L’épidémie à bord du MV Hondius semble sous contrôle: “On ne peut pas laisser ces gens juste rentrer chez eux”


L’épidémie de hantavirus sur le navire de croisière MV Hondius semble être sous contrôle: le bateau attend l’autorisation de l’Espagne pour accoster. Il est désormais clair qu’il y a eu transmission interhumaine du virus. “Ici, plusieurs circonstances exceptionnelles se sont rencontrées”, estime le spécialiste des maladies infectieuses Steven Callens, qui appelle à la prudence.

Le navire de la société néerlandaise Oceanwide Expeditions est à l’ancre au large du Cap-Vert. Trois passagers sont décédés ces dernières semaines après avoir été infectés par l’hantavirus. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), sept infections possibles ont été détectées à bord. Les deux premières victimes étaient un couple néerlandais: l’homme de 70 ans est décédé en premier, suivi deux semaines plus tard par son épouse de 69 ans. Un passager allemand est également décédé.

Une “tempête parfaite”

Du personnel médical est désormais monté à bord pour organiser l’évacuation de trois malades: deux membres d’équipage et une personne qui avait été en contact avec le passager allemand décédé. L’Organisation mondiale de la santé indique qu’une enquête est en cours pour déterminer comment le virus est arrivé sur le navire et comment il a pu s’y propager.
 

Différentes espèces de rongeurs sont porteuses des virus de cette famille, et un humain peut occasionnellement être contaminé par morsure, par contact avec des excréments ou de la salive d’un animal infecté, ou encore en inhalant de fines poussières contenant le virus.

“La probabilité d’une transmission d’homme à homme est très faible”, rappelle le professeur Callens. “Mais ici, plusieurs circonstances rares se sont combinées: des personnes réunies dans un espace clos, comme le couple néerlandais tombé malade. Le virus attaque les poumons, ce qui entraîne de la toux. Si vous êtes proche l’un de l’autre dans une cabine… Ce sont des éléments qui créent la tempête parfaite.”

Le virus des Andes

Selon le spécialiste, il s’agirait probablement du virus des Andes, un sous-type présent en Amérique du Sud et dont on sait que la transmission d’un humain à l’autre peut se produire dans des cas exceptionnels.

Les passagers ont embarqué le 20 mars, à Ushuaia, en Argentine. Parmi eux, ce couple de Néerlandais supposé porteur du virus. L’homme est décédé le 11 avril. “On peut imaginer que ces personnes ont fait des excursions dans la nature à Ushuaia et qu’elles y ont été en contact avec un rongeur porteur du virus. Elles sont montées à bord le 20 mars. Ajoutez deux semaines d’incubation et quelques jours avant que l’état ne devienne critique. La chronologie tient.”

 

Les autorités espagnoles n’ont pour l’instant pas autorisé le navire à accoster aux îles Canaries. Une enquête épidémiologique doit d’abord être menée. “C’est compréhensible”, commente Steven Callens. “On ne veut évidemment pas introduire un nouveau virus dans son pays, d’autant qu’il a franchi la barrière des espèces: il est passé d’un rongeur à un humain, puis d’un humain à un autre. On ne peut pas dire à ces passagers de simplement rentrer chez eux et de penser à contrôler leur température régulièrement.”

Scénario catastrophe

Le scénario catastrophe reste peu probable, mais pas impossible. “Imaginons qu’un des voyageurs, pendant la période d’incubation, parte en randonnée dans la nature. Il entre en contact avec un rongeur quelconque et lui transmet le virus. C’est très peu réaliste, mais je peux comprendre que l’on tienne compte d’un tel scénario.”

Tester simplement chaque passager avant qu’il ne débarque? “Difficile. Le premier test possible est la sérologie classique, une technique qui détecte les anticorps. Mais elle n’est positive que quatre semaines après l’exposition. Elle a donc peu de chances d’être utile ici. Le virus peut être détecté par PCR chez les patients symptomatiques ou juste avant l’apparition des symptômes, surtout lorsqu’il y a une concentration virale suffisante dans le sang ou l’urine.”

Quarantaine

Les passagers commencent, eux, à trouver le temps long, isolés dans leurs cabines à bord du navire. L’infectiologue ne pense pas qu’une quarantaine à bord soit nécessaire. “Les autorités doivent trouver un équilibre entre le bien-être général des passagers et la nécessité d’éviter toute propagation. On peut faire débarquer ces personnes, les installer dans des conditions confortables et les suivre pendant toute la période d’incubation.”

“Je pense que l’Organisation mondiale de la santé procédera surtout à des entretiens avec les passagers pour retracer leurs contacts à bord: savoir si des gens sont allés dans la cabine des malades ou s’ils ont mangé ensemble.”
 

 
 
 
Mercredi 6 Mai 2026
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