Internet sera coupé mardi dès 18h00 (16h00 heure belge) pour une durée indéterminée en Ouganda, deux jours avant les élections présidentielles et législatives, indique un courrier de l’autorité de communication ougandaise, dont l’authenticité a été confirmée mardi à l’AFP par deux sources gouvernementales.
“Cette mesure est nécessaire pour atténuer la propagation rapide de la désinformation (...) en ligne, la fraude électorale et les risques connexes, ainsi que pour empêcher l’incitation à la violence”, justifie la Commission des communications de l’Ouganda dans une lettre adressée aux fournisseurs d’accès à internet.
En parallèle, Winnie Byanyima, l’épouse de l’opposant Kizza Besigye, arrêté puis jeté en prison, a déploré le fait que l’Ouganda ne possède qu’un “mince vernis” de démocratie. “Nous sommes véritablement un État militaire”, confie à l’AFP celle qui est aussi la directrice de l’ONUSIDA, l’agence onusienne luttant contre le sida. “Les institutions étatiques sont totalement capturées par l’individu qui détient le pouvoir militaire, le président Museveni.”
L’Ouganda avait déjà bloqué internet lors de la présidentielle de 2021, un scrutin remporté par le chef de l’État Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 40 ans, et qui se représente jeudi. Bobi Wine, son principal adversaire il y a cinq ans et challenger numéro 1 encore aujourd’hui, avait alors dénoncé une “mascarade” électorale, entachée de dizaines de morts. Arrêté à plusieurs reprises par le passé et torturé en détention, M. Wine décrit la campagne électorale comme une “guerre”.
Prenant la parole, le maire de Kampala et avocat de l’opposant, Erias Lukwago, décrit les élections présidentielle et législatives prévues jeudi comme un “face-à-face” entre les Ougandais et leur chef de l’Etat. “Vous appartenez tous à deux catégories: prisonniers politiques et potentiels prisonniers politiques”, lance-t-il.
L’exécutif avait répété à plusieurs reprises que le réseau ne serait pas bloqué pendant l’élection. Le 5 juillet, il avait posté sur le réseau social X que “les affirmations suggérant le contraire sont fausses, trompeuses et destinées à provoquer une peur et une tension inutiles au sein du public”. L’Ouganda avait annoncé fin décembre restreindre l’importation de Starlink et d’autres récepteurs internet satellite, qui auraient permis de contourner la coupure nationale.
La crainte s’accroît d’une répétition du scénario vécu en Tanzanie voisine, où internet avait été bloqué plusieurs jours à partir du 29 octobre, lors d’élections finalement jugées frauduleuses par des observateurs étrangers. Des manifestations d’opposants avaient été réprimées dans le sang, avec plus de 2.000 personnes tuées selon l’opposition, dans l’opacité la plus totale.
Les élections ougandaises de jeudi se tiennent “dans un climat marqué par une répression et une intimidation généralisées”, a dénoncé vendredi le Haut Commissaire des Nations unies pour les droits de l’Homme.