La décision, brandie par Malick Gackou, d’acter la dissolution du Grand Parti au lendemain de son ralliement à Pastef, ne fait manifestement pas consensus au sein de l’appareil qu’il a longtemps dirigé. Loin de s’incliner devant ce qu’ils considèrent comme un fait accompli, plusieurs cadres de la formation ont choisi la voie de la résistance frontale, opposant à leur ancien mentor une lecture radicalement différente des textes et des faits. À quelques encablures de la réunion des cadres, prévue le 5 septembre, c’est peu dire que le climat, au sein du Grand Parti, est à la fronde ouverte.
Loin de se limiter à des déclarations d’intention, la contestation portée par le coordonnateur des cadres, Pape Médoune Sow, a emprunté les canaux institutionnels. Une délégation de responsables s’est ainsi rendue au ministère de l’Intérieur, où elle a été reçue par le directeur des Libertés publiques, dans une démarche manifestement destinée à contrer, en amont, toute velléité de reconnaissance officielle de la dissolution annoncée. Il en ressort, selon les mots mêmes des intéressés, que les services du ministère « n’ont pas la prétention de trancher » dans l’immédiat, une réserve que les frondeurs s’empressent d’ériger en argument favorable à leur cause.
L’argument statutaire au cœur de la riposte
Sur le fond, c’est un argumentaire essentiellement juridique que déploient les responsables contestataires. Ils opposent à l’annonce de Malick Gackou une exigence procédurale incontournable : nulle dissolution ne saurait, selon les statuts du parti, être actée sans la tenue préalable d’un congrès. Or, à ce jour, aucune convocation en ce sens n’a été formalisée, et aucun document officiel n’a été porté à la connaissance des militants. Ce vide documentaire, les contestataires en font le socle de leur riposte, balayant les déclarations de leur ancien leader d’un définitif : « tout ce qu’il dit, c’est du vent ».
Plus fine encore est la manœuvre consistant à retourner contre Malick Gackou l’article 3 des statuts du parti, lequel dispose que tout militant ayant rejoint une autre formation politique est réputé démissionnaire d’office. En brandissant cette disposition, les cadres contestataires opèrent un renversement de perspective : ce n’est plus le parti qui disparaît avec le départ de son fondateur, mais bien ce dernier qui, de son propre fait, se trouve exclu de la formation qu’il prétendait dissoudre.
Une légitimité disputée sur le terrain organisationnel
Il n’y a pas que l’aspect juridique. Pour les réfractaires face à Malick Gackou qui a d’ailleurs fait une sortie médiatique, c’est également sur le terrain de la légitimité organisationnelle que se joue cette bataille d’influence. En revendiquant l’existence de 54 responsables départementaux, ainsi que la persistance d’autres structures internes, les cadres frondeurs cherchent à démontrer que l’architecture du parti a résisté au départ de son leader historique et que la base militante, loin de suivre Malick Gackou dans sa nouvelle allégeance, demeure fidèle à l’ancrage territorial du Grand Parti.
Cette fronde interne, aussi structurée soit-elle sur le plan des textes, laisse néanmoins en suspens une interrogation de fond, à laquelle aucun statut ne saurait apporter de réponse définitive : celle de la capacité réelle du Grand Parti à exister politiquement, une fois privé de la figure qui en a longtemps porté le projet et la visibilité. La réunion des cadres du 5 septembre s’annonce, à cet égard, comme un test grandeur nature pour les responsables contestataires, appelés à transformer leur opposition déclarative en dynamique politique tangible, sous peine de voir leur résistance statutaire se heurter, tôt ou tard, aux réalités du rapport de force.