Lors d’une Journée historique dédiée à la mobilisation des investisseurs nationaux pour l’industrie de défense, le ministre des Forces armées, Birame Diop, et le Chef d’état-major général des Armées, le général d’armée Mbaye Cissé, ont sonné l’heure du sursaut stratégique. Dans un contexte mondial traversé par des tensions, des ruptures d’approvisionnement et une dépendance dangereusement excessive aux importations militaires, les deux autorités ont martelé une même conviction : sans autonomie technologique, il n’y a ni liberté d’action, ni souveraineté réelle.
Birame Diop, dans un discours ferme, évoque un « terreau fertile de vulnérabilité critique » que le Sénégal doit impérativement dépasser en maîtrisant ses propres capacités de conception, de production et de maintenance d’équipements de défense.
Le général Mbaye Cissé, lui, a élargi la perspective en exposant la vision présidentielle d’un pays qui ne se contente plus d’acheter, mais qui fabrique, innove et se protège par ses propres moyens. « Le champ industriel est devenu le premier front de la souveraineté », a-t-il martelé devant une salle rassemblant patrons, industriels, chercheurs, financiers et institutions publiques. Il a rappelé que le Sénégal bâtit un modèle endogène, fondé sur une synergie civilo-militaire inédite. Un projet de loi sur l’industrie de défense est déjà finalisé et doit permettre la création d’une Agence nationale dédiée, chargée de coordonner les projets et d’offrir un cadre sécurisé aux investisseurs.
Un moment fort de la journée a été la mise en lumière des trois lauréats du Prix du Président de la République pour l’innovation technologique et industrielle. En tête, Aliou Diop, concepteur du RISCA, un robot de soutien au combat destiné à réduire l’exposition de l’infanterie sénégalaise et à donner au pays sa première capacité robotisée militaire autonome. Suivent le Commandant El Hadji Ndiaye, auteur d’un robot d’intervention anti-mines et anti-engins explosifs, essentiel pour les zones touchées par les EEI, notamment dans le sud du Sénégal. Enfin, Mouhamadou Guèye, fondateur de la startup YAKAAR Tech, propose une nouvelle génération de drones « made in Sénégal », destinés aussi bien à l’agriculture qu’à la sécurité, la cartographie ou la logistique. Trois innovations, trois symboles, trois démonstrations du potentiel technologique sénégalais.
À l’unisson, ministres, hauts gradés, innovateurs et partenaires privés ont appelé à la création d’une « communauté » nationale de chercheurs, producteurs, investisseurs et inventeurs, pour faire émerger une industrie militaire capable de rivaliser sur la scène régionale et africaine. L’ambition est claire : transformer la défense en moteur d’innovation, d’emplois hautement qualifiés et de croissance souveraine. « Investir dans l’industrie de défense, ce n’est pas seulement financer une technologie », a insisté Aliou Diop, « c’est bâtir la fierté du pays ».