Immigration clandestine : quand le rêve d’un avenir meilleur se perd dans le ventre de l’atlantique (Par Ismaila Ba Seck).


Réussir et sortir sa famille de la galère ! Voilà le rêve que partage toute la jeunesse sénégalaise. Un rêve difficile à réaliser dans un pays où le taux de chômage est estimé à  48 % selon l’Organisation  internationale du Travail. Occupant ainsi la 3è place des 10 pays les plus touchés par le chômage au monde selon la même intuition. Et pourtant, ce pays avec une population très jeune (plus de 54 % de la population a moins de 20 ans) regorge d’énormes richesses dans son sous-sol. L’or, le fer, le zircon, le phosphate, et même le pétrole y sont exploités. 

 

Des richesses qui semblent ne pas profiter à la jeunesse. A la population toute entière j’allais dire. Des milliers de diplômés courent toujours derrière un premier emploi. Les artisans et les ouvriers peinent à voir le bout du tunnel avec l’envahissement du marché par les produits étrangers occasionnés par la signature des A.P.E.

 

L’agriculture qui pouvait aider à créer de nombreux emplois pour sédentariser une bonne partie de la population reste encore la vache laitière des autorités. Des organisations internationales accompagnent l’Etat à coup de plusieurs milliards sans qu’on ne puisse voir les retombés ou même la destination finale de ces fonds. Les particuliers peinent à écouler leurs récoltes faute d’acheteurs et de politique d’accompagnement. Aucun programme de modernisation n’est mis en place pour faciliter la production à grande échelle.

 

La pêche qui également fait partie des leviers les plus importants de l’économie sénégalaise est à l’agonie. Le poisson se fait de plus en plus rare et pourtant des contrats de pêche sont signés avec d’autres pays qui ont des capacités et des techniques d’exploitation beaucoup plus élevées obligeant ainsi de nombreuses familles qui dépendaient de cette filière à serrer la ceinture.  

 

Ce pillage des ressources orchestrées par les autorités commence à indisposer toute la jeunesse au point de perdre l’espoir d’un avenir meilleur.

 

Les pirogues ne servent plus à grande chose à des pères de familles qui ne cessent de rentrer bredouille après des heures passées dans l’océan à la recherche d’un poisson. Elles se transforment en embarcation de fortunes pour permettre aux jeunes de rejoindre l’autre bout de l’atlantique. Un nouvel espoir très grand mais moins que les risques encourus. 

 

Le phénomène du Barça ou Barsakhe (Barcelone ou la mort) refait surface. Ils sont parfois plus d’une centaine de personne à partager une pirogue en direction de l’Europe.  Des rêves qui pour certains ne se réaliseront jamais. Ils se perdront dans le ventre affamé de l’atlantique. En une semaine, l’océan est transformé en un sanctuaire pour près de 500 jeunes sénégalais. Un bilan qui s’alourdit de jour en jour sous l’indifférence totale des autorités. Peut-être qu’on les reproche la clandestinité de ces périples dont le péril est plus probable que la réussite ? 

 

Les quelques rescapés devront fouler la terre des îles canaries, cette partie de l’Europe qui se bat à l’instar de tout le continent contre la crise sanitaire qui n’est pas sans conséquence sur l’économie. Combien d’employés sont envoyés au chômage technique ou partiel ? Combien ont perdu leurs emplois ? Dans cette partie du globe, la galère est aussi monnaie courante comme elle l’est au berceau de l’humanité.

 

Les migrants font  partie des plus touchés par cette crise. Bon nombre d’entre eux n’arrivent plus à assurer leurs charges et celles de leurs familles restées au pays. Et ce, même les personnes en situation régulière.

 

Alors quel doit être le sort de ces milliers de jeunes qui arrivent par centaines dans l’illégalité ? Leurs rêves vont-ils se réaliser ? Ont-ils risqué leurs vies pour rien ? Sachant que l’Espagne commence à adopter une posture radicale avec des rapatriements en accord  avec le Sénégal ?

 

Sont-ils abandonnés par l’Etat sénégalais qui continue à faire le sourd alors qu’on lui reproche même d’être à l’origine de cette situation. Des institutions fantômes et budgétivores servant à caser de la clientèle politique,  le détournement des deniers publics en passant par les nombreux contrats signés avec des puissances étrangères plombent l’économie du pays.

 

Toutefois, nous pouvons aussi nous poser des questions sur le choix de ces jeunes s’ils en ont réellement.  

Peut-on trouver d’autres alternatives pour juguler ce problème ?

La problématique de l’emploi des jeunes est-elle une équation sans solution ?

L’argent investi dans ces voyages à risque ne pouvait-il pas servir à autre chose ?

Jusqu’à quand l’Etat sénégalais continuera à faire le sourd face à cette situation ?

Autant d’interrogations qui méritent moult réflexions.

 

En attendant, dans les 4 coins du Sénégal, des enfants brusquement devenus orphelins vont peut-être se coucher sans avaler un quignon de pain. De jeunes filles devenues veuves vont devoir à elles seules assurer la garde de leurs progénitures. Des parents resteront inconsolables de ne plus jamais voir le visage de leurs enfants perdus par la volonté de réussir. D’autres personnes resteront aussi traumatisées à cause de leur séjour en mer ou d’un rapatriement forcé.

 

La prise en charge de toutes ces personnes doit aussi s’inviter à la table du gouvernement sénégalais.  

 

 

Ismaila Seck diplômé en Journalisme et en consulting et Expertise en Communication des Organisations (ISIC Bordeaux Montaigne).

Mardi 24 Novembre 2020
Dakaractu



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