« L'IA prédit le mot suivant, ce sera à nous d'écrire la suite », lance le DRH de la Sonatel


Consacrée à l'intelligence artificielle et aux métiers des ressources humaines, la Rencontre des décideurs de Dakar 2026 a réuni dirigeants, DRH, experts et représentants de l'État. La question centrale : comment adopter l'IA sans « déshumaniser » le travail. Portée avec Skello, l'ambassade de France et Business France, la journée a mis en avant un double constat : l'IA transforme déjà les emplois, et le cadre juridique reste à construire.

 

Ouvrant les travaux, Me Abdoulaye Tine, ministre-conseiller et porte-parole de la présidence, a dit venir « poser des questions » plutôt qu'apporter des certitudes. Il a défendu trois convictions : le capital humain n'est pas une variable d'ajustement ; l'IA ne remplacera pas l'humain, mais celui qui ne la maîtrise pas risque de subir les mutations ; le dialogue public-privé est une nécessité. « Nous avons besoin de ponts, pas de murs », a-t-il plaidé.

Revenant sur le volet juridique, il a suggéré l'institution d'une commission transdisciplinaire couvrant les enjeux opérationnels, la cybersécurité, la protection des données personnelles, l'éthique et la déontologie. Il a aussi soulevé la question de la responsabilité en cas de faute d'un agent IA. Le droit repose sur le principe que chacun répond de son propre fait, avec peu d'exceptions, notamment la responsabilité de l'employeur pour son subordonné. Selon lui, il existe un « vide juridique » qu'il faut combler rapidement, la norme venant souvent après la technologie.

 

Directeur du capital humain de la Sonatel, ancien informaticien, El Hadji Birahim Guèye a estimé que celui qui n'utilise pas l'IA sera remplacé par celui qui l'utilise. Citant une analyse d'Anthropic portant sur plus de 800 métiers, il a indiqué que 33 % des activités informatiques sont déjà prises en charge par l'IA, pour une capacité théorique de 94 %. Il a relevé l'absence de hausse systématique du chômage imputable à l'IA, mais une baisse d'environ 14 % des recrutements de jeunes, un risque majeur pour un pays à population jeune.

 

Pour les RH, il juge la paie, le recrutement, la formation et l'analyse « fortement impactés » dès maintenant. Il a cité l'analyse d'environ 2 000 CV en quelques heures. Interrogé sur la confidentialité des données, il a répondu que le groupe Orange dispose d'une plateforme sécurisée, avec des données hébergées dans ses data centers. Pour lui, l'enjeu est l'usage du temps libéré : réduire les effectifs ou investir dans de nouveaux métiers. Il a défendu une stratégie de « blue ocean » plutôt que de repli, estimant que l'IA « ne sera que ce que nous en ferons ».

Consultant en transformation digitale, intervenu depuis la côte est des États-Unis, Djibril Ndoye a rappelé que l'IA pourrait générer 15 700 milliards de PIB mondial d'ici 2030, et cité le Forum économique mondial, qui anticipe 170 millions d'emplois créés pour 92 millions supprimés. Il a pointé un décalage : selon lui, à peine 30 % des entreprises constatent un effet sur leur productivité opérationnelle. Il recommande de cartographier les usages, mesurer l'existant, lancer des pilotes sur environ six mois et former les collaborateurs. Il a aussi souligné le potentiel d'inclusion pour plus de 400 millions d'Africains non locuteurs de langues européennes, évoquant la compréhension du wolof par ChatGPT.

 

En amont, Pape Matar Guèye, représentant de Skello au Sénégal, avait expliqué que l'objectif est de permettre aux DRH de déléguer les tâches automatisables pour se consacrer au capital humain. Il a reconnu que certains métiers sont appelés à disparaître, d'où la nécessité de former et de redéfinir les postes.

Dimanche 18 Octobre 2026
Dakaractu



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