C'est aujourd'hui, 2 novembre 2026, que la règle s'applique. Dans son communiqué du 2 octobre dernier, la BCEAO avait annoncé qu'à compter de cette date, les transactions de monnaie électronique interopérables au sein de l'UEMOA seraient obligatoirement réalisées par l'intermédiaire de la Plateforme interopérable du Système de paiement instantané (PI-SPI). Un mois après cette annonce, banques et établissements de paiement ont informé leurs clients. Wave, un des plus grands opérateurs de mobile money au Sénégal, n'a en revanche pas rendu visible le service dans son application, à en croire les constats d'utilisateurs et n'a communiqué publiquement ni calendrier ni conditions à notre connaissance.
Le délai était connu de tous. Rappelons qu’une décision de la BCEAO du 25 juin 2026 avait fixé au 30 septembre la date limite de connexion pour les banques, les établissements de monnaie électronique et de paiement, hors microfinance, dont le délai court jusqu'au 30 juin 2027. La BCEAO a ensuite détaillé les modalités. Les transferts nationaux dont le cumul quotidien est inférieur ou égal à 8000 francs CFA, par utilisateur et par participant, sont gratuits, sans limite du nombre d'opérations, ce seuil couvrant selon l'institution 75 % des transactions de monnaie électronique de l'Union. Au-delà, des frais de 0 à 0,8 % HT sont possibles et la réception reste gratuite.
Les autres acteurs se sont placés en ordre de marche. Ecobank Mali a informé sa clientèle d'une tarification de 0,8 % HT à compter du 2 novembre. AFG Bank Mali indique que ses opérations « Bank to Wallet » et « Wallet to Bank » passent par la PI-SPI, avec une fonctionnalité bientôt disponible dans son application. BCI Mali annonce l'accès à ses opérations Wallet via BCI-KUNPAN. Coris Bank International communique sur le relèvement des plafonds de Coris Money, jusqu'à 4 millions de FCFA, un plafond que la BCEAO fait passer de 2 à 4 millions de FCFA pour les comptes de monnaie électronique. Au Sénégal, des médias ont indiqué qu'Orange Money et Mixx by Yas avaient déjà intégré la plateforme.
Du côté de Wave, le contraste est net. Sur les réseaux sociaux, des internautes s'interrogent sur ce que l'opérateur attend pour intégrer la PI-SPI. En effet, ceux-ci estiment qu'il en a les moyens techniques. Une des utilisateurs relève que, ce 2 novembre, le service ne s'affiche pas encore dans son application Wave Côte d'Ivoire. Wave Digital Finance figure bien sur la liste des participants autorisés mise à jour au 30 septembre et un guide d'intégration publié récemment indique que Wave a annoncé rejoindre la plateforme au Sénégal et en Côte d'Ivoire, l'ouverture effective de l'envoi vers un autre opérateur se vérifiant dans l'application. Mais, faut-il le rappeler, figurer sur la liste dit peu de ce que verra l'utilisateur et Wave n'a pas précisé les services activés, leur calendrier ni leur prix.
Ce retard apparent n'est pas nouveau. Wave ne figurait pas parmi les 45 institutions ouvertes au public au lancement de la PI-SPI en septembre 2025. En août, l'opérateur évoquait, selon Osiris, des prérequis techniques encore en cours de finalisation et des informations préliminaires reçues sur le processus d'intégration. Cette explication, techniquement plausible, se heurte à l'argument de ses détracteurs : la date était connue depuis juin, et l'obligation s'applique désormais à tous.
Plusieurs analyses avancent des raisons économiques. Wave prélèverait 1 % sur chaque envoi, alors que les transferts entre particuliers sont gratuits sur la PI-SPI. Osiris décrit un « paradoxe tarifaire » : un client pourrait payer pour envoyer de l'argent à un autre utilisateur Wave, mais plus pour l'envoyer vers Orange Money ou sa banque. D'autres analystes soulignent que l'opérateur, en position dominante, a objectivement moins d'incitations à ouvrir son écosystème captif. Le poids de Wave renforce l'enjeu car, selon la plateforme Launch Base Africa, « il détiendrait environ 80 % du marché sénégalais de la monnaie électronique, soit 459 milliards de FCFA sur 571 milliards au 21 août 2026. » Ses défenseurs rappellent que l'interopérabilité peut aussi lui ouvrir l'ensemble du marché régional et que ses transferts internes, qui ne passent pas par l'infrastructure de la BCEAO, n'ont pas à être alignés.
Reste que la question posée aux utilisateurs est concrète : à partir de quand et à quel coût, pourront-ils envoyer de l'argent depuis Wave vers un autre opérateur ou une banque via la PI-SPI ? Mais à ce stade, la réponse de Wave se fait toujours attendre.