Grogne des acteurs culturels : « Les recrutements ont été faits par ordre de ‘‘Yaama Nèkh’’ et non par ordre de mérite ou d’ancienneté »


Ce sont des jeunes très en colère qui ont fait un tour au site d’information Dakaractu pour dénoncer la condition précaire dans laquelle ils ont été plongés depuis leur fin de formation à l’Ecole nationale des Arts (Ena). Ces animateurs culturels sortants de cet établissement public depuis 2016 pour certains et 2017 pour d’autres, sont très remontés contre la politique de marginalisation des jeunes talents, purs produits de cette école de renommée. Fustigeant avec la dernière énergie le recrutement scandaleux de cinq personnes sur une base autre que la méritocratie pour le compte de l’année 2019.

« On ne peut pas concevoir qu’un grand institut de renommée comme l’Ena qui forme des gens qui ont été sélectionnés sur la base d’un concours très rude, peine à caser un nombre qui ne fait même pas  dix », fulmine Seynabou Ba. Sortie de l’Ena en 2018, cette animatrice culturelle d’indiquer que « même si le recrutement n’est pas automatique, le ministère de la culture devrait au moins les mettre dans des conditions qui nous permettront de nous perfectionner. » 

Confortant les propos de sa collègue, Khady Thiam d’indiquer que tous les hommes qui ont hérité de ce département ministériel relèguent au second plan leurs préoccupations. « Seul Bousso Lèye nous avait donné la possibilité de passer des contrats pour exercer des activités en attendant que l’on soit recruté. Depuis son passage, les ministres qui se succèdent nous tiennent le même discours. Et récemment, l’actuel  ministre nous a reçus en audience, mais ce qu’il nous a dit ne nous rassure guère. Pire encore, il nous a suggéré d’écrire des projets sur l’agriculture et l’hôtellerie. C’est à la limite une insulte dans la mesure nous avons choisi le domaine culturel par passion d’abord, ensuite pour montrer notre savoir-faire et développer notre culture. Quand on lui a parlé de contrat, il y a opposé un niet catégorique prétextant que les centres culturels ont des problèmes», a-t-elle affirmé.

Revenant sur les dessous de ce recrutement, Seynabou Ba de marteler que le processus d’enrôlement de cinq jeunes issus de la promo 2017 est non conforme aux règles qui étaient de mise dans cette structure. « Au début, le recrutement se faisait par ordre d’ancienneté et suivant le mérite. Mais, on a constaté que cette année, les recrutements ont été faits par ordre de ‘‘Yaama Nèkh’’, peut-être parce que ceux qui sont recrutés ont des parents au sein du ministère. Normalement c’est la promotion de 2016 qui devait être recrutée parce qu’elle est prioritaire, mais ils ont pris la promo 2017 sur une base scandaleuse dans la mesure où même le major n’en fait pas partie. »

À en croire ces jeunes qui se sentent désormais marginalisés par leur tutelle, ce qui les irrite le plus, c’est que les agents du ministère de la culture peinent toujours à formuler des explications claires par rapport à cette affaire. « Ils nous ont dit que l’erreur provient de la fonction publique, mais nous retenons juste parce que le recrutement se fait sur la base d’un quota délivré au ministère de la culture. Maintenant, ils n’ont qu’à assumer qu’il y a une main invisible dans tout ça », déplore Khady Thiam.

« Au cours de la rencontre que nous avons eue, le ministre Abdoulaye Diop nous a clairement dit que l’État a d’autres priorités, ce qui revient à dire que nous ne sommes pas une priorité pour l’État », se désole-t-elle.

Dans ce lot de contestations, la troisième de la promo 2017 lâche ses mots : « le ministère de la culture ne forme que des animateurs culturels. Mais comme ils ne nous accompagnent pas dans nos projets culturels,  nous laissent au chômage, mieux vaut qu’ils arrêtent la formation ».  

À ce titre, elle interpelle le président de la République pour qu’il prenne en charge cette situation, parce que selon elle, trop c’est trop! « C’est de la marginalisation en fin de compte. Nous considérons que chacun a droit à un travail rémunéré ».

Entre autre actions, ces acteurs culturels envisagent de passer à la vitesse supérieure pour se faire entendre de la part des autorités compétentes et obtenir gain de cause. « Nous allons mener une grève de la faim et d’autres activités... »
Jeudi 10 Octobre 2019
Dakaractu



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