Une enquête du Guardian a mis au jour, l'existence d'un faux think tank américain, financé par le gouvernement israélien, conçu pour orienter les réponses de ChatGPT, Claude et Perplexity sur la guerre à Gaza. Ces révélations confirment et prolongent une enquête publiée deux semaines auparavant par Politico.
Posez une question sur Gaza à un assistant conversationnel. Vous recevrez une réponse construite à partir de sources que l'algorithme juge fiables. Depuis le 6 août 2026, une de ces sources n'existe pas.
Le Guardian a révélé le 26 août 2026, l'existence du Hanover Institute for Public Policy. Ce site se présente comme un centre de recherche américain indépendant. Il n'a ni existence légale, ni adresse physique, ni personnel identifié. Aucun de ses rapports ne porte de signature.
En neuf jours, entre le 6 et le 14 août, Hanover a publié 124 rapports. Ce volume représente plus de 560 000 mots. Rien que les 12 et 13 août, l'institut a mis en ligne 73 rapports, soit près de 354 000 mots. Aucune rédaction humaine ne produit ce rythme sans assistance technique.
Les titres des rapports reprennent la formulation des questions que vous poseriez à un chatbot. Israël commet-il un génocide à Gaza. L'antisionisme est-il de l'antisémitisme. Les Palestiniens ont-ils été expulsés de leurs terres. Chaque question sensible sur le conflit trouve sa réponse toute prête sur le site.
Les rapports citent des sources reconnues. On y trouve des références à la Banque mondiale, à des agences de l'ONU, à Amnesty International, au Bureau central palestinien des statistiques, à la Convention sur le génocide. L'analyse du Guardian montre que ce sourcing sert un objectif précis. Il s'agit de relativiser les constats défavorables à Israël. Une conclusion d'une organisation de défense des droits humains est systématiquement suivie d'un rappel qu'aucune juridiction n'a tranché. Les chiffres de victimes sont entourés de réserves qui brouillent leur lecture.
Le Guardian a repéré un mécanisme de répétition révélateur. Une étude de 2022 sur les commentaires antisémites relevés sur des pages Facebook européennes est citée 454 fois dans 88 rapports différents. Cette étude porte sur un sujet précis et limité. Sa reprise massive, y compris dans des rapports sans lien direct avec son objet, cherche à établir une corrélation statistique entre critique d'Israël et antisémitisme dans l'esprit d'un système qui apprend par répétition.
Financement et paternité
Qui paie Hanover ? La réponse est dans les déclarations déposées auprès du ministère américain de la Justice, au titre du Foreign Agents Registration Act, la loi qui oblige tout agent étranger opérant aux États-Unis à déclarer son activité.
L'agence gouvernementale de publicité israélienne, LaPam, a commandé la campagne. Elle est passée par Havas Media Germany, filiale du groupe français Havas. Havas a sous-traité l'exécution à Piro Inc, une société new-yorkaise. Piro a été cofondée par Daniel Rosenberg, producteur du film Inside Man de Spike Lee.
Les factures déposées dans le cadre de cette déclaration détaillent le montage financier. Une facture d'avril 2026 chiffre le contrat à 900 000 dollars pour le développement et la diffusion de contenus. Une facture de juin 2026 ajoute 100 000 dollars pour deux mois de travail supplémentaires. Cette seconde enveloppe correspond au lancement de Hanover.
Piro ne cache pas sa méthode. L'entreprise commercialise un service baptisé AI Story Optimization. Sur LinkedIn, elle explique que chaque jour, davantage de parcours d'achat commencent par une conversation avec une intelligence artificielle plutôt que par une recherche Google. Piro vend donc l'art de fabriquer des contenus conçus pour la façon dont les modèles de langage évaluent la crédibilité d'une source.
Le site Hanover intègre un fichier llms.txt. Ce format technique guide les robots d'indexation des intelligences artificielles vers les contenus jugés prioritaires. Cette pratique porte un nom, le Generative Engine Optimization, ou GEO. Le principe reprend celui du référencement classique sur les moteurs de recherche. Vous optimisez un contenu pour qu'un moteur le classe en tête des résultats. Le GEO optimise un contenu pour qu'un modèle de langage le retienne comme source fiable et le restitue dans ses réponses.
Une écriture largement automatisée
Qui écrit ces centaines de milliers de mots en quelques jours ? Le média d'investigation Responsible Statecraft a testé douze rapports de Hanover avec GPTZero, un logiciel de détection de texte généré par intelligence artificielle. Onze rapports sur douze ont été signalés comme rédigés par une IA, avec un niveau de confiance élevé. Le média 404 Media a abouti à une conclusion proche sur son propre échantillon. Seule la bibliographie finale de chaque article portait une trace de rédaction humaine.
Cette automatisation explique le rythme soutenu de publication. Un institut de recherche classique produit quelques études par mois, rédigées, vérifiées, révisées. Hanover a produit l'équivalent de plusieurs années de production académique en une semaine.
Politico a ouvert le dossier avant le Guardian
Les révélations du Guardian ne sortent pas de nulle part. Le 14 août 2026, le site Politico avait déjà publié une enquête sur cette même campagne, sous le titre Israeli PR wants to answer your ChatGPT questions. Le journaliste Jacob Wendler y retraçait le montage entre LaPam, Havas et Piro, à partir des déclarations officielles déposées aux États-Unis.
Politico a aussi testé la porosité des chatbots. Ses journalistes ont soumis à ChatGPT et à Perplexity des questions neutres sur Gaza, l'antisionisme et l'antisémitisme. Les deux assistants ont cité des contenus produits par Hanover dans leurs réponses. La stratégie fonctionne donc, au moins partiellement.
L'enquête a permis d'identifier l'infrastructure technique du site. Hanover a été construit avec l'aide de Res, une start-up basée à Seattle. Res se présente comme un partenaire d'entreprises comme Nike ou Intel pour améliorer leur visibilité dans les réponses des modèles d'intelligence artificielle. La même technologie, conçue pour le marketing commercial, sert ici une opération de communication d'État.
Une politique plus large
Cette opération n’est pas un cas isolé. Selon Politico, Israël a dépensé au moins 100 millions de dollars depuis 2023 pour orienter l'opinion aux États-Unis, et un milliard de dollars à l'échelle mondiale, sur l'ensemble de ses actions de communication. Une partie de ces sommes finance spécifiquement la production de contenus destinés à être repris par les intelligences artificielles.
Un autre contrat, distinct de celui de Piro, a été attribué à Brad Parscale, ancien directeur de campagne de Donald Trump. Ce contrat de 46,5 millions de dollars, a pour objet de créer des sites pro-israéliens conçus pour influencer les chatbots. Une enquête du média Drop Site a montré que Microsoft Copilot et Google Gemini avaient intégré, dans leurs données d'entraînement, du contenu issu de ce type de sites.
Le 27 août, au lendemain de l'article du Guardian, un nouveau site est apparu sous le nom IsraelFact. Son code source partage le même identifiant de déploiement que Hanover, sur la même plateforme d'hébergement. Sa structure de page et ses fichiers techniques sont identiques. Le site affiche les mêmes mentions légales, citant Piro, Havas Media Germany et LaPam. On assiste donc à la reproduction immédiate du même modèle, sous un nom différent, une fois le premier site exposé.
Le Guardian précise avoir sollicité Piro, Havas Media, LaPam, Res et l'adresse de contact publiée par Hanover. Aucun de ces acteurs n'a répondu avant la publication de l'article. Daniel Rosenberg avait en revanche répondu à Politico, deux semaines plus tôt. Il avait défendu le travail de son entreprise en expliquant qu'elle met des faits exacts et sourcés dans le débat public et s’attache à contrer la désinformation sur Israël avec une information vérifiable.
La fiabilité des réponses d’un chatbot
Cette affaire dépasse le cas d'un institut fictif. Elle pose une question de fond sur la fiabilité des réponses obtenues d'un assistant conversationnel. Un chatbot ne vérifie pas l'existence légale d'une organisation avant de citer ses rapports. Il évalue la structure du texte, la présence de sources, la fréquence des citations croisées. Une opération de communication qui maîtrise ces critères techniques peut s'insérer dans la chaîne d'information sans déclencher d'alerte.
Le Guardian a testé cette porosité sur ChatGPT. Le système a cité Hanover tout en signalant que l'institut fait l'objet de controverses. Cet avertissement reste préférable à une citation sans réserve. Il ne règle cependant pas le problème de fond. Un résumé produit par une intelligence artificielle peut reprendre le cadrage d'une source sans en répéter les conclusions au mot près. L'influence passe alors par la structure de l'argument, pas par la citation directe.
Des chercheurs consultés par le Guardian, dont Nick Cleveland-Stout, chercheur associé au Quincy Institute, appellent les plateformes à traiter certains signaux comme des indices de qualité douteuse. L'absence de personnel identifié, une déclaration d'agent étranger, une vitesse de publication incompatible avec un travail de recherche humain, ces éléments pourraient être intégrés aux critères d'évaluation des sources par les modèles de langage.
Pour l'instant, cette évaluation reste largement absente. Une vigilance accrue est nécessaire en consultant une réponse générée par une intelligence artificielle sur un sujet politiquement sensible.
Posez une question sur Gaza à un assistant conversationnel. Vous recevrez une réponse construite à partir de sources que l'algorithme juge fiables. Depuis le 6 août 2026, une de ces sources n'existe pas.
Le Guardian a révélé le 26 août 2026, l'existence du Hanover Institute for Public Policy. Ce site se présente comme un centre de recherche américain indépendant. Il n'a ni existence légale, ni adresse physique, ni personnel identifié. Aucun de ses rapports ne porte de signature.
En neuf jours, entre le 6 et le 14 août, Hanover a publié 124 rapports. Ce volume représente plus de 560 000 mots. Rien que les 12 et 13 août, l'institut a mis en ligne 73 rapports, soit près de 354 000 mots. Aucune rédaction humaine ne produit ce rythme sans assistance technique.
Les titres des rapports reprennent la formulation des questions que vous poseriez à un chatbot. Israël commet-il un génocide à Gaza. L'antisionisme est-il de l'antisémitisme. Les Palestiniens ont-ils été expulsés de leurs terres. Chaque question sensible sur le conflit trouve sa réponse toute prête sur le site.
Les rapports citent des sources reconnues. On y trouve des références à la Banque mondiale, à des agences de l'ONU, à Amnesty International, au Bureau central palestinien des statistiques, à la Convention sur le génocide. L'analyse du Guardian montre que ce sourcing sert un objectif précis. Il s'agit de relativiser les constats défavorables à Israël. Une conclusion d'une organisation de défense des droits humains est systématiquement suivie d'un rappel qu'aucune juridiction n'a tranché. Les chiffres de victimes sont entourés de réserves qui brouillent leur lecture.
Le Guardian a repéré un mécanisme de répétition révélateur. Une étude de 2022 sur les commentaires antisémites relevés sur des pages Facebook européennes est citée 454 fois dans 88 rapports différents. Cette étude porte sur un sujet précis et limité. Sa reprise massive, y compris dans des rapports sans lien direct avec son objet, cherche à établir une corrélation statistique entre critique d'Israël et antisémitisme dans l'esprit d'un système qui apprend par répétition.
Financement et paternité
Qui paie Hanover ? La réponse est dans les déclarations déposées auprès du ministère américain de la Justice, au titre du Foreign Agents Registration Act, la loi qui oblige tout agent étranger opérant aux États-Unis à déclarer son activité.
L'agence gouvernementale de publicité israélienne, LaPam, a commandé la campagne. Elle est passée par Havas Media Germany, filiale du groupe français Havas. Havas a sous-traité l'exécution à Piro Inc, une société new-yorkaise. Piro a été cofondée par Daniel Rosenberg, producteur du film Inside Man de Spike Lee.
Les factures déposées dans le cadre de cette déclaration détaillent le montage financier. Une facture d'avril 2026 chiffre le contrat à 900 000 dollars pour le développement et la diffusion de contenus. Une facture de juin 2026 ajoute 100 000 dollars pour deux mois de travail supplémentaires. Cette seconde enveloppe correspond au lancement de Hanover.
Piro ne cache pas sa méthode. L'entreprise commercialise un service baptisé AI Story Optimization. Sur LinkedIn, elle explique que chaque jour, davantage de parcours d'achat commencent par une conversation avec une intelligence artificielle plutôt que par une recherche Google. Piro vend donc l'art de fabriquer des contenus conçus pour la façon dont les modèles de langage évaluent la crédibilité d'une source.
Le site Hanover intègre un fichier llms.txt. Ce format technique guide les robots d'indexation des intelligences artificielles vers les contenus jugés prioritaires. Cette pratique porte un nom, le Generative Engine Optimization, ou GEO. Le principe reprend celui du référencement classique sur les moteurs de recherche. Vous optimisez un contenu pour qu'un moteur le classe en tête des résultats. Le GEO optimise un contenu pour qu'un modèle de langage le retienne comme source fiable et le restitue dans ses réponses.
Une écriture largement automatisée
Qui écrit ces centaines de milliers de mots en quelques jours ? Le média d'investigation Responsible Statecraft a testé douze rapports de Hanover avec GPTZero, un logiciel de détection de texte généré par intelligence artificielle. Onze rapports sur douze ont été signalés comme rédigés par une IA, avec un niveau de confiance élevé. Le média 404 Media a abouti à une conclusion proche sur son propre échantillon. Seule la bibliographie finale de chaque article portait une trace de rédaction humaine.
Cette automatisation explique le rythme soutenu de publication. Un institut de recherche classique produit quelques études par mois, rédigées, vérifiées, révisées. Hanover a produit l'équivalent de plusieurs années de production académique en une semaine.
Politico a ouvert le dossier avant le Guardian
Les révélations du Guardian ne sortent pas de nulle part. Le 14 août 2026, le site Politico avait déjà publié une enquête sur cette même campagne, sous le titre Israeli PR wants to answer your ChatGPT questions. Le journaliste Jacob Wendler y retraçait le montage entre LaPam, Havas et Piro, à partir des déclarations officielles déposées aux États-Unis.
Politico a aussi testé la porosité des chatbots. Ses journalistes ont soumis à ChatGPT et à Perplexity des questions neutres sur Gaza, l'antisionisme et l'antisémitisme. Les deux assistants ont cité des contenus produits par Hanover dans leurs réponses. La stratégie fonctionne donc, au moins partiellement.
L'enquête a permis d'identifier l'infrastructure technique du site. Hanover a été construit avec l'aide de Res, une start-up basée à Seattle. Res se présente comme un partenaire d'entreprises comme Nike ou Intel pour améliorer leur visibilité dans les réponses des modèles d'intelligence artificielle. La même technologie, conçue pour le marketing commercial, sert ici une opération de communication d'État.
Une politique plus large
Cette opération n’est pas un cas isolé. Selon Politico, Israël a dépensé au moins 100 millions de dollars depuis 2023 pour orienter l'opinion aux États-Unis, et un milliard de dollars à l'échelle mondiale, sur l'ensemble de ses actions de communication. Une partie de ces sommes finance spécifiquement la production de contenus destinés à être repris par les intelligences artificielles.
Un autre contrat, distinct de celui de Piro, a été attribué à Brad Parscale, ancien directeur de campagne de Donald Trump. Ce contrat de 46,5 millions de dollars, a pour objet de créer des sites pro-israéliens conçus pour influencer les chatbots. Une enquête du média Drop Site a montré que Microsoft Copilot et Google Gemini avaient intégré, dans leurs données d'entraînement, du contenu issu de ce type de sites.
Le 27 août, au lendemain de l'article du Guardian, un nouveau site est apparu sous le nom IsraelFact. Son code source partage le même identifiant de déploiement que Hanover, sur la même plateforme d'hébergement. Sa structure de page et ses fichiers techniques sont identiques. Le site affiche les mêmes mentions légales, citant Piro, Havas Media Germany et LaPam. On assiste donc à la reproduction immédiate du même modèle, sous un nom différent, une fois le premier site exposé.
Le Guardian précise avoir sollicité Piro, Havas Media, LaPam, Res et l'adresse de contact publiée par Hanover. Aucun de ces acteurs n'a répondu avant la publication de l'article. Daniel Rosenberg avait en revanche répondu à Politico, deux semaines plus tôt. Il avait défendu le travail de son entreprise en expliquant qu'elle met des faits exacts et sourcés dans le débat public et s’attache à contrer la désinformation sur Israël avec une information vérifiable.
La fiabilité des réponses d’un chatbot
Cette affaire dépasse le cas d'un institut fictif. Elle pose une question de fond sur la fiabilité des réponses obtenues d'un assistant conversationnel. Un chatbot ne vérifie pas l'existence légale d'une organisation avant de citer ses rapports. Il évalue la structure du texte, la présence de sources, la fréquence des citations croisées. Une opération de communication qui maîtrise ces critères techniques peut s'insérer dans la chaîne d'information sans déclencher d'alerte.
Le Guardian a testé cette porosité sur ChatGPT. Le système a cité Hanover tout en signalant que l'institut fait l'objet de controverses. Cet avertissement reste préférable à une citation sans réserve. Il ne règle cependant pas le problème de fond. Un résumé produit par une intelligence artificielle peut reprendre le cadrage d'une source sans en répéter les conclusions au mot près. L'influence passe alors par la structure de l'argument, pas par la citation directe.
Des chercheurs consultés par le Guardian, dont Nick Cleveland-Stout, chercheur associé au Quincy Institute, appellent les plateformes à traiter certains signaux comme des indices de qualité douteuse. L'absence de personnel identifié, une déclaration d'agent étranger, une vitesse de publication incompatible avec un travail de recherche humain, ces éléments pourraient être intégrés aux critères d'évaluation des sources par les modèles de langage.
Pour l'instant, cette évaluation reste largement absente. Une vigilance accrue est nécessaire en consultant une réponse générée par une intelligence artificielle sur un sujet politiquement sensible.
Alioune BA
Spécialiste en Ethique de l’IA