HOMMAGE : ​Le protocole céleste (Par Cheikh Mbacké Guissé)


HOMMAGE : ​Le protocole céleste (Par Cheikh Mbacké Guissé)
Partir, comme la mignonne cigogne qui, dans un mouvement lent, s’étire et se tire à tir-d’aile vers le ciel.
Partir, telle la fleur qui se meurt, rend hommage une dernière fois au soleil avant de se pencher, fauchée, pour se figer et se réfugier quelque part, vers le royaume éternel du sommeil.
Partir pour laisser les autres pâtir.
Pâtir de l’Absent qui s’était tatoué sur le dos « République », en lettres de sang car patriote à cent pour cent.
‘’Tonton’’, Cheikh Diallo, ce frère qui écrit si beau même en parlant de nos maux en mots, dit que, depuis quelques années, tu toussais beaucoup ; et cela fait des mois, tu toussais un peu ; mais, il y a quelques semaines, tu ne toussais plus. J’ai compris, hier, le sens noble de ce combat que tu menais contre le bruit fabriqué à partir des zones cachées de tes poumons. Comme les oiseaux donc, tu as neutralisé ce son interne extériorisé en respect au dehors puis, comme l’oiseau, tu t’es caché, pour partir. Silencieux et pieux vers les cieux, en hommage strict au protocole céleste, selon qui, les élus s’étirent et se tirent dans le silence absolu des ombres qui les attire, heureux, car sachant qu’ils ont désormais leur résidence dans la zone supérieure ; là où tous les protocoles se collent après le voyage de l’âme, envol ultime à partir du sol pour rejoindre les origines cachées de la clé de Sol.
Et, tu es donc parti, cet après-midi de vendredi ils ont dit, portant et emportant avec toi les secrets de la République, que tu auras servi pendant 40 ans.
Partout. Servi jusqu’au bout. Servi surtout et servi sur tout. Les vents ont célébré ta montée et ils soufflaient fort, avec des renforts venus du Nord , hier, comme les anges ont dû te le raconter. Ils buvaient, par cette danse dense dans sa cadence, ton pot de départ vers le dernier Rempart ; mais aussi, ce pot était pour célébrer le repos final d’un grand homme, un être ultime, en somme, que nous pleurons de Dakar à Rome.
Tu étais l’esprit - désormais pris - du Palais. Celui pour qui tout luit ; car tu faisais chaque fois que tout allait, anomalie sublime dans la mêlée. Doué et même surdoué, tu jouais le rôle alors que tu étais le symbole, le sens de convergence des pôles car prenant tout sur tes épaules comme lors de cette fameuse visite du Pape Jean Paul (II)...
Mais, il était temps que tu savoures ta retraite même si, la République, ton enfant caché que tu n’as jamais lâché ni fâché, te doit une dette. Toi même tu sais, tu en avais fais assez : tu l’auras dressé, caressé et bercé en cachette dans les moments les plus improbables pour éviter que la machine ne prenne du sable. Comme chan- tait Stromae, tu étais formidable, fooooor-mi-dable...
Aujourd’hui, nous sommes tristes et pourtant il est sûr que tu marcheras en amour, sans crainte car adoptée par la Sainte, dans la vallée de l’ombre de la mort pour reposer entre les bras du Christ. Les anges chanteront d’en haut : ‘’Rest in peace notre fils’’ ; et, nous, d’en bas ‘’Adieu l’artiste’’ ; que ta mémoire résiste et nous assiste sur ces nouvelles pistes que nous emprunterons sans toi, le Spécialiste.

Cheikh Mbacké Guissé
Samedi 22 Septembre 2018
Dakaractu




1.Posté par guimzo le 22/09/2018 22:41
SUPERBE TEXTE ...BIEN INSPIRE BIEN ECRIT DANS UN FRANCAIS LIMPIDE ET LYRIQUE COMME ON AIMERAIT SOUVENT LIRE ..
BRAVO CMG..JAJEFF ...

2.Posté par sonia le 22/09/2018 22:45
Je ne cesserai de le dire : chaque fois que je l'ai tes éditos et hommages je suis submergé. Monsieur Guissé vous êtes un génie.

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