L’acquisition de l’avion présidentiel a320 neo opportunité ou opportunisme


L’acquisition de l’avion présidentiel a320 neo opportunité ou opportunisme
L’acquisition du nouvel avion présidentiel de type Airbus A320 neo par l’État du Sénégal est au centre d’une polémique qui enfle au motif de crise économique et sociale due au contexte sanitaire de COVID-19 qui a exacerbé les difficultés des populations, notamment celles des jeunes confrontés à un chômage endémique auquel il urge de trouver des solutions.
Motif suffisant pour  dénoncer avec la dernière énergie l’achat de l’ avion présidentiel jugé non prioritaire face aux enjeux sociaux.
 
C’est Vauvenargues qui disait « Être contesté, c’est être constaté ».
 
Cette attitude guidée plus par l’émotion que par la raison, appelle de ma part deux points de vue.
D’abord du point de vue du citoyen et ensuite du cadre technique de l’aviation que je suis.
 
Du point de vue du simple citoyen, il apparait que l’État du Sénégal, historiquement, a toujours doté ses Chefs d’une flotte présidentielle, véritable actif de souveraineté pour accomplir leur mission avec efficacité.
 
On peut citer la Caravelle du Président Senghor ou Flèche des Almadies, le Boeing B727 du Président Diouf ou Pointe de Sangomar, l’Airbus A319 du Président Wade ou Pointe Sarène.
C’est ainsi une constante pour le Sénégal de mettre à la disposition de ses Présidents en exercice une flotte présidentielle qui offre la disponibilité, l’efficacité, la flexibilité et la sécurité requises pour assurer la présence effective du Sénégal à travers le monde : rencontres internationales, rendez-vous impromptus, départs décidés en urgence au gré de l'actualité économique internationale et diplomatique qui ne s'accommodent guère des transports classiques telle que la location de jet privé ou d’allotement auprès de la compagnie nationale.
Les voyages officiels qu’ils soient de type présidentiel, gouvernemental, parlementaire etc., ont un sens dans le fonctionnement de la République. La flotte présidentielle est un actif stratégique, un actif de souveraineté pour une nation et indispensable à la marche de l’État.
Aujourd’hui, il est question de l’acquisition de l’Airbus A320 neo pour le Président Sall.
Cette question me permet de donner le point de vue du gens de métier.
L’avion présidentiel Airbus A319 actuellement en service est en réalité, un avion de première génération, vieillissant et mal adapté aux missions présidentielles car dépourvu de nouvelles fonctionnalités, couteux notamment en mises à jour opérationnelles,  en consommation carburant, en entretien et à l’heure de vol.
 
Par ailleurs, cet appareil de type A319 est en butée « D CHECK », un entretien en maintenance lourde, une opération normale planifiée dans la vie d’un avion et qui intervient tous les 8 - 9 ans environ.
Cette opération est onéreuse et coûte environ le quart du prix de l’avion. C’est ce qui explique entre autres son stationnement ou « Grounded » depuis bientôt un an pour défaut de renouvellement de son certificat de navigabilité ou CDN, document sans lequel l’avion ne peut prendre les airs.
Il faut donc procéder à sa réhabilitation en s’acquittant du coût de sa « D CHECK »  et des coûts annexes pour renouveler son CDN (certificat de navigabilité).
Dans le cas contraire, il faut alors s’orienter vers d’autres choix, notamment l’acquisition d’un nouvel appareil plus adapté et moins coûteux à l’exploitation pour optimiser la dépense publique par la réalisation d’économies substantiels souhaitables par ce temps de pandémie et de marasme économique, évoqué par les pourfendeurs de cette décision.
Il n'y a pas de modèle économique type pour gérer un avion présidentiel, toutefois, les frais fixes obèrent grandement le coût de fonctionnement, d’autant plus que la présidence de l’Union Africaine par le Sénégal pointe à l’horizon.
L’avion présidentiel A319 de première génération reste inadapté à tout point de vue : du coût à l’heure de vol, de la charge offerte ou nombre de places disponibles, de la surconsommation carburant, des émissions, de la longueur d’étape maximale ou « Range » induisant des escales techniques qui coûtent en devises, en temps et en protocole diplomatique, des communications air-sol limitées, du confort et finalement de la sécurité.
Le choix n’est plus a démontré. Avec un coût unitaire à l’heure de vol d’environ trois fois inférieur, l’option d’acquérir un nouvel équipement de type A320 neo, reste au plan technique et économique, la meilleure option qui préserve au mieux les ressources publiques dans le contexte actuel.
Sans lister les innovations et avantages de l’A320 neo, ce qui rendrait ce texte trop long, on peut dire que l’État du Sénégal a fait un choix technique et économique responsable et conforme, un choix qui s’impose.
Quant au débat relatif au prix de l’avion, il faut savoir que l’avionneur qui vend l’avion appelé OEM « original Equipement Manufacturer » est un industriel fabricant de pièces d’origine, qui procède à  l’assemblage de différents composants que sont la cellule, les moteurs et les équipements.
L’avion est constitué  de ces trois parties dont la cellule fournie par l’avionneur, les moteurs ( Rolls-Royce, Pratt & Whitney, GE, Leap CFM etc ) par le motoriste et les équipements (Thalès, United Technologies, Honeywell, Zodiac, Safran etc.) par les équipementiers.
L’acheteur dispose du choix des moteurs  et des équipements avec des prix différents et variés. Donner dans ces conditions, le prix de l’avion sans connaitre au préalable, le choix de l’acheteur, concernant les moteurs, les équipements électroniques, le « Lopa » aménagement cabine etc. ainsi que bien d’autres options sur d’autres composants, relève du hasard qui ne correspond guère à la réalité.
Chaque option à des prix différents si bien que les prix catalogue ne correspondent pas à grand-chose au regard de la diversité des choix et ne sont plus, ou de moins en moins, rendus publics.
 
Par ailleurs, les contrats d’achat d’avion disposent de clause de confidentialité qui interdisent la communication ou la divulgation des prix de transactions, si bien que l’État du Sénégal, en sa qualité d’acquéreur reste soumis à cette clause.
 
Il n’y a pas de quoi fouetter un chat, tout est question de communication, le secteur aérien est un secteur stratégique avec ses particularités, sa compréhension par le grand public n’est pas toujours aisée.
 
Mamadou Lamine SOW
 
Jeudi 27 Mai 2021
Dakaractu



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