ITV) SERIGNE BASSIROU SY RÉVÈLE : « Ce virus ne s'en ira pas... C'était assouplir ou affamer les paysans dont certains ont mangé leurs semences... Macky n'a jamais fermé de mosquée »

Une chose est claire pour ce proche du Président Macky "le covid19 ne quittera pas le Sénégal aussi facilement qu'on le pense". Dans cet entretien avec Dakaractu-Touba, Serigne Bassirou Sy estime que le desserement pouvait même être large. Il précisera que les mosquées ont été fermées par les Imams avant de signaler que le Président Sall est un homme proche du peuple d'une part et très informé d'autre part. ENTRETIEN...


Dakaractu-Touba : Vous êtes réputé proche du Président. Trouvez-vous comme certains que sa démarche est paradoxale quand il assouplit à plus de 2000 cas de covid19 ?

 

Absolument pas ! Le Président Macky Sall a la chance d'être très proche de son peuple. Il a écouté et il a compris que les populations  voulaient plus de liberté de mouvement. C'est vrai qu'il y a cette maladie du nouveau coronavirus, mais n'oublions pas qu'il y a une bonne centaine de maladies qui circulent dans ce pays et à travers le monde. Devons-nous nous barricader à chaque fois qu'une maladie fait son apparition. Jusqu'à quand devrions-nous rester chez nous ? Jusqu'à quand  devrions-nous fermer nos mosquées, nous fuir les uns les autres comme si nous étions plus obligés de ne plus vivre en communauté. Nous saluons cette décision. Elle était presque obligatoire. Au Sénégal, des pères se lèvent le matin et courent chercher la dépense quotidienne. Ces personnes là avaient aussi besoin de ça. 

 

Dakaractu-Touba : Mais c'est le Président qui avait dit que l'heure est grave alors qu'il n’y avait que 79 cas.

 

Certes, mais un État agit suivant l'évolution  des choses. Gouverner c'est prévoir. Si le Chef de l'État n'avait pas pris les dispositions qui s'imposaient en décrétant l'état d'urgence assorti du couvre-feu, aujourd'hui, les cas se seraient comptés par centaines de milliers. Il fallait inviter les populations à prendre conscience du caractère très contagieux de cette maladie et ensuite aller dans le sens de leur apprendre comment vivre avec elle sans en souffrir. Parce qu'une chose est certaine.  Cette maladie ne va pas nous quitter de sitôt.  Elle fera son chemin. Ceux qui tomberont malades seront soignés. Ceux qui en mourront seront inhumés et la vie devra continuer. Nous ne pouvons pas fuir un virus que nul ne connaît. Il poursuit son chemin, inéluctablement. Évitons-le et poursuivons le nôtre. Je suis parfaitement d'accord avec le Président de la République qui, de surcroît est le plus informé de tous les Sénégalais.  Mieux, il est entouré d'experts et il ne  s'empêche pas de recueillir l'avis des chefs religieux et surtout des Khalifes généraux de ce pays. 

 

Dakaractu-Touba : Et alors, il y aura des morts 

 

N'y a-t-il eu de morts avant le covid19 ? Des morts, il y en aura toujours. Et tout le monde meurt nécessairement de quelque chose. À ce rythme de confinement, les gens n'allaient certainement pas mourir de coronavirus, mais ils allaient mourrir de faim. Le monde rural était isolé du reste du Sénégal. Vous ne le savez peut-être pas, mais ces deux mois ont été pénibles pour les paysans qui n'avaient plus de marchés hebdomadaires. Et Dieu sait qu'avec l'approche de cet hivernage, beaucoup d'entre eux ont déjà consommé leurs semences. Je profite de cette tribune pour demander au Président de la République de continuer à  aider les agriculteurs en terme de semences.

 

Dakaractu-Touba : Aider les paysans en semences n'est pas un fait nouveau ?

 

Oui, mais je viens de vous dire que beaucoup d'entre eux ont mangé leurs semences. Il s'agira de les aider à regagner leurs villages et de les soutenir dans le sens d'avoir une importante quantité  de semences et en bonne qualité. Je sais qu'il le fera. Je le connais suffisamment et je sais qu'il soutiendra encore davantage l'agriculture. Tout le monde sait qu'une crise économique guette le monde et par conséquent le Sénégal. Et il n’y a que l'agriculture qui peut nous sauver d'un marasme.

 

Dakaractu-Touba : On a l'impression que le Président a décidé de laisser les Sénégalais se débrouiller avec le virus. 

 

C'est une mauvaise impression. Un pays a besoin de vivre, de faire vivre son économie. Ce sont les Sénégalais, dans leur grande diversité, qui ont demandé au Président de la République de déconfiner. Les artisans l'ont dit. Les commerçants ont regretté la fermeture  des marchés. Les transporteurs ont dénoncé l'arrêt du trafic, les religieux ont exigé la réouverture  des mosquées, bien que l'État  n'en a fermé aucune.

 

Dakaractu-Touba : Comment ça, il n’a pas fermé de mosquée

 

 

Le Président de la République n'a fermé aucune mosquée. Ce sont les Imams et les religieux qui ont, eux-mêmes, souhaité fermer leurs mosquées et leurs églises. L'État a parlé  de mettre terme aux rassemblements et de respect de règles barrière. Il faut que les choses soient claires. Même Trump a demandé aux spirituels de son pays de prier. Rien ne justifiait la fermeture des lieux de culte. Pour autant ceux qui ont décidé de les maintenir  fermées ont aussi des raisons valables au plan  de la religion. L'appréciation est individuelle. Mais, dans tous les cas, le Sénégal n'avait plus besoin de se confiner. 

 

 

Dakaractu-Touba : Vous avez parlé d'assouplissement plus large ?

 

Je souhaite que l'assouplissement soit plus large. Que le couvre-feu aille de 23 heures à 6 heures du matin et que le transport soit possible dans les régions. C'est important de laisser les régions avoir une vie économique interne. Dites-moi combien de personnes sont présentement dans des localités où elles sont étrangères. Ces gens ne veulent que revenir chez eux. Je propose que les chefs de village soient habilités à recevoir les demandes de retour au bercail. Et si c'est le cas, ils se chargeront de déposer sur la table des sous-préfets et des préfets la liste des personnes  qui veulent retourner au bercail. Ces derniers transféreront cette liste à leurs collègues des localités concernées qui délivreront l'autorisation de circuler. Leurs filiations seront prises et elles serviront en cas de détection de symptômes de ladite maladie. Sans quoi, ce sont des milliers de familles qui seront obligés de souffrir.  En l'espèce, c'était assouplir ou affaler des familles, surtout dans le monde rural. 

 

Dakaractu-Touba : Que pensez-vous des tests massifs ?

 

Dérouler des tests massifs n’aurait aucun sens. Parce que vous pouvez tester 1000 personnes le lundi et les déclarer négatives. Le mardi,  elles chopent le virus et deviennent  contagieuses. Et puis ces tests vont durer combien  de temps ? Et par où va-t-on les commencer ? Si c'était une bonne méthode,  les pays développés mille fois plus touchés par la pandémie l'auraient adoptée. Non seulement c'est coûteux, mais inefficace. 

 

Dakaractu-Touba : Des gens demandent à  ce que Touba soit isolée 

 

Ces gens sont mal inspirés. Touba n'est pas la ville la plus contaminée du Sénégal. Il y a certes eu un relâchement, mais les populations sont en mesure de combattre la propagation de ce virus en suivant le ndigël du Khalife  Général des Mourides qui a montré l'exemple hier et qui a décidé de prendre en charge la dépense quotidienne des familles en situation de quarantaine. C'est mauvais de verser dans la stigmatisation. Elle est inutile et inintelligente. 

Samedi 16 Mai 2020
Dakaractu



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