Harcèlement sexuel : « Beaucoup de personnes en souffrent dans leur milieu de travail et n’osent rien dire » (Cellule genre du Msas)

Devenu banal aux yeux de plus d’un, le harcèlement sexuel fait de nombreuses victimes dans les lieux de travail. Pour venir à bout de cette problématique déshonorante pour beaucoup de femmes, un audit a été initié au ministère de la Santé, par la cellule genre dudit département. Il résulte de cet audit un protocole de collecte de données mais aussi un Code de conduite sur les discriminations en milieu de travail, a déclaré la Coordonnatrice de ladite cellule, dans une rencontre à laquelle a pris part Dakaractu.


Harcèlement sexuel : « Beaucoup de personnes en souffrent dans leur milieu de travail et n’osent rien dire » (Cellule genre du Msas)
Défini par le Code pénal, comme le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante, le harcèlement sexuel est aussi assimilé au fait, même non répété, d’user de toute forme de pression grave dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit de l’auteur des faits ou au profit d’un tiers. Cette pratique qualifiée d’agression est vécue par beaucoup de victimes dans les lieux de travail. Aujourd’hui, beaucoup de personnes en souffrent et n’en parlent pas, s’est plaint la coordonnatrice, Mme Gacko Ndèye Mingué Ndiaté Ndiaye de la Cellule du genre du ministère de la santé et de l'Action (Msas). Cette dernière intervenait au 2ème congrès scientifique de Bca Wa-Ethics: harmonisation de l'intégration du genre en Afrique de l'Ouest. Une rencontre virtuelle au cours de laquelle elle a annoncé des mesures prises pour venir à bout de cette problématique dégradante.
 
‘’On a parlé tantôt de harcèlement sexuel. Et je pense que quelqu’un a posé la question de savoir comment est-ce qu’il faut faire ? Par quelle étape passer pour voir dans quelle mesure une jeune femme ou en tout cas à quelqu’un qui est victime de ce harcèlement sexuel ? Comment est-ce que, de façon spontanée, elle pourra réagir ? Juste vous dire que, par exemple, dans la Cellule genre du Msas, nous avons fait un audit du système de santé. Et à l’issue de cet audit, nous avons identifié un point, essentiellement sur le harcèlement sexuel. Et justement nous en avons fait une problématique qui doit aujourd’hui faire l’objet d’un Code de conduite sur les discriminations en milieu de travail. Nous voulons ce code de conduite. Nous sommes en train d'y travailler. Nous avons fait un protocole de recherche. Et nous travaillons avec la Division de la recherche. Et aujourd’hui le Comité éthique a validé ce protocole’’, a confié Mme la coordonnatrice. 
 
Un audit du système de santé initié par la Cellule genre du Msas
 
Pour l’heure, dit-elle, les jalons sont en train d’être posés pour dissuader les auteurs de tels faits. ‘’Nous avons élaboré notre feuille de route et tous les outils de collecte de données pour pouvoir, à l’issue de ces recherches, disposer au moins, de ce code. On sait que beaucoup de personnes en souffrent dans leur milieu de travail et n’osent rien dire, qui n’osent pas dénoncer, qui ne savent pas comment faire. Et souvent, dans la recherche que nous avons faite durant l’audit genre, cela nous a fait remarquer tous ces points que nous allons essayer de capitaliser. C’est une problématique qu’il faut soulever et mettre sur la table, en discuter avec tout le monde pour trouver des solutions’’. 
 
Des solutions qui, renseigne la Cellule genre du Msas, vont permettre aux victimes de harcèlement, de pouvoir au moins, savoir qu’il y a quelque chose qui est là, dans la politique et dans toutes les normes protocolaires, et qui pourra, avoir non seulement des sanctions mais des passerelles. Des passerelles par lesquelles elles peuvent s’appesantir pour dire : voilà ce qu’il faut ! Parce qu’aujourd’hui, elles n’ont aucune connaissance, elles ne savent même pas où aller ni quoi faire ni à qui s’adresser quand il y a des problèmes de ce genre’’.  
 
Mme Gacko dans son intervention, au cours de cette rencontre virtuelle de 4 jours qui a démarré hier, dit avoir le sentiment que les victimes de harcèlement sexuels sont ’’comme des personnes qu’on a laissées à elles-mêmes. Je pense qu’aujourd’hui, c’est le moment de le dire, de voir comme il faut, chacun, à chaque niveau, dans chaque pays, chacun en ce qui le concerne, quels sont les efforts à faire pour pouvoir trouver une solution à cette problématique qui demeure dans les milieux de travail ; qui gêne et qui dérange souvent les femmes ? Je pense que si cette problématique est laissée aux femmes elles-mêmes cela va enfreindre leur autonomisation à un moment donné, elles ne seront jamais libres, elles ne seront pas autonomes’’. 
 
‘’Dans les milieux de travail, ce qui gêne et qui dérange souvent les femmes ’’
 
Outre cette question de harcèlement sexuel, la coordonnatrice de la Cellule genre a évoqué la rareté féminine dans le cadre de la recherche de problématique. Une équation qui, à ses yeux, est souvent liée ou dépendamment de la conciliation de la vie familiale à celle professionnelle. ‘’Cette conciliation demeure une difficulté majeure pour les femmes aujourd’hui, parce qu’elles ne sont pas souvent libérées par les hommes, elles sont retenues ou tirées par derrière par les hommes. Ceci, beaucoup de facteurs le justifient. Ils sont souvent liés à la cellule familiale parce qu’on dirige une famille, un pays ou autre dépendamment toujours de ses racines, de sa pensée, de comment on a été éduqué. Cela a un impact très fort sur les croyances que nous avons. Les mœurs que nous avons ont un poids social très fort sur notre démarche. Et ceci a un impact, qu’on le veuille ou pas sur l’aboutissement de nos politiques et de nos démarches. Justement, ceci constitue un frein qui aujourd’hui, empêche la femme, très souvent, de participer pleinement à ce développement. Et si aujourd’hui, dans la recherche, les résultats, ou en tout cas les chiffres que nous avons, 26 à 27% de portage de projet, souvent les femmes n’y vont pas. Cela parce qu’elles sont généralement inhibées par certaines choses''. 
 
Pour la coordinatrice de la Cellule genre du ministère de la santé, ’"c’est un mouvement d’ensemble qu’il faut pour le faire, autant politique que familial. Le leadership que nous devons donner à ces femmes, cette assurance qu’on doit leur donner, je pense que c’est important, mais il faut aussi impliquer les hommes dans le processus... " 
Mardi 23 Mars 2021
Dakaractu




Dans la même rubrique :