Grand-Yoff : le marché au porc « Bignona » menacé de disparition par un projet foncier … 300 emplois en danger


Dans la commune de Grand-Yoff, la question du foncier refait surface et alimente une vive polémique. Au cœur du débat figure le marché au porc « Bignona », situé dans la zone de captage, aujourd’hui menacé de disparition en raison de projets d’attributions foncières contestées.
 
Quartier populaire de Dakar, Grand-Yoff attire autant qu’il dérange. Sa population ne cesse de croître et l’activité économique y est particulièrement dynamique, notamment avec la présence de nombreux bars, du marché hebdomadaire de Liberté 6 et du célèbre marché au porc de « Bignona », baptisé ainsi en référence à la ville de Bignona en Casamance.
 
Selon L’Observateur , depuis quelques jours, plusieurs litiges fonciers menacent l’équilibre du quartier. Des attributions anciennes, effectuées sans mutation officielle selon certains acteurs locaux, ressurgissent et fragilisent de nombreuses familles. À Khar Yallah, par exemple, 22 familles risquent l’expulsion après qu’un tiers a présenté un titre de propriété établi au nom de son défunt père. Une superficie de 88 m² serait même revendiquée dans l’emprise du service de l’état civil de la mairie.
 
D’autres habitations sont également concernées. Entre Liberté 6 et Scatt Urban, 19 maisons seraient menacées de démolition. Mais la situation la plus préoccupante concerne le marché au porc de Grand-Yoff. Sur une superficie d’environ 1 000 m² dans la zone de captage, ce site historique pourrait disparaître, notamment en raison d’un projet de construction d’une église protestante sur près de 500 m².
 
Une telle décision aurait des conséquences sociales importantes. Environ 300 personnes, entre vendeurs, bouchers et autres travailleurs liés à l’activité du marché, risqueraient de perdre leur emploi. Implanté sur le site depuis 1989, ce marché est considéré comme le seul marché spécialisé dans la vente de viande de porc au Sénégal et constitue un maillon important de l’approvisionnement pour les consommateurs.
 
Face à cette situation, la mairie de Grand-Yoff ne compte pas rester passive. Selon le secrétaire municipal El Hadji Oumar Guèye, une marche de protestation est prévue mercredi au rond-point du marché « Bignona ».
 
« Nous allons contester parce que nous considérons que les baux brandis sont illégaux. La procédure donne la possibilité d’attaquer un droit obtenu de manière illégale », a-t-il déclaré.
 
De leur côté, les travailleurs du marché refusent également de céder. Réunis en conclave, ils appellent l’État à intervenir rapidement pour préserver leurs activités.
 
« Nous sommes des mères et des pères de famille. Nous travaillons à la sueur de notre front pour nourrir nos familles. Pourquoi voudrait-on nous faire déguerpir et nous priver de notre travail ? », s’est interrogée Anne Marie, l’une des vendeuses du marché.
 
Selon elle, la disparition du marché « Bignona » pourrait avoir de lourdes conséquences sociales et économiques pour de nombreuses familles. Les commerçants soulignent aussi la particularité de leur activité dans un pays majoritairement musulman, qui nécessite un espace spécifique pour être exercée dans la tranquillité.
 
En attendant une solution, la commune de Grand-Yoff appelle les autorités à suspendre toute procédure d’attribution ou de cession concernant les équipements publics et les zones d’habitation établies, conformément aux principes de la décentralisation et au Code général des collectivités territoriales.
 
« Grand-Yoff n’est pas une terre sans maître. C’est une commune bâtie par l’effort collectif de ses habitants », a rappelé le secrétaire municipal.
Mardi 10 Mars 2026
Dakaractu