L’EX-DÉPUTÉ CHEIKH TIDIANE DIOUF, SUR LE NOUVEAU GOUVERNEMENT : « Nous nous attendions à un minimum pour Tivaouane»


L’EX-DÉPUTÉ CHEIKH TIDIANE DIOUF, SUR LE NOUVEAU GOUVERNEMENT : « Nous nous attendions à un minimum pour Tivaouane»
Président du Conseil de Sur- veillance de l’Agence Nationale des Eco villages (ANEV), par ailleurs président du mouvement Construire Tivaouane Durablement (CTD), Cheikh Tidiane Diouf procède à une lecture du nouveau gouvernement. L’ancien député rewmiste se dit surpris par l’absence d’un fils de Tivaouane dans l’actuelle équipe gouvernementale. Il s’est également prononcé sur ses attentes en terme de réforme, mais aussi sur le dialogue national. Entretien
Le département de Tivaouane n’est pas représenté dans le nouveau gouvernement. Comment appréciez-vous cela ?
Je suis pris de court par cette situation. Je m’attendais à un minimum pour le département de Tivaouane et surtout pour la commune de Tivaouane qui est très symbolique dans le dialogue entre les pouvoirs au Sénégal. Le rôle et l’apport de la communauté qui s’identifie à la sainte famille d’El Hadji Malick Sy n’ont certainement pas été négligeables dans l’issue du scrutin présidentiel. En effet, les talibés qui se réclament de Tivaouane avaient fait de la victoire du Pré sident Macky Sall un défi pour di- verses raisons. Il s’agissait, entre autres, de rendre un hommage à Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine, en traduisant ses recommandations en actes concrets. Une des meilleures manières de rendre hommage à un illustre disparu consiste pour la khadra à perpétuer un legs, à le traduire en actes concrets. La réélection de Macky Sall était une de ses dernières volontés, selon Serigne Papa Malick Sy, un de ses confidents. Ensuite, Serigne Papa Malick Sy lui-même, pour se conformer à la volonté du défunt guide, a déclaré lors du gamou de Abrar, coïncidant avec le démarrage de la campagne électorale, qu’il a choisi Macky Sall comme leader politique, bien qu’étant en de bons termes avec tous les leaders de l’opposition. Son neveu Serigne Moustapha Sy Al Amine, lui a emboîté le pas. Enfin, l’actuel khalife rappelle très souvent ses relations avec le Président Macky Sall, relations qui remontent à de nombreuses décennies.
Cette dynamique collective pour la victoire de Macky dès le 1er tour, justifie l’engagement de tous les talibés, de tous les dahira, de toutes les fédérations, de tous les imams, de tous les Moukhadam, de tous les Serignes daara qui se réclament de la khaddra, hormis le Parti de l’Unité et du Rassemblement (PUR) et qui a reçu le soutien de Serigne Mansour SY Djamil.
En ma qualité de président de la section du Comité d’Organisation au Service de Khalifa Ababacar Sy (Coskas) de Tivaouane et de coordonnateur de L’Union des Tidjane pour l’Entente et le Progrès (Utep), association composée principalement de cadres de la khaddra, je puis relever ces faits. Nous nous sommes personnelle- ment investis pour cette réélec- tion par des prières et autres actes d’engagement. Tout compte fait, nous disons «Al Hamdu LIllaahi ; Yalla sagal nanu» (Dieu a exaucé nos vœux et Prières).
Politiquement, quelles peuvent être les conséquences de cette situation?
L’absence de ministre dans le gouvernement va affaiblir davantage le département de Tivaouane surtout pour les élections locales, car il y a eu énormément de doléances posées par les populations. Les responsables ont pris beaucoup d’engagements auprès des populations. Comme vous le savez, le département de Tivaouane n’était pas pris en charge par le Pudc dans sa première phase. Or, le département manque presque de tout. Il a des besoins réels en termes de pistes rurales, d’accès à l’eau, à l’électricité, aux struc- tures de santé, de remplacement d’abris provisoires, de finance- ments pour les femmes et les jeunes afin de promouvoir davantage l’auto-emploi. En guise d’illustrations, nous pouvons mentionner des doléances récurrentes que sont les routes Darou Alpha-Pambal, Tivaouane; Pire- Méouane-Daya et la route Mékhé-Baba Garage-Bambey. La ville Tivaouane aussi attend un volume considérable d’investissements pour rattraper le gap dans l’urbanisation et la moder- nisation de la ville. Ce programme de modernisation était initialement estimé à 100 milliards Fcfa et nous en sommes à ce jour à une vingtaine de milliards.
Selon vous, qu’est-ce qui peut justifier la mise à l’écart de Ti- vaouane dans ce nouveau gouvernement ?
Nous cherchons encore ces causes qui seront difficiles à cer- ner, parce que la décision relève exclusivement du pouvoir discré tionnaire du Président de la Ré- publique. Pour dire vrai, politiquement nous ne comprenons pas ce qu’on nous reproche, nous les responsables du département. Le département de Ti-
vaouane est politiquement diffi- cile et très complexe. Les réalités sociopolitiques du département sont spécifiques, tenaces, sur fond de difficultés géographiques et administratives. Le départe- ment compte 18 communes qui s’étendent de Ngadiaga dans la commune de Notto à Ndopp Ngadiaga dans la commune de Ngandiouf, de Mont Roland à Thilmakha et presqu’une bonne partie du littoral qui borde la zone des Niayes. Tivaouane est aussi le premier département minier avec les Ics, Gco, Sephos et beaucoup d’autres petites car- rières. Malheureusement, ces ri- chesses naturelles ne profitent pas aux populations. Le taux de chômage des jeunes est des plus importants du pays. Il n’y a au- cune structure de formation digne de ce nom. Je me suis beau- coup battu à l’Assemblée Natio- nale pour qu’au moins le CPAR soit modernisé et transformé en un centre de formation digne de ce nom. Nous les trois anciens députés de Tivaouane, nous avions porté le plaidoyer auprès du ministre Mamadou Talla qui avait promis devant les députés d’entamer la réfection du CPAR et de donner une suite favorable quant au changement de mission et d’orientation pour répondre aux besoins spécifiques de for- mation des jeunes du départe- ment. Mais à ce jour, rien n’est encore fait ! La seule perspective pour les jeunes reste les jakartas et c’est vraiment désolant ! Tout compte fait, nous nous en accom- modons en espérant des correc- tions dans le futur. Nous souhaitons tout de même, pleins succès au nouveau gouverne- ment et prions pour la réussite du Président Macky Sall. Personnellement, j’ai décliné moult offres du régime précé- dent au profit de Macky Sall et sans aucune condition. Je peux citer des centaines de millions de Karim Wade, des voitures, une nomination à la direction d’une grande agence disposant d’un budget d’une centaine de mil- liards. De la même manière, je suis revenu le soutenir avec mon mandat de député et avec ma base en 2014 sans rien lui de- mander en retour. Je n’ai pas été reconduit à l’Assemblée Natio- nale. Macky Sall m’a fait l’hon- neur de me nommer président de Conseil de Surveillance de l‘Agence Nationale des Eco vil- lages (Anev), une agence de caté- gorie 4. Je lui en suis reconnaissant, mais force est de reconnaitre que ce n’est pas un poste politiquement valo- risant. Sur le plan revenu et avantages, je suis très en deçà du traitement d’un député simple, toute considération prise. Pour- tant, je souffre énormément sol- licitations légitimes de mon incapacité à satisfaire les besoins de ma base, de ne pouvoir répon- dre positivement aux sollicita- tionsdespopulationslocales. Tout le monde sait ce que je pèse
politiquement lourd à Tivaouane. On connait mes performances avérées, mon expérience, mon potentiel et mon apport en termes de suffrages lors des der- nières législatives et durant la présidentielle.
Pour terminer, nous réaffirmons au Président Macky Sall notre engagement et notre détermina- tion à l’accompagner jusqu’au terme de sa mission afin que «le Sénégal de Tous, le Sénégal pour Tous», puisse être ressenti par toutes les Sénégalaises et tous les Sénégalais.
Mais le Président Macky Sall avait quand même servi le dé- partement dans les précé- dents gouvernements
Il faut relever qu’au plan de la carte politique, le département est le premier grenier électoral du Parti de l’Unité et du Rassem- blement (Pur), le deuxième pour Idrissa Seck, avec aussi une bonne présence du Pds et des khalifistes. Ensuite, nous devons souligner que le département s’identifie sociologiquement à Ti- vaouane dans tout le territoire du Cayor. Les responsables du département éprouvent les mêmes difficultés politiques que celles de l’Apr dans la commune de Tivaouane, surtout dans la partie Nord du département (de Pire à Thilmakha) et ainsi que dans les villages rattachés de la commune de Tivaouane. Relati- vement à l’équipe gouvernemen- tale, il faut souligner que Tivaouane commune, des indé- pendances à nos jours, n’a été ho- norée véritablement qu’une seule fois, en la personne du Pr Ibrahim Fall en 1983. Sous Macky Sall, nous n’avons eu que 2 ministères délégués qui, mal- heureusement, ne gèrent pas grand-chose. Ils ne disposent pas de budget et dépendent d’un mi- nistère de Tutelle avec toutes les contraintes et restrictions possi- bles Nous ne pouvons rien exi- ger au président de la République sur ses prérogatives constitutionnelles. D’ailleurs, nous n’avons pas cette préten- tion. De même, nous ne pouvons pas avoir certains comporte- ments ou réactions, compte tenu des valeurs cultuelles et cultu- relles solides desquelles nous sommes imbibées et respectons beaucoup nos guides religieux. Notre crédo est de toujours gar- der sa sérénité, conserver sa di- gnité, nous en remettre à Allah, tout en croyant en nous-mêmes et en notre potentiel.
Par respect à nos chefs religieux, nous n’extériorisons jamais un sentiment négatif. Néanmoins, force est de constater le traite- ment pas du tout encourageant infligé aux fils de Tivaouane et de souligner qu’il doit être reconsi- déré. Nous subissons une discri- mination négative. Voir des fils de Tivaouane être promus à la plus haute échelle étatique pos- sible reste et demeure un de mes souhaitslespluschers.Nousau-
tres leaders qui nous évertuons à former politiquement les jeunes pour perpétuer le legs et prépa- rer la relève, avons des difficultés à nous ériger en modèles accom- plis. Et pourtant, ce n’est pas faute de mérite, ni de cursus, en- core moins de compétence ou d’absence de probité morale ou de déficit d’engagement poli- tique. Le respect du principe de l’équité territoriale dans la constitution de l’équipe gouver- nementale et le poids politique symbolique du dépar- tement et particulièrement de la commine de Tivaouane auraient pu justifier un meilleur traite- ment des Tivaouanois. Sans trop pousser la comparaison, nous constatons que le département de Thiès compte trois ministres, Mbour deux ministres, Ti- vaouane se retrouve avec un zéro pointé.
En terme de réformes, qu’at- tendez-vous du président de la République pour le renforce- ment de la démocratie au ni- veau local ?
Nous demandons au chef de l’Etat d’entreprendre des ré- formes institutionnelles et poli- tiques «consolidantes» comme l’élection du maire au suffrage universel, conformément à la proposition de loi que nous avions co-initiée (mon collègue Cheikh Tidiane Ndiaye et moi) et qui n’a pas été retenue. Ensuite d’élargir les incompatibi- lités entre certaines fonctions, par exemple pour que nul ne puisse cumuler les fonctions de maire et de ministre ou de maire et directeur général d’une entre- prise publique ou parapublique. De même, les hauts fonction- naires élus maires doivent avoir des disponibilités en se déchar- geant de la fonction publique, le temps de leur mandat.
Il s’y ajoute la nécessité d’aligner tous les mandats électifs sur celui du président de la République pour faire en sorte que nul ne puisse avoir plus de deux man- dats successifs, avec une durée de tous les mandats calée à cinq ans renouvelable une seule fois.
Tout cela doit faire l’objet de consensus au terme de discussions inclusives, comme le dialogue politique qui est toujours agité ?
La concertation sur la gestion de la chose publique est une recommandation divine. L’opposition est sceptique parce qu’elle doute de l’issue de ces concertations. Elle craint en effet que celles-ci servent à légitimer certaines décisions. Mais cela ne doit pas l’empêcher d’aller répondre, si les préalables sont déterminés d’avance, des règles de jeu claires, les termes de référence explicites. A défaut, l’opposition sera encore la grande perdante. Le dialogue doit transcender la politique, il doit être inclusif et participatif. 
L’AS
Lundi 15 Avril 2019
Dakaractu



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