Une affaire d’association commerciale qui tourne au fiasco, un trou financier de plusieurs millions et une ligne de défense pour le moins déroutante : à Keur Massar, un gérant de multi-services s’est retrouvé face à la justice pour répondre d’un important détournement de fonds.
Selon les révélations du quotidien L’Observateur, Alioune Yatte, gérant d’un point de transfert d’argent situé à la cité Safco, a comparu devant le Tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye pour abus de confiance portant sur plus de 7,2 millions de FCFA.
Tout commence en 2024, lorsque Yatte et son partenaire, Ch.A.B. Niang, décident d’unir leurs forces pour exploiter un point de multi-services. Le modèle est simple : Niang injecte un capital initial de cinq millions de FCFA, tandis que Yatte met à disposition une puce liée à l’application Wave pour les transactions. Au fil du temps, la confiance s’installe et le capital est porté à dix millions de FCFA pour faire tourner l’activité.
Mais cette collaboration va brutalement basculer en novembre 2025.
Un contrôle de routine dans la caisse révèle un déficit alarmant : 7 240 879 FCFA manquent à l’appel. Face à cette découverte, toutes les attentions se tournent vers le gérant, seul à assurer la gestion quotidienne du point de transfert.
À la barre, Alioune Yatte ne nie pas. Bien au contraire, il reconnaît les faits. Mais sa défense surprend : il affirme ne plus se souvenir de l’utilisation exacte des fonds.
« J’ai perdu cette somme et je me débrouille pour la rembourser », déclare-t-il, évoquant vaguement des dettes personnelles et des investissements dans une quincaillerie.
Toujours d’après L’Observateur, une tentative de règlement à l’amiable avait pourtant été engagée en amont. Une médiation familiale avait permis le versement d’un million de FCFA à la partie civile. Le prévenu s’était également engagé à céder un terrain et à rembourser le reste par échéances.
Une proposition sèchement rejetée par Ch.A.B. Niang, qui exige le remboursement intégral des fonds détournés.
Durant les débats, ce dernier insiste sur un point crucial : Alioune Yatte était seul maître à bord. L’assistante, éloignée, ne pouvait assurer aucun contrôle sur les opérations quotidiennes, laissant ainsi le champ libre au gérant.
Le procureur de la République, estimant les faits suffisamment graves, requiert une peine de six mois de prison ferme. De son côté, la défense plaide la clémence, décrivant un homme travailleur qui n’aurait tiré aucun profit personnel de cette affaire, malgré la reconnaissance du détournement.
Au terme du procès, le tribunal tranche : Alioune Yatte est condamné à six mois d’emprisonnement avec sursis.