À l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, célébrée ce 2 avril, la question de la prise en charge des jeunes autistes s’impose comme un enjeu majeur au Sénégal. Placée sous le thème « la prise en charge des jeunes autistes : défis, inclusion et parcours de vie », cette journée a été marquée par un plaidoyer fort en faveur d’une meilleure compréhension et d’un accompagnement adapté.
Prenant la parole, Aminata Fall Niane, présidente de l’association Solidarité Enfance Inclusive (SEI), également mère d’un enfant autiste, a insisté sur la nécessité de dépasser les idées reçues entourant ce trouble du développement. « Nous sommes là pour sensibiliser, interpeller les décideurs publics et attirer l’attention sur une pathologie encore mal connue au Sénégal », a-t-elle déclaré.
Elle a notamment souligné un angle souvent négligé : celui du devenir des enfants autistes. « On parle beaucoup des enfants, mais ils grandissent, deviennent adolescents puis adultes. Pourtant, leur situation n’a pas réellement évolué », regrette-t-elle, appelant à une vision à long terme de leur accompagnement et de leur insertion sociale.
Selon elle, les défis de la prise en charge se situent à plusieurs niveaux. D’abord au sein des familles, où persistent encore de nombreux préjugés. Dans certains milieux, l’autisme est parfois attribué à des causes mystiques ou culturelles, freinant ainsi une prise en charge adéquate. « Il faut dépasser ces perceptions pour accepter la réalité du trouble et accompagner les enfants de manière appropriée », insiste-t-elle.
Le second défi concerne l’offre de soins et d’encadrement. La présidente de l’Association Solidarité Enfance Inclusive (SEI ) plaide pour un renforcement des ressources humaines spécialisées, notamment en pédopsychiatrie, orthophonie, psychomotricité et éducation spécialisée. « Ces enfants ont besoin d’un accompagnement global, médical et éducatif, assuré par des professionnels qualifiés », explique-t-elle.
À cela s’ajoute la question de l’accessibilité des structures spécialisées, souvent rares et coûteuses. Dans des zones comme la banlieue de Dakar, notamment à Keur Massar, de nombreux enfants restent confinés à domicile faute de structures adaptées. « Les parents sont désorientés et l’absence de prise en charge ne fait qu’aggraver la situation des enfants », déplore-t-elle.
Face à ces constats, Aminata Fall Niane appelle à des mesures concrètes, à savoir la gratuité de l’apprentissage spécialisé, la formation accrue d’éducateurs et d’auxiliaires de vie sociale, ainsi que la décentralisation des centres de prise en charge à travers le pays.
Au-delà des défis, son message se veut également porteur d’espoir et d’inclusion. « Ces enfants ne sont pas moins intelligents, ils sont simplement différents. Ils ont besoin d’une chance et d’un accompagnement adapté pour s’épanouir pleinement », conclut-elle.