Justice sénégalaise : « Deux à trois ans pour juger un appel » l'ONLPL révèle l'urgence d'une réforme de la justice


Pour l'Observateur national des lieux de privation de liberté (ONLPL), l'une des principales faiblesses du système judiciaire sénégalais réside aujourd'hui dans le déficit de magistrats. Son président, Madiaw Diaw, estime que les efforts engagés pour améliorer les conditions de détention risquent de produire des résultats limités si la justice ne dispose pas de ressources humaines suffisantes. Il appelle ainsi l'État à mettre en œuvre un véritable « plan Marshall » pour recruter massivement des magistrats et répondre aux besoins croissants des juridictions.

 

Selon Madiaw Diaw, les départs à la retraite absorbent déjà les effets des nouvelles promotions. Il rappelle que 35 magistrats viennent d'être affectés sur l'ensemble du territoire, mais que de nombreux autres quitteront prochainement leurs fonctions, empêchant tout renforcement réel des effectifs. À ses yeux, cette situation contribue à l'allongement des délais de traitement des dossiers, certains justiciables devant attendre plusieurs années avant que leur appel ne soit examiné.

 

Le président de l'ONLPL plaide également pour un meilleur accès à la défense des personnes privées de liberté. Il s'est félicité du recrutement récent de 75 élèves-avocats, tout en invitant l'État à accompagner cette dynamique par un effort similaire en faveur de la magistrature. Pour lui, le Sénégal dispose d'un important vivier de diplômés en droit, mais le niveau de recrutement reste insuffisant pour garantir une justice plus rapide, plus efficace et davantage respectueuse des droits des citoyens.

 

Enfin, Madiaw Diaw reconnaît les progrès réalisés dans les lieux de privation de liberté, notamment l'augmentation de la dotation alimentaire des détenus, la construction de nouveaux commissariats et brigades, ainsi que l'introduction du bracelet électronique. Il insiste toutefois sur le fait que ces avancées devront impérativement s'accompagner d'un renforcement des moyens humains de la justice afin de consolider durablement les réformes engagées.

Mardi 28 Juillet 2026
Karim Ndiaye