Irruption de la société civile dans les listes: L’Hémicycle, un rêve


Ils sont issus de la société civile, des mouvements associatifs et ambitionnent de révolutionner l’Assemblée nationale en concourant pour l’obtention d’un groupe parlementaire. L’échec des politiciens sur leur propre domaine est la cause de leur engagement.
L’affaire pourrait presque se dessiner de façon lapidaire : «Nous prônons un nouveau type de député. Tous les corps de métier doivent figurer à l’Assemblée nationale.» A l’origine, ils sont une bande de croisés, rassemblés sous la bannière de la Convergence patriotique pour la justice et l’équité et combattent pour le même idéal. A l’arrivée ce sera peut-être un groupe parlementaire qui aura pour sacerdoce de défendre le bas peuple. Demba Diop Sy ouvre la liste. A ses côtés, s’alignent en ordre de bataille des noms ronflants dans leur domaine de compétence : Rose Wardini, gynécologue célébrée, Amadou Kane, gourou du National Pop, Maïmouna Dieng, muse de l’Ecole internationale de coiffure et Madani Sy, leader du syndicat de nettoiement. Pour ne citer qu’eux. Leur dénominateur commun, ils jurent, la main sur le cœur ne pas faire dans la politique. Madani Sy explique sa part de contrat : «Je ne suis d’aucune obédience politique. Nous travaillons en parfaite harmonie avec Diop Sy parce que nous avons cette volonté de faire dans la rupture avec un prolongement par rapport à nos activités quotidiennes. Je me suis rendu compte que le nettoiement est un secteur très négligé et puisqu’on me sollicitait pour les questions de gestion des ordures, je peux bien défendre nos intérêts devant l’Assemblée. Si nous sommes aussi méritants de nos compétences pourquoi ne les valoriserons-nous pas nous-mêmes ? Ce qui se fait sans nous, se fait contre nous.»
Cette génération née après «l’échec des politiques sur leur propre terrain» est sur les starting-blocks avec 23 autres listes en lice. Pour Amadou Kane, «les maîtres mots sont la fonction et la responsabilité». A la base, ils brandissent l’absence de répercussion de leurs doléances dans l’Hémicy­cle. Madani Sy pense qu’ils doivent se faire eux-mêmes leur propre écho. Il dit : «Jus­que-là, les autorités n’ont jamais pris en compte les revendications des techniciens de surface. Pour preuve, la convention collective des travailleurs du nettoiement est une vieille doléance qui tarde à se matérialiser. Alors personne n’est mieux placé que nous pour porter nos doléances à l’Hémicycle.» Ces échappés de diverses couches socioprofessionnelles se sont alignés sur un même leitmotiv : la prise en charge de leur propre destin après l’échec des politiciens professionnels.

Quel gain espérer ?
La compétition promet d’être serrée. 24 listes vont s’arracher 150 sièges. Que pèsent-elles sur la balance et quel gain espérer à l’issue du marathon électoral ? N’exigent-elles pas trop à une cote de popularité, un brin surfait ? La compétition accueille une foule de dinosaures politiques à l’assise certaine. Pourtant, de près, les Cv de ces challengers renseignent qu’ils sont déjà aguerris aux mouvements de foule et ont déjà plongé leurs mains dans les masses populaires. Mais sous un autre angle. Le tour d’horizon renseigne sur les profils. Demba Diop Sy, fraîchement divorcé d’avec le Pds, responsable libéral à Dakar-Plateau sait pouvoir compter sur sa masse de fidèles. A sa suite, Rose Wardini, une cumularde qui ne compte plus les casquettes : médecin, présidente de l’Asgo (Association sénégalaise des gynécologues-obstétriciennes), vice-présidente de l’Union professionnelle internationale des gynécologues et obstétriciens (Upigo), présidente de Médecine pour la solidarité (Médisol international) et présidente d’un mouvement citoyen. Cette ancienne pensionnaire du lycée Gaston Berger de Kao­lack, s’était gardée de presser le pas en politique, se contentant d’entretenir son Mou­ve­ment citoyen pour le développement de Kaolack.
Grande ambition
Le nom de Amadou Kane est presque devenu un corollaire du championnat national populaire de football (Navétanes). Le bonhomme est une sorte de touche-à-tout qui trempe dans la présidence de l’Oncav (Organisation nationale de coordination des activités de vacances). Il est aussi 4ème vice-président de la Fédé de foot et membre du Cnoss. Originaire de Nguidjilone (dans la région de Matam, au nord du pays), il a compris le secret de la popularité. A l’heure du repas, s’assied à terre, trempe ses doigts dans le même bol de riz que ses voisins et casse la noix de cola avec le rire populiste qui a fait son succès. Ses voisins à la Sicap Amitié 2 adhérent à son idéal et le racontent : «Sa porte est toujours ouverte et sa maison est toujours remplie de gens qui mangent chez lui. Il vient en aide à certains qui ont des difficultés.» Ses espoirs, il les fonde sur le soutien du mouvement Navétanes. Parmi ses faits d’arme, «la prouesse de réunifier le mouvement Navétanes qui clopinait depuis la scission qu’il avait connue en 2005.» Pour Amadou Kane, le mouvement Navétanes est un cadre unitaire très important et l’Oncav a été reconnue d’utilité publique. Ce mouvement peut-il devenir le piédestal de ses ambitions politiques ?
Après 12 années à la tête du syndicat de nettoiement, Madani Sy, ancien élève des lycées Maurice Delafosse et Galandou Diouf, vulgarisateur du Set-settal formé dans les mouvements associatifs, fédère le régiment des soldats de la propreté. Pour lui, cela ne souffre d’aucune contestation, le soutien de ses camarades est dans la poche et ça devrait rapporter très gros. Maïmouna Dieng, directrice de l’Ecole internationale de coiffure, n’est pas en reste. Elle compte apporter sa précieuse pierre à l’édifice. La liste combat les armes à la main, ne se faisant aucune fixation sur le résultat final. L’essentiel est de compter un groupe parlementaire pour faire passer ses maux. Amadou Kane pense qu’ils ne rêvassent pas en lorgnant les sièges de l’Assemblée. Madani Sy assure : «Même si je ne suis pas coopté comme député, c’est un honneur pour moi d’être sur cette liste. Au moins j’aurais vendu le label des techniciens de surface. Mais nous pouvons créer la surprise.» Dans moins d’un mois, ils seront fixés.
abasse@lequotidien.sn
Mardi 12 Juin 2012
APS