Le 7 juillet 2026, le Mali a signé un arrêté interministériel qui ferme toutes les portes à la fois : importer, produire, vendre, détenir, faire de la publicité, faire l'apologie, fumer. Six ministères l'ont cosigné. Pour la production et l'importation, les peines montent jusqu'à trois ans de prison et quinze millions de francs d'amende. Deux semaines plus tard, le garde des Sceaux Mamoudou Kassogué écrivait aux procureurs pour exiger « une répression exemplaire ».
Le Sénégal avait pris une décision voisine six ans plus tôt, mais sans les moyens de la faire respecter. En septembre 2020, le ministre de la Santé Abdoulaye Diouf Sarr et la ministre du Commerce Assome Aminata Diatta cosignaient un arrêté interdisant « formellement l'importation, la distribution, la vente et l'usage de la chicha ». Le texte décrit l'objet visé jusqu'à la cheminée et au tuyau. Il laisse six mois aux importateurs pour écouler leurs stocks, délai qui a expiré en mars 2021. Il charge la gendarmerie, la police et les douanes de son exécution. Il ne prévoit aucune sanction.
Une seule opération de contrôle est documentée depuis. En 2023, le service régional du commerce saisit des milliers d'appareils dans dix-huit restaurants de Dakar. Djibril Wellé, de la Ligue sénégalaise contre le tabac, a raconté la suite : dès le lendemain, sous « une pression énorme », le matériel est rendu à ses propriétaires. Motif avancé, la loi de 2014 ne mentionne pas la chicha.
L'argument ne résiste pas à la lecture du texte. La loi n° 2014-14 du 28 mars 2014 interdit de fumer dans les restaurants, les bars, les hôtels et les discothèques, sans distinguer selon ce qui brûle. Une pipe à eau allumée dans une salle de restaurant tombe sous le coup de cette interdiction depuis juillet 2016.
L'arrêté de 2020 est en revanche fragile, et pour une raison de droit. Un arrêté ministériel occupe le bas de la hiérarchie des normes et ne peut pas créer d'infraction pénale. Le Mali s'est heurté au même obstacle : il a dû prendre en juillet dernier une circulaire expliquant aux magistrats comment sanctionner par renvoi à la loi de 2001 sur les stupéfiants. À Dakar, ce raccordement n'a jamais été fait. On a interdit sans dire qui punit, ni comment.
Ce vide protège un produit dont la nocivité est établie depuis vingt ans. La chicha doit son succès à une croyance simple : l'eau filtrerait la fumée. En réalité l'eau refroidit cette fumée, ce qui la rend douce et permet de l'inhaler plus profondément, plus longtemps.
Les ordres de grandeur sont connus depuis la mise en garde de l'OMS de 2005. Une cigarette se consomme en huit à douze bouffées, en cinq à sept minutes. Une séance de pipe à eau dure quarante à soixante minutes et représente cinquante à deux cents bouffées. Pour une séance de quarante-cinq minutes, l'équivalence varie selon ce que l'on mesure : environ une cigarette et demie pour la nicotine, une vingtaine pour le monoxyde de carbone, vingt-six pour le goudron, quarante pour le volume de fumée avalée. Les chiffres qui circulent ne se contredisent donc pas. Le président de l'Association nationale des imams et oulémas du Sénégal, El Hadj Oumar Diène, parle de quarante cigarettes par séance et se réfère au volume. L'OMS évoque jusqu'à cent pour des séances plus longues et des aspirations plus profondes.
S'ajoutent deux risques que la cigarette ne présente pas au même degré. Le charbon libère du monoxyde de carbone en quantité bien supérieure. Et l'embout, qui passe de bouche en bouche, constitue selon les autorités sanitaires un vecteur de transmission de la tuberculose, de l'herpès buccal et de certaines hépatites.
Une dernière donnée est rarement dite. L'air des zones non-fumeurs d'un café à chicha contient autant de toxiques que le reste de la salle. Le serveur qui y travaille huit heures d'affilée n'a jamais commandé de narguilé.
Ceux qui s'installent à ces tables sont de plus en plus jeunes. Les résultats de l'enquête mondiale sur le tabagisme chez les adultes, restitués à Dakar en juillet 2026, indiquent que 58 % des jeunes fumeurs sénégalais ont commencé avant vingt ans, avec des cas signalés dès sept ans. Le coordonnateur du Programme national de lutte contre le tabac, le docteur Oumar Ba, alerte sur des cigarettes électroniques vendues sous forme de marqueurs ou de stylos, dont certaines contiennent des dérivés de cannabis. Elles passent les portails des écoles sans que personne les reconnaisse.
Sur la chicha elle-même, le Sénégal ne dispose d'aucune enquête dédiée. Une étude conduite en milieu scolaire à Bamako donne une idée de ce à quoi ressemble le phénomène chez un voisin immédiat : un âge moyen de dix-sept ans, une majorité de filles parmi les consommateurs, l'effet de mode invoqué par plus de la moitié d'entre eux comme motif principal, et une pratique concentrée le week-end, le soir, dans les bars à chicha. Rien n'autorise à transposer ces proportions à Dakar, et c'est précisément le problème : personne n'a compté.
Reste l'argument selon lequel la pipe à eau éviterait la cigarette. Il est contredit par une méta-analyse portant sur six études et près de soixante mille participants : la susceptibilité de devenir fumeur y est deux fois plus élevée chez les jeunes non-fumeurs ayant expérimenté la chicha que chez les autres.
Rien de tout cela n'est nouveau, et rien de tout cela n'a accéléré l'écriture de la loi. Le 4 octobre 2023, le Conseil des ministres examine et adopte un projet de décret modifiant l'application de la loi antitabac. Aucune organisation de lutte contre le tabac n'a été associée. Celles qui avaient porté la loi de 2014 découvrent la décision par le communiqué du Conseil. Elles y voient un texte ouvrant la voie à la commercialisation du tabac chauffé et de la cigarette électronique, alors interdits, et en réclament publiquement le retrait.
Six semaines plus tard, en novembre 2023, le projet de loi révisée entre à son tour dans le circuit. Il doit intégrer la chicha, la cigarette électronique, le tabac chauffé et les sachets de nicotine. En juillet 2025, le juriste Bamba Sagna, coordinateur régional de Campaign for Tobacco-Free Kids, déclarait que les textes et leurs décrets d'application étaient prêts et n'attendaient plus que leur inscription à l'ordre du jour du Conseil des ministres. Un an après, le dossier était sur le bureau du secrétaire général du gouvernement. Il lui reste le Conseil des ministres, l'Assemblée nationale et la promulgation.
Un texte que les organisations antitabac jugent favorable aux fabricants a donc franchi en une séance l'étape que le texte protecteur attend depuis trois ans. L'ordre du jour d'un Conseil des ministres n'est pas un phénomène naturel. Il est arrêté par des personnes identifiables, au secrétariat général du gouvernement et à la présidence.
Le 1er juillet 2026, le président de la LISTAB Amadou Moustapha Gaye a publié un communiqué décrivant un « fumoir à ciel ouvert », classant le pays dernier en Afrique et réclamant un audit des financements de la lutte antitabac. Il a saisi l'OMS. Depuis, les autorités ne se sont pas exprimées publiquement sur ces accusations.
Une objection revient chaque fois qu'une interdiction est évoquée, et elle est sincère chez ceux qui la portent. Quand Bamako a interdit la chicha en 2022, les grossistes maliens ont dénoncé une décision brutale privant de revenus des milliers de jeunes commerçants.
L'expérience malienne leur a partiellement donné raison, mais pas dans le sens qu'ils espéraient. Faute d'accompagnement, l'interdiction a déplacé le marché au lieu de le réduire. À Bamako, les commandes passent aujourd'hui par messagerie chiffrée, les prix ont grimpé d'une prime de risque, et les produits vendus sous le manteau échappent à tout contrôle. Le Laboratoire national de santé malien a retrouvé dans des échantillons du haschich, du kush et des médicaments détournés. C'est ce constat qui a conduit Bamako à durcir son dispositif en juillet dernier.
Niamey a suivi une autre méthode. Après un arrêté du gouverneur en juillet 2024, la police nigérienne a mené des campagnes de sensibilisation avant toute descente, puis saisi plus de cinquante et un mille produits et accessoires en octobre. Les responsables policiers ont constaté que beaucoup de jeunes avaient renoncé dès la phase d'information, avant même les contrôles.
Du côté des comptes publics, la disproportion est massive. La LISTAB chiffre à plus de 98 milliards de francs CFA par an le coût des maladies liées au tabac au Sénégal. Une étude antérieure de CICODEV avance 122 milliards, dont 74 milliards de dépenses de santé directes. L'État perçoit en face environ 22 milliards de recettes fiscales sur le tabac. Il paie donc quatre à cinq fois ce qu'il encaisse, et plus de 4 500 personnes en meurent chaque année.
Encore ces chiffres portent-ils sur le tabac en général. Personne ne sait ce que pèse la chicha au Sénégal. Ni le nombre d'établissements, ni le volume des importations, ni les emplois concernés, ni le prix moyen d'une séance. Le chiffre de plus de quatre cents bars à chicha à Dakar circule depuis 2021, avancé par la LISTAB, sans qu'aucun recensement officiel ne l'ait jamais confirmé ni corrigé. Un État qui interdit une activité depuis six ans en ignore encore la taille.
En 2014, le Sénégal était cité en exemple sur tout le continent. Sa loi servait de modèle, sa société civile avait gagné contre l'industrie du tabac au terme de six ans de bataille. Douze ans plus tard, cette même société civile classe le pays dernier en Afrique. Personne n'a décidé ce recul. Il s'est installé, réunion après réunion, ordre du jour après ordre du jour.
Le vote de la loi révisée appartient au gouvernement et aux députés. Le reste ne dépend plus d'eux. Un restaurateur qui installe des narguilés en terrasse enfreint aujourd'hui deux textes et perdra son investissement le jour du vote. Un maire peut prendre un arrêté municipal, comme l'a fait Ouagadougou en 2021. Un enseignant peut apprendre à reconnaître un marqueur qui n'en est pas un, et le signaler plutôt que le confisquer. Un client peut demander qu'on n'allume pas à la table voisine, ce que la loi de 2014 l'autorise déjà à exiger.
La chicha s'est imposée parce qu'elle se partage, et le partage reste ici une valeur. La sanction seule butera sur cela. Un adolescent qui croit inhaler du fruit et de l'eau n'entendra pas un interdit de plus. Il entendra peut-être qu'une soirée de narguilé lui fait avaler autant de fumée que quarante cigarettes, et que quelqu'un gagne de l'argent à lui laisser croire le contraire.
Paul Sedar Ndiaye (Ecrivain, Enseignant-Chercheur)
Le Sénégal avait pris une décision voisine six ans plus tôt, mais sans les moyens de la faire respecter. En septembre 2020, le ministre de la Santé Abdoulaye Diouf Sarr et la ministre du Commerce Assome Aminata Diatta cosignaient un arrêté interdisant « formellement l'importation, la distribution, la vente et l'usage de la chicha ». Le texte décrit l'objet visé jusqu'à la cheminée et au tuyau. Il laisse six mois aux importateurs pour écouler leurs stocks, délai qui a expiré en mars 2021. Il charge la gendarmerie, la police et les douanes de son exécution. Il ne prévoit aucune sanction.
Une seule opération de contrôle est documentée depuis. En 2023, le service régional du commerce saisit des milliers d'appareils dans dix-huit restaurants de Dakar. Djibril Wellé, de la Ligue sénégalaise contre le tabac, a raconté la suite : dès le lendemain, sous « une pression énorme », le matériel est rendu à ses propriétaires. Motif avancé, la loi de 2014 ne mentionne pas la chicha.
L'argument ne résiste pas à la lecture du texte. La loi n° 2014-14 du 28 mars 2014 interdit de fumer dans les restaurants, les bars, les hôtels et les discothèques, sans distinguer selon ce qui brûle. Une pipe à eau allumée dans une salle de restaurant tombe sous le coup de cette interdiction depuis juillet 2016.
L'arrêté de 2020 est en revanche fragile, et pour une raison de droit. Un arrêté ministériel occupe le bas de la hiérarchie des normes et ne peut pas créer d'infraction pénale. Le Mali s'est heurté au même obstacle : il a dû prendre en juillet dernier une circulaire expliquant aux magistrats comment sanctionner par renvoi à la loi de 2001 sur les stupéfiants. À Dakar, ce raccordement n'a jamais été fait. On a interdit sans dire qui punit, ni comment.
Ce vide protège un produit dont la nocivité est établie depuis vingt ans. La chicha doit son succès à une croyance simple : l'eau filtrerait la fumée. En réalité l'eau refroidit cette fumée, ce qui la rend douce et permet de l'inhaler plus profondément, plus longtemps.
Les ordres de grandeur sont connus depuis la mise en garde de l'OMS de 2005. Une cigarette se consomme en huit à douze bouffées, en cinq à sept minutes. Une séance de pipe à eau dure quarante à soixante minutes et représente cinquante à deux cents bouffées. Pour une séance de quarante-cinq minutes, l'équivalence varie selon ce que l'on mesure : environ une cigarette et demie pour la nicotine, une vingtaine pour le monoxyde de carbone, vingt-six pour le goudron, quarante pour le volume de fumée avalée. Les chiffres qui circulent ne se contredisent donc pas. Le président de l'Association nationale des imams et oulémas du Sénégal, El Hadj Oumar Diène, parle de quarante cigarettes par séance et se réfère au volume. L'OMS évoque jusqu'à cent pour des séances plus longues et des aspirations plus profondes.
S'ajoutent deux risques que la cigarette ne présente pas au même degré. Le charbon libère du monoxyde de carbone en quantité bien supérieure. Et l'embout, qui passe de bouche en bouche, constitue selon les autorités sanitaires un vecteur de transmission de la tuberculose, de l'herpès buccal et de certaines hépatites.
Une dernière donnée est rarement dite. L'air des zones non-fumeurs d'un café à chicha contient autant de toxiques que le reste de la salle. Le serveur qui y travaille huit heures d'affilée n'a jamais commandé de narguilé.
Ceux qui s'installent à ces tables sont de plus en plus jeunes. Les résultats de l'enquête mondiale sur le tabagisme chez les adultes, restitués à Dakar en juillet 2026, indiquent que 58 % des jeunes fumeurs sénégalais ont commencé avant vingt ans, avec des cas signalés dès sept ans. Le coordonnateur du Programme national de lutte contre le tabac, le docteur Oumar Ba, alerte sur des cigarettes électroniques vendues sous forme de marqueurs ou de stylos, dont certaines contiennent des dérivés de cannabis. Elles passent les portails des écoles sans que personne les reconnaisse.
Sur la chicha elle-même, le Sénégal ne dispose d'aucune enquête dédiée. Une étude conduite en milieu scolaire à Bamako donne une idée de ce à quoi ressemble le phénomène chez un voisin immédiat : un âge moyen de dix-sept ans, une majorité de filles parmi les consommateurs, l'effet de mode invoqué par plus de la moitié d'entre eux comme motif principal, et une pratique concentrée le week-end, le soir, dans les bars à chicha. Rien n'autorise à transposer ces proportions à Dakar, et c'est précisément le problème : personne n'a compté.
Reste l'argument selon lequel la pipe à eau éviterait la cigarette. Il est contredit par une méta-analyse portant sur six études et près de soixante mille participants : la susceptibilité de devenir fumeur y est deux fois plus élevée chez les jeunes non-fumeurs ayant expérimenté la chicha que chez les autres.
Rien de tout cela n'est nouveau, et rien de tout cela n'a accéléré l'écriture de la loi. Le 4 octobre 2023, le Conseil des ministres examine et adopte un projet de décret modifiant l'application de la loi antitabac. Aucune organisation de lutte contre le tabac n'a été associée. Celles qui avaient porté la loi de 2014 découvrent la décision par le communiqué du Conseil. Elles y voient un texte ouvrant la voie à la commercialisation du tabac chauffé et de la cigarette électronique, alors interdits, et en réclament publiquement le retrait.
Six semaines plus tard, en novembre 2023, le projet de loi révisée entre à son tour dans le circuit. Il doit intégrer la chicha, la cigarette électronique, le tabac chauffé et les sachets de nicotine. En juillet 2025, le juriste Bamba Sagna, coordinateur régional de Campaign for Tobacco-Free Kids, déclarait que les textes et leurs décrets d'application étaient prêts et n'attendaient plus que leur inscription à l'ordre du jour du Conseil des ministres. Un an après, le dossier était sur le bureau du secrétaire général du gouvernement. Il lui reste le Conseil des ministres, l'Assemblée nationale et la promulgation.
Un texte que les organisations antitabac jugent favorable aux fabricants a donc franchi en une séance l'étape que le texte protecteur attend depuis trois ans. L'ordre du jour d'un Conseil des ministres n'est pas un phénomène naturel. Il est arrêté par des personnes identifiables, au secrétariat général du gouvernement et à la présidence.
Le 1er juillet 2026, le président de la LISTAB Amadou Moustapha Gaye a publié un communiqué décrivant un « fumoir à ciel ouvert », classant le pays dernier en Afrique et réclamant un audit des financements de la lutte antitabac. Il a saisi l'OMS. Depuis, les autorités ne se sont pas exprimées publiquement sur ces accusations.
Une objection revient chaque fois qu'une interdiction est évoquée, et elle est sincère chez ceux qui la portent. Quand Bamako a interdit la chicha en 2022, les grossistes maliens ont dénoncé une décision brutale privant de revenus des milliers de jeunes commerçants.
L'expérience malienne leur a partiellement donné raison, mais pas dans le sens qu'ils espéraient. Faute d'accompagnement, l'interdiction a déplacé le marché au lieu de le réduire. À Bamako, les commandes passent aujourd'hui par messagerie chiffrée, les prix ont grimpé d'une prime de risque, et les produits vendus sous le manteau échappent à tout contrôle. Le Laboratoire national de santé malien a retrouvé dans des échantillons du haschich, du kush et des médicaments détournés. C'est ce constat qui a conduit Bamako à durcir son dispositif en juillet dernier.
Niamey a suivi une autre méthode. Après un arrêté du gouverneur en juillet 2024, la police nigérienne a mené des campagnes de sensibilisation avant toute descente, puis saisi plus de cinquante et un mille produits et accessoires en octobre. Les responsables policiers ont constaté que beaucoup de jeunes avaient renoncé dès la phase d'information, avant même les contrôles.
Du côté des comptes publics, la disproportion est massive. La LISTAB chiffre à plus de 98 milliards de francs CFA par an le coût des maladies liées au tabac au Sénégal. Une étude antérieure de CICODEV avance 122 milliards, dont 74 milliards de dépenses de santé directes. L'État perçoit en face environ 22 milliards de recettes fiscales sur le tabac. Il paie donc quatre à cinq fois ce qu'il encaisse, et plus de 4 500 personnes en meurent chaque année.
Encore ces chiffres portent-ils sur le tabac en général. Personne ne sait ce que pèse la chicha au Sénégal. Ni le nombre d'établissements, ni le volume des importations, ni les emplois concernés, ni le prix moyen d'une séance. Le chiffre de plus de quatre cents bars à chicha à Dakar circule depuis 2021, avancé par la LISTAB, sans qu'aucun recensement officiel ne l'ait jamais confirmé ni corrigé. Un État qui interdit une activité depuis six ans en ignore encore la taille.
En 2014, le Sénégal était cité en exemple sur tout le continent. Sa loi servait de modèle, sa société civile avait gagné contre l'industrie du tabac au terme de six ans de bataille. Douze ans plus tard, cette même société civile classe le pays dernier en Afrique. Personne n'a décidé ce recul. Il s'est installé, réunion après réunion, ordre du jour après ordre du jour.
Le vote de la loi révisée appartient au gouvernement et aux députés. Le reste ne dépend plus d'eux. Un restaurateur qui installe des narguilés en terrasse enfreint aujourd'hui deux textes et perdra son investissement le jour du vote. Un maire peut prendre un arrêté municipal, comme l'a fait Ouagadougou en 2021. Un enseignant peut apprendre à reconnaître un marqueur qui n'en est pas un, et le signaler plutôt que le confisquer. Un client peut demander qu'on n'allume pas à la table voisine, ce que la loi de 2014 l'autorise déjà à exiger.
La chicha s'est imposée parce qu'elle se partage, et le partage reste ici une valeur. La sanction seule butera sur cela. Un adolescent qui croit inhaler du fruit et de l'eau n'entendra pas un interdit de plus. Il entendra peut-être qu'une soirée de narguilé lui fait avaler autant de fumée que quarante cigarettes, et que quelqu'un gagne de l'argent à lui laisser croire le contraire.
Paul Sedar Ndiaye (Ecrivain, Enseignant-Chercheur)
Autres articles
-
Tambacounda : un talibé de 12 ans se noie dans un ravin à Saré Issa
-
Nominations-Parité : quelle place pour les femmes dans les postes de responsabilité au Sénégal ?
-
Côte d'Ivoire: l'ancien ministre Justin Katinan Koné maintenu en garde à vue
-
Disparition de Moussa Kaka au Niger: «Nous appelons à sa libération», lance un patron de presse camerounais
-
Samuel Eto’o paye-t-il déjà le prix de son soutien à Gianni Infantino ?



