L’Amérique et Trump : quand une grande partie du peuple se trompa une partie du temps

« On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps » (Abraham Lincoln)


Ce qu’Abraham Lincoln a oublié de dire un peu plus de cent-cinquante ans plus tôt, c’est qu’au lieu d’être trompé par son chef une partie du temps, une très grande partie du peuple peut se tromper de chef le temps d’une élection. C’est ce qui semble arriver avec l’élection de Donald Trump. Ce dernier mérite de suivre des cours à l’école de Charles de Gaulle où on apprend que « la culture générale est la véritable école du commandement ». 

En traitant l’Afrique de « pays de merde », le Hitler (Adolph était plus cultivé que sieur Donald) des temps modernes ignore-t-il qu’il y a de cela un peu plus d’un an, le président des Etats-Unis d’Amérique était un noir, qui a des cousins, non pas à plaisanterie, au Kenya ? Que l’accession de ce noir au sommet de la pyramide politique en Amérique ne fut point une surprise pour nous autres Africains, produits d’une civilisation plusieurs fois millénaires depuis l’Egypte Antique qui enfanta la civilisation hellène et toutes les autres civilisations où se créèrent la poudre et la boussole comme en Chine. Si M. Barack Obama a pu grandir sans préjugés vis-à-vis de ses compatriotes blancs malgré l’esclavage, c’est parce que le 3 juillet 1964, le président Lyndon Baines Johnson signait le Civil Rights Act, déclarant « illégale la discrimination reposant sur la race, la couleur, la religion, le sexe, ou l'origine nationale ». Cette importante décision, pour paraphraser encore l’homme du 18 juin parlant de la France, compensait tous les ferments de dispersion que le peuple américain renfermait en lui-même.

Ainsi, l’Amérique, terre du melting pot, inspirait admiration aux autres nations du monde. Il nous arrivait de la détester pour sa politique étrangère qui était étrangère à toute logique humaniste, mais on ne la haïssait pas parce qu’entre eux, les Américains, contrairement à nous autres Africains qui nous déchirions en de vains irrédentismes, servaient au reste du monde le sens le plus achevé de la patrie. De Colin Powell à Condoleezza Rice, les Afro-américains exerçaient les plus hautes fonctions. C’est sur ces entrefaites que se réalise, avec l’élection de Obama, le rêve de Martin Luther King qui souhaite que ses quatre enfants habitent un jour une nation où ils ne sont pas jugés par la couleur de leur peau, mais par le contenu de leur caractère. 

Malheureusement, victime des effets de son ultra-libéralisme exacerbé par les contrecoups de la mondialisation et la concurrence des pays émergents (BRICS), l’Amérique, à l’image des pays d’Europe atteints de nationalisme cocardier, tomba dans les pièges de l‘antipatriotisme. 

En novembre 2016, 58% de blancs ont voté pour Trump ; tandis que 65 % des latinos, des hispaniques et des asiatiques et 88% des noirs ont jeté leur dévolu sur sa rivale Hillary Clinton. C’est le principe même du fédéralisme qui était menacé.

Le nouveau président, à l’image des néo-cons qui ont, sous la férule de George Bush-fils, provoqué la destruction de l’Irak et le chaos dans toute la région, souffre d’un délire de persécution nietzschéen à ressusciter l‘Holocauste (A rappeler que le philosophe allemand a inspiré Hitler). En reconnaissant Jérusalem comme la capitale d’Israël, il se met en marge du jeu des relations internationales et se fait désavouer par un pays comme la France qui est pourtant alliée historiquement aux Etats-Unis. Même le très impopulaire George Walker Bush ne rencontra pas pareil désaveu quand en 2003 il s’attaqua à l’Irak de Saddam Hussein.

Avant Trump, un certain Nicolas Sarkozy a caricaturé l’Afrique sous le prisme déformant de Hegel. Au lendemain de sa défaite de 2012, l’ex-chef d’Etat français, soupçonné d’avoir bénéficié de l’argent de Kadhafi, est conseiller occulte du président ivoirien auprès de l’émir du Qatar. C’est cela le paradoxe de nos chefs : il leur manque le caractère de Thomas Sankara et la faconde robespierrienne de Patrice Lumumba pour, comme Sékou Touré, « préférer la dignité dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage ».      
 
En définitive, ce mépris, à notre endroit, de Trump, repose la nécessité de bâtir les Etats-Unis d’Afrique pour parler aux Etats-Unis d’Amérique non pas en petits Etats mais en un  seul Etat très fort, riche de ses ressources naturelles du Congo et culturelles du Nil, comme en rêvait Kwame Nkrumah. 
Samedi 13 Janvier 2018
Dakaractu



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