HOMMAGE À IMAM MAMADOU POUYE (1943 – 2018) : Un des piliers de notre communauté s’est effondré


HOMMAGE À IMAM MAMADOU POUYE (1943 – 2018) : Un des piliers de notre communauté s’est effondré

L’imam élégant ! L’imam beau ! Le gentleman de la Ummah ! L’homme de « fa tabaaraka lahou », l’homme de « Khaala Laahou -  Khaala Rassoulilahi » a tiré sa révérence, cet après – midi de dimanche 27 mai 2018. Une grosse perte. Une perte immense pour le quartier de Castors, pour les populations de la commune de Dieuppeul – Derklé. Une grosse perte pour la grande mosquée de Castors. Une perte pour la Ummah islamique. L’ami de tout le monde a rejoint les cieux, après avoir été écarté des siens par une maladie qui, finalement a eu raison de lui, au Centre Hospitalier de FANN.
Toujours tiré à quatre épingles, Imam Mamadou POUYE, par son physique de basketteur, sa beauté, son élégance et sa disponibilité, ne laissait personne indifférent. De par une démarche lente et un commerce facile remarquable pour peu que le regard d’autrui croise le sien, l’accent arabe, l’emphase et la politesse du propos qu’il distribuait en guise de salutations, laissait apparaitre un esprit d’ouverture reflété par un  beau visage dépourvu de haine, d’aspérités,  de rides, mettant en totale confiance le premier venu sitôt qu’il fut interpellé sur quelques questions inhérentes à l’islam.
Parler de Mamadou POUYE, c’est tout d’abord disserter sur la disponibilité de l’homme. Comme témoigné par tous, cet imam aux qualités énormes, était poli et tout simplement disponible. C’est une lapalissade de dire que personne n’ose s’aventurer à dire l’avoir vu hâter le pas, parce pressé. L’homme a, durant sa vie, dédié son temps aux autres. Le temps si précieux et si cher, par les temps qui courent, à fortiori pour un homme de son rang.   D’aucuns me rétorqueront que c’est normal, son statut d’imam oblige ; mais ceux qui le connaissaient savent pertinemment que cet imam a vécu arcbouté sur le principe de la disponibilité. Il a tout donné aux autres, j’allais dire à toutes les générations : hommes, femmes, jeunes et moins jeunes.
Doté d’une éloquence exceptionnelle et d’une prestance qui imposent l’écoute attentive commandée par une belle voix qui définit les contours d’une érudition avérée, imam Mamadou POUYE, a fait preuve de générosité, en partageant son savoir avec toute la communauté. De sa posture d’imam, il a toujours entretenu les fidèles de ses discours axés sur la parole de Dieu, ou les « Hadith » du prophète Mohamed (psl). Nombre d’entre eux raffolaient de ses belles paroles, comme le sermon du vendredi qui étalait toute son exégèse, les conférences religieuses qu’il animait, ses communications lors des prières mortuaires et j’en passe. Il était fréquent de l’entendre enjoindre l’imam venu d’ailleurs, debout, quelque part, dans les rangées de fidèles, après le discours funèbre, de diriger la prière mortuaire, car alléguait – il : « ko dul joxé cër ken du la jox cër ». 
Imam Mamadou POUYE a joué son rôle de médiateur social. Il a été la sentinelle de la société tant il savait attirer l’attention des tenants du pouvoir, aussi bien local qu’exécutif et ne cessait de formuler des prières pour eux, parce qu’étant les commandants de bord du navire qui nous transporte, alléguait – il.
Imam Mamadou POUYE attachait du prix à l’élégance. Du temps où j’officiais à la rue Mohamed V, en ville, il m’arrivait de l’y croiser et de le présenter aux marocains tenants de magasins commerce, à l’effet d’acquérir à des prix défiant toute concurrence les articles convoités : babouches, « Djellaba », « kaftans » et autres. Et il s’en réjouissait.    
​Imam Mamadou POUYE nous fit l’honneur de nous recevoir, à peine sortis du centre socio – culturel de Derklé, juste après avoir été élu maires en 2009, l’édile et ses adjoints que nous fûmes, écharpes à la ceinture, marchâmes instantanément accompagnés par une foule de militants et de sympathisants, jusqu’à son domicile, en remerciant les populations de nous avoir accordés leurs suffrages. Il nous reçut, chaleureux et enthousiaste, sous les yeux de sa première épouse, Salimata, avec son hospitalité naturelle, tout en nous rappelant le sens et la portée de notre nouveau sacerdoce, au regard de l’islam et des « Hadith » de son prophète (psl). Ainsi, il attirait notre attention sur les enjeux de cette nouvelle charge, par un discours direct et véridique, qu’il termina par des prières quant à la réussite de cette mission. 
Imam Mamadou POUYE avait le don d’éteindre les foyers de tension là, où, il est était quasi impossible de dialoguer. Il était maitre dans l’art d’accorder les violons des protagonistes les plus irréductibles, par la force de la persuasion, je dis, en usant des enseignements du Coran et de la Suna du prophète Mohamed (psl), sur un ton empreint de civilité basé sur un esprit d’ouverture, arrimé à la courtoisie qui le caractérisait. C’est un truisme de le dire dans les méandres des quartiers Castors, Dieuppeul, Derklé, Liberté et tutti quanti.
Imam Mamadou POUYE, avait la manie de haranguer cette foultitude de fidèles assis, qui lui faisaient face dans la mosquée, le vendredi. Son éloquence et son accent arabe faisaient de ses prêches une symphonie agréable à écouter, quand bien même l’on ignore le b a ba de la langue arabe. Après m’avoir posé la question de savoir si le défunt était instruit à l’école française, un imam d’une localité de la banlieue dakaroise avec qui j’entretiens des relations cordiales, me fit la confidence, qu’il lui arrivait de venir prier dans ce lieu de culte de Castors, le vendredi, pour s’inspirer de ses sermons.
Imam Mamadou POUYE nous a instruit qu’être musulman rime avec hygiène corporelle et  propreté. Combien de fois, l’avons-nous entendu critiquer vertement le comportement de ces fidèles qui commettent l’outrecuidance de s’introduire dans la mosquée, emmitouflés dans leurs tenues de travail, parfois aux antipodes des règles qui régissent cette dévotion. Alors qu’ils s’affubleraient de leurs habits de lumière, en se présentant devant le Chef de l’État.
Imam Mamadou POUYE a symbolisé la générosité, via son savoir qu’il était prêt à partager sans hésitation, dès lors qu’une question lui était posée sous l’angle de l’islam. Il a toujours répondu sans hésitation quel que soient le lieu et le temps. L’homme avait une culture générale très large. Les bouquins qu’il détenait toujours, à portée de mains, peuvent le laisser penser ; ce qui est le propre de tout intellectuel. Il avait le goût prononcé de la recherche.
Imam Mamadou POUYE était, aussi, un homme à la page, pour ne pas dire un homme « branché », très au fait de l’actualité. Le « Bayaane » qu’il faisait, étayé par les faits de société qu’il relatait, l’illustre amplement. Au gré d’une fortuite rencontre, ou à la fête de Tabaski, ou de korité, complimentant ma tenue, il ne se gênait pas de me chuchoter à l’oreille « sama rak, où as-tu trouvé ce tissu ? ». Comme du reste, quand il m’arrivait de le féliciter, à la suite d’un pertinent sermon de vendredi, lorsqu’on se serrait les mains, il lui est advenu de grommeler, subrepticement, à mon oreille : « Comment as-tu trouvé le sermon ? ». Ou, aussi, après avoir dirigé cette prière, en récitant les sourates « Fatiha » et « Falakhi », à la première « raka » ; et « Fatiha » et « Nassi », à la deuxième. Avant de me demander furtivement en souriant, si j’avais compris le pourquoi.
Imam Mamadou POUYE, en compagnie de l’imam Pape Amadou GAYE de Dieuppeul, animaient concomitamment la conférence religieuse organisée, annuellement, par ma mère, sise devant la maison familiale, à Dieuppeul. Outre son érudition, nos relations familiales nées à Rufisque, en constituent un des levains. Avait- il l’habitude de nous rappeler, à chaque fois qu’il terminait un récital de Coran chez nous, qu’il était à l’origine de l’union de ma grande sœur Awa Cheikh et de son défunt mari, son ami Mouhamadou BȂ, il y a plus de quatre décennies.
Imam Mamadou POUYE : selon mon oncle Malamine BADJI, un notable de Dieuppeul, était méconnu par les populations locales. Pour avoir fait le pèlerinage à la Mecque avec lui, ce dernier s’est rendu compte des dimensions de son savoir. Orientant les pèlerins venus d’horizons divers, surtout des arabes, dans cette langue dont il avait une parfaite maitrise, il était suivi par une foule massive qui l’abreuvait de questions auxquelles il répondait dans ses prêches, avec l’éloquence habituelle. Entouré  et écouté, il buvait ses paroles, à haute et intelligible voix, faisant la fierté du Sénégal, dans ce haut lieu de la religion musulmane.  
Imam Mamadou POUYE est le disparu dont la cérémonie de levée du corps fut unique, de mémoire d’habitant de ces quartiers. Fréquentant cette grande mosquée depuis ma tendre enfance, je ne me souviens pas, avoir vu autant de monde présent à un tel événement. Le lieu de culte étant trop petit pour abriter ce monde fou, venu lui rendre un dernier hommage. La rue qui sépare la mosquée et son domicile, fut pleine comme un œuf. Des milliers de personnes, si je ne m’abuse. Tous les imams de Dakar, tous les dignitaires de cette ville, toutes les populations des localités  environnantes, en rangs serrés, ont procédé à la prière mortuaire, sous la direction de l’imam « Ratib » de la grande mosquée de Dakar.  À la suite de celles dites, au préalable, dans la mosquée, suivies du « wazifa » de la « tarikha tidjane », dont il fut un grand disciple. Comme il eût l’habitude de les diriger, jadis.
Imam Mamadou POUYE était un apôtre de l’humanisme. De tout ce beau monde venu compatir, suite à sa disparition, j’ose affirmer avec certitudes, comme d’aucuns l’ont confirmé, qu’il entretenait avec chaque personne des relations cordiales. Pour ma part, le bonnet pakistanais de couleur bleu – noir qu’il m’a offert, à son retour de la Mecque, en est une preuve. Je le porte jalousement à l’occasion de certaines cérémonies.
Imam Mamadou POUYE venait ainsi de faire ses adieux à cette mosquée qui lui était si chère, à son quartier Castors, à la commune de Dieuppeul – Derklé, pour son voyage, le dernier, sans retour. Un cortège de véhicules de toutes sortes, de quelques centaines de mètres avec à sa tête, le corbillard de la mairie de la  localité, prit la direction du cimetière musulman de Yoff, où, il repose pour l’éternité. Même, au moment, où, l’enterrement se terminait, beaucoup de monde venait de franchir le seuil du cimetière, pour l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure. C’est la dimension de l’homme !
Imam Mamadou POUYE nous quittait ainsi, physiquement, via un retour d’ascenseur des fidèles ayant trait au rituel des prières qu’il avait l’habitude de conduire à l’endroit de tout disparu de la localité, de la levée du corps, au domicile du défunt, en passant par l’enterrement. Une cérémonie unique dans tous ses aspects. C’est aussi la dimension de sa personnalité, comme le fulminait tout le monde.
Imam Mamadou POUYE : un homme débonnaire, généreux, patient, altruiste et doté d’une intelligence pointue et d’aptitudes diplomatiques capables de désamorcer n’importe quelle bombe sociale, n’en était pas moins un exemple d’humilité. Il savait afficher le profil bas. Me rappelant, il y’a quelques années, au souvenir d’un jour de vendredi, à peine sortis de la mosquée, sitôt que je lui racontais un rêve, il m’instruisit de prier pour lui, me tendant ses deux mains, ce que je fis, en dépit des frissons qui m’envahirent de la tête aux pieds, au regard de toutes les personnes venues imiter son geste. Cette leçon m’est restée gravée, à jamais, dans la mémoire.
Voilà un homme de Dieu qui a consacré tout son temps à la « djihad » « fii sabiililah ». Il fut un pilier de toute notre communauté, tant il a servi son prochain avec désintéressement. L’homme de « fa tabaaraka lahou », l’homme de « Khaala Lahou – khaala Rassoulilahi » nous a quitté, laissant, il faut le dire, un vide difficile à combler. Cependant, rester dans ses pas tout en s’inspirant de ses enseignements, pourrait être le viatique des fidèles que nous sommes, dans le but de perpétuer son œuvre.
Que la terre lui soit légère !
Inna Lilahi wa inna ileyhi radj’oun
 
Mame Abdoulaye TOUNKARA
Ex premier adjoint au maire de la commune
d’arrondissement de Dieuppeul - Derklé
 
 
 
Vendredi 1 Juin 2018
Dakaractu



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