations actuelles de dirigeants, ces pays cherchent toujours à refaire leur retard. Autrement dit, à  se tirer de cette situation de dépendance économique et d’une pauvreté intenable, mais heureusement réversible. Parce que les peuples qui la connaissent, parviendront bien à la vaincre, en renouant avec leur passé de fondateurs de l’humanité, d’inventeurs et de bâtisseurs de grandes civilisations.    

En effet l’Afrique est le berceau de l’humanité parce que ses terres en ont accueilli la naissance, avant d’en marquer l’évolution par de grandes et brillantes civilisations que ses peuples ont bâti en développant des connaissances dans tous les domaines des métiers et des sciences et en fondant à différentes époques, des royaumes et des empires puissants, prospères et bien dirigés.  Cette splendeur plusieurs fois millénaire de Afrique est réapparu vers la fin du XVIIIème siècle et au tout début du siècle suivant, en se dressant comme un rempart face à une Europe qui avait décrété, pour justifier ses entreprises esclavagistes et coloniales, que les africains appartenaient à une race inférieure dont rien n’empêchait de traiter les individus comme du bétail. Cette Europe fut surprise quand elle apprit que les peuples de l’Egypte antique étaient eux aussi noirs comme les africains et se braqua.

Cette vérité sur la nature des peuples de la  terre des pyramides, des sphinx et des pharaons, des Ramsès et de Néfertiti a  été ressuscitée par les récits de voyage du Conte de Volney qui, s’inscrivant dans la suite des témoignages des auteurs grecs que sont Eschyle, Hérodote, Aristote et Strabon, a rapporté ceci, au sujet des caractéristiques physiques des coptes égyptiens : « j’étais tenté de l’attribuer au climat, lorsqu’ayant visité le Sphinx, son aspect me donna le mot de l’énigme. En voyant cette tète caractérisée du nègre dans tous ses traits, je me rappelais ce passage remarquable d’Hérodote, où il disait ‘’Pour  moi, j’estime que les Colches sont une colonie des égyptiens parce que, comme eux, ils ont la peau noire et les cheveux crépus’’. C’est-à-dire que les anciens égyptiens étaient de vrais nègres de l’espèce de tous les naturels d’Afrique. » 

Et le Conte De Volney de poursuivre ainsi : « Mais en revenant à l’Egypte, le fait qu’elle rend à l’histoire offre bien des réflexions à la philosophie. Quel sujet de méditation … de penser que cette race d’hommes noirs, aujourd’hui notre esclave et l’objet de tous nos mépris, est celle-là même à qui nous devons nos arts, nos sciences et jusqu’à l’usage de la parole… » 

Ces propos de Volney ont plus tard été confirmés par l’écrivain et dessinateur français, Vivant Denon qui lors de l’expédition napoléonienne du XIXème siècle conclut en ces termes sa description du  Sphinx de Gizeh. « Quant au caractère de leur figure humaine, n’empruntant rien des autres nations, ils ont copié leur propre nature, qui était plus gracieuse que belle… en tout, le caractère africain, dont le nègre  est la charge, et peut être le principe ». Puis : « Je n’eus que le temps d’observer le Sphinx qui mérite d’être dessiné avec le soin le plus scrupuleux, et qui ne l’a jamais été de cette manière. Quoique ses proportions soient colossales, les contours qui en sont conservés sont aussi souples que purs : le caractère en est africain mais la bouche, dont les lèvres sont épaisses, a une mollesse dans le mouvement et une finesse d’exécution vraiment admirable ; c’est de la chair et de la vie. »

Il se trouve que le vaillant Conte De Volney qui maitrisait bien l’œuvre d’Hérodote savait aussi que celui-ci a rapporté que l’Ethiopie qui elle aussi était noire, revendiquait d’être la mère de l’Egypte. Ce qui ainsi, présageait de l’antériorité de sa civilisation par rapport à celle de l’Egypte. Alors que des découvertes plus récentes permettent aujourd’hui d’affirmer que la civilisation égyptienne est postérieure à celle de la Nubie et donc, de l’ensemble des terres africaines du Soudan.  

A l’époque où ils furent produits, les témoignages du Conte De Volney et de Vivant Denon ne purent en rien influencer le cours de l’histoire parce que l’élite européenne qui s’était engagé dans des entreprises  esclavagistes et colonialistes, ne pouvait être que réfractaire à toute idée d’égalité entre les peuples.  Malgré cela, ils continuent d’avoir l’importance  de compter parmi les raisons pour lesquelles il est permis d’affirmer que l’histoire de l’humanité est toujours truffée de contrevérités. Les plus graves d’entre elles étant celles qui portent atteinte à l’honneur et à la dignité de nombreux peuples.  Au point que cinq (5) siècles après ces parenthèses graves de leur histoire, les peuples africains aient plus que jamais besoin de se réconcilier avec eux-mêmes. Parce que de cela, dépend leur avenir. C’est-à-dire, l’émancipation de leurs nations et le développement de leurs pays. 
C’est pour l’avoir depuis longtemps compris que dès son arrivée au pouvoir, le Président Macky SALL a mis en chantier la réécriture de l’histoire du Sénégal.  Parce qu’il sait que c’est principalement par cette voie que pourront être déracinées toutes les entraves liées aux conséquences de l’esclavage et de la colonisation. Mais aussi, parce qu’il est convaincu que cette acte permettra  d’impulser les changements de mentalités et comportements dont dépend le succès de l’entreprise de construction nationale dans laquelle il s’est engagé.  

L’autre chose que le Président Macky SALL sait aussi est que pour réaliser ces changements et inventer l’avenir, il faudra absolument que le peuple soit réinstallé dans sa dignité et rétabli dans ses droits. Ce qui du reste, est une des missions assignée à cette histoire du Sénégal qui, déjà dans sa version traditionnelle, a fini de montrer que le peuple sénégalais est l’héritier d’innombrables générations d’africains. Parce qu’il est le produit d’un long processus d’échanges, de brassages, d’intégration et d’inter assimilation. Cette extraordinaire diversité qui le marque ne devant pas être pervertie. Plutôt, elle doit être préservée de toute souillure. Parce qu’elle est cette essence de la société sénégalaise qui valorise les ressources de toutes les communautés de territoire et de langue, de culture et de tradition. Tout en favorisant qu’elles continuent de s’accepter et de s’enrichir mutuellement.

Ainsi donc, pour réinstaller ce peuple dans sa dignité, l’histoire se devra de lui proposer des repères, des explications et des récits éclairant sur sa situation au sein de l’humanité, sa position et son rôle dans les différentes étapes de son évolution et sa contribution dans le développement des connaissances, des sciences et des technologies. Pour effacer tous les complexes que sa perception antérieure de lui-même, des autres peuples et de toutes les choses qui l’accompagnent, lui avaient imposés. Tout en déclenchant ce sentiment de fierté d’être lui-même, en dehors de toute comparaison avec n’importe quels autres peuples de la terre. En même temps que l’attachement à une terre et la passion d’être la nation qu’elle est, sans demi-mesure.         

Cette mission de l’histoire est d’autant plus importante qu’elle doit porter le peuple a toujours chercher au fond lui-même, les moyens de son expression valorisante la plus forte et ceux de vaincre toutes les adversités qu’il rencontrera. Mais aussi, à trouver la volonté et la capacité de créer et d’entretenir un environnement propice à son épanouissement. Ce qui ne saurait être que si sa conscience collective renferme l’acceptation de la responsabilité d’être seul maitre de son destin, en même temps que  la volonté et la détermination qui permettent de surmonter les épreuves. Et aussi, si l’exercice de sa souveraineté ne souffre d’aucune sorte d’entrave.  

En effet, le rôle de l’histoire est à ce point important dans l’évolution des peuples et des nations. Parce qu’elle justifie le sentiment d’appartenance et lui permet de se transformer en ce lien puissant qui porte l’individu à accepter de consentir jusqu’au sacrifice de sa vie. Mais aussi, parce qu’elle contribue  à inventer l’avenir en produisant les moyens de doper le peuple en l’installant définitivement dans la fierté d’être celui qu’il est et  dans l’acceptation du devoir et de la responsabilité par rapport à son état, donc à son présent. Et par rapport à son avenir. Un avenir qu’il se doit de perpétuellement inventer pour s’assurer les moyens de survivre au temps qui passe, de se développer et donc de continuer à s’épanouir. 

Ainsi donc, au-delà de tout, la décision prise par le Président Macky SALL de faire réécrire de l’histoire du Sénégal, procède d’une stratégie lumineuse de développement économique conçue autour de l’idée de rendre le peuple Sénégalais apte à prendre son destin en main. Et cette stratégie est pertinente. Parce qu’il est certain que l’histoire permet à un peuple et même à un individu quelconque, de s’accepter et se respecter, d’avoir confiance en lui et de vouloir accéder à la gloire. Mais aussi, parce qu’en contribuant à l’émancipation, de ce même peuple, elle lui permet d’accéder à la pleine possession des pouvoirs qui s’attachent à sa souveraineté et à leur exercice réel. Pour ainsi dire, le projet de cette réécriture de l’histoire du Sénégal découle d’une vision généreuse de son initiateur dont l’audace n’a d’égal que l’ambition qu’il a de faire du Sénégal un pays puissant et prospère. 
                                  
Cheikhna Ch. Saadbou KEITA
Commissaire de Police à la retraite
Mardi 10 Septembre 2019
Dakaractu



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