Gestion des pandémies et épidémies en Afrique : l’appel du socio anthropologue El Hadji Mamadou Mbaye pour « une réflexion beaucoup plus approfondie sur les enjeux de genre »


Gestion des pandémies et épidémies en Afrique : l’appel du socio anthropologue El Hadji Mamadou Mbaye pour « une réflexion beaucoup plus approfondie sur les enjeux de genre »
Les rideaux sont finalement tombés ce jeudi 25 mars 2021 après 4 jours d’échanges qui ont eu pour cadre le 2ème congrès scientifique de Bca[1]Wa-Ehics: harmonisation de l'intégration du genre en Afrique de l'Ouest. Avec une pléthore de personnalités du monde de la recherche comme parties prenantes, plusieurs sujets ont été présentés. Chargé de faire sa présentation sur la question relative au « Genre et urgences sanitaires : le cas de la lutte contre l'Ebola en Rdc », le Dr El Hadji Mamadou Mbaye socio anthropologue a prononcé le mot de clôture de cette rencontre virtuelle en tant que co-coordinateur de ce Projet Bca-Wa-Ethics.
Avec plus d’un an sur le terrain, dans le Nord Kivu où le risque était très élevé, dans la cadre de la Communication des risques et engagement communautaire (Crec), il a présenté une liste de recommandations. Des conclusions tirées de ses expériences sur le terrain, il est relevé la vulnérabilité des femmes face aux pandémies et épidémies qui frappent l’Afrique. « Elles sont les premières victimes des épidémies de maladies émergentes et ré-émergentes. Cette vulnérabilité est généralement liée à leur rôle social », a dit le socio anthropologue qui regrette, cependant, en raison de la manière dont les réponses contre les épidémies sont pensées, implémentées, que cette réponse soit souvent ignorée en raison de l’indicible et de l’impensé que constitue la gestion du genre. D’où son plaidoyer pour un changement. « Il faut, à ce titre changer de paradigme dans le champ de la recherche sanitaire »
Le Dr El Hadji Mamadou Mbaye a relevé à ce titre « le besoin de promouvoir la recherche sur le genre durant les épidémies, non pas seulement pour des raisons de production de connaissances mais aussi en raison des enjeux d’éthique qu’elles posent ; renforcer la formation des équipes de la riposte sur les concepts de genre durant les urgences, renforcer les compétences des chercheurs sur la question du genre, continuer la formation des comités d’éthiques sur la prise en compte du genre dans les recherches et les interventions en santé. La réponse aux problématiques de genre ne se limite pas seulement à une réponse policière où on dit qu’on va sanctionner les abus sexuels.  Mais il est important d’avoir une réflexion beaucoup plus approfondie sur ces déterminants et les enjeux de genre dans les sociétés qui sont affectées notamment dans celles du continent africain ».
Il faut cependant rappeler que dans son introduction, le Dr Mbaye, actuellement en service à l’Institut de recherche en santé de surveillance épidémiologique et de formation a fait état de ce qu’a mis en exergue la gestion des urgences (Ebola en Afrique de l’ouest et au Congo et de la pandémie de la Covid-19). « Elle a révélé d’une part, les inégalités de sexe et de genre face au risque infectieux ; des difficultés d’accès aux soins des femmes ; les vulnérabilités, la fragilité des femmes durant et face aux crises sanitaires et sociales (Ebola en Afrique de l’Ouest) ; hausse effroyable des violences envers les femmes pendant la Covid-19 (1/5 des femmes a subi des violences au cours de l’année écoulée (2020). Et d’autre part : Les enjeux éthiques posés par la place, le rôle, la situation des femmes durant les épidémies ; la nécessité de repenser les interventions durant les épidémies ; la nécessité de produire de la connaissance sur les formes de vulnérabilités et d’inégalités basées sur le genre ; une connaissance adaptée aux réalités de nos sociétés africaines ; d’user de ces connaissances pour changer les politiques publiques de gestions des urgences sanitaires mais aussi envers ces catégories de populations défavorisées ».
 
 
 
Une situation qui l’a poussé à vouloir poser le débat en se demandant : « Est ce que les urgences sanitaires constituent des « fenêtres d’opportunités » pour mieux penser, discuter et échanger sur les questions éthiques, de genre, de recherche et d’intervention en santé ? »
Vendredi 26 Mars 2021
Dakaractu




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