Gestion de l’impact de la COVID19 sur l'économie et ses secteurs clés : Quelle place pour le secteur informel et les PMEs/PMIs dans la "relance économique » de l'après COVID19 ? (Par Dr Thierno Thioune)


« Lutter sur deux fronts, celui de la santé et celui de l’économie », semble être l’exercice difficile sur lequel est envisagé l’ère après COVID19. En tout cas, le Président de la République Macky Sall, dans son dernier discours du lundi 30 juin a clairement montrer que le défi qu’il nous faut désormais relever, c’est celui-là de « lutter pour préserver nos vies et notre santé, et reprendre toutes nos activités productives pour remettre pleinement notre économie en marche. Seulement, savons-nous tout bonnement sur quoi reposevéritablement une économie de marché pour un pays comme le nôtre ? il est vrai que « de la même manière que nous ne pouvons pas laisser au virus nos vies et notre santé, nous ne pouvons, non plus, lui laisser la vie et la santé de notre économie ». 

 

Dès lors, toutes les mesures prises par le gouvernement pour la gestion de l'impact de cette pandémie sur l'économie et ses secteurs clés (I) méritent une attention particulière. La vie et la santé de notre économie trouverait l’oxygène nécessaire dans un vaste et inédit plan de « relance économique » ou de « Reprise »après COVID19 fondé sur les réelles caractéristiques de notre tissu économique notamment le  secteur informel et les PMEs/PMIs (II). Il va falloir alors penser de nouvelles priorités dans la nouvelle PSE2 ou PSE post COVID19 (III)

 

 I. Analyse des mesures prises par le gouvernement pour la gestion de l'impact de cette pandémie sur l'économie et ses secteurs clés.

 

Il faut dire qu’il est aujourd’hui évident, après 4 mois de crise, que tous les secteurs de l’économie ont été touchés. Aucun secteur clé n’a été épargné ; cela va du tourisme au commerce. Ce qui a provoqué sans nul doute une baisse significative du chiffre d’affaire des entreprises avec des conséquences sur les emplois et la demande en biens et services des fournisseurs. Dés lors des mesures fortes s’imposaient pour le Gouvernement du Sénégal, après que tous les pays soient repliés sur eux.

 

Le ministre de l'Économie, du Plan et de la Coopération internationale, Amadou Hott, dans sa conférence de presse du 19 mars 2020avait annoncétrois principales mesures. Premièrement, le ministre a confirmé après l’annonce du président de la république de la mise en place immédiatement d’un fonds initial d’une enveloppe de 1,4 milliards de Fcfa. 

 

Deuxièmement, le ministre a annoncé la mise en place d’un Fond de Riposte et de Solidarité de 1000 milliards contre les effets du Covid19 pour soutenir les entreprises, les ménages et la diaspora mais également pour soutenir les secteurs affectés notamment le tourisme, le transport aérien, les chaînes d’approvisionnements du commerce formel et informel et de l’industrie dans le sens de préserver les emplois et d’atténuer les répercussions sociales de la crise. 

 

Troisièmement, la mise en place d’une commission de croissance et de veille économique Covid-19 pour anticiper sur les répercussions économiques pour avoir un dispositif de suivi afin de prendre les décisions idoines.

Dans la foulée, l’État d’urgence, décrété sur tout l’étendu du territoire national vient d’être levé ; des cas contacts confinés dans les réceptifs hôteliers ; le Couvre-feu établi puis réajusté récemment et ensuite levé, les transports régionaux interdits puis autorisés aujourd’hui ; tout cela malgré l'accroissement du nombre de cas contaminés et de cas communautaires, les frontières aériennes réouvertes et celles terrestres et maritimes maintenues fermées jusqu’à nouvel ordre.

Même si l’on peut saluer les 302 milliards retenus pour le paiement des fournisseurs de l’Etat et la remise partielle de la dette fiscale due par les entreprises et les particuliers pour un montant global de 200 milliards, nous ne pouvons qu’être dubitatif quant à la pertinence des 64 milliards destinésà l’achat de vivres à l’aide alimentaire d’urgence avec son lot de manquement en matière de respect de marché public. Un simple transfert monétaire semblait être beaucoup plus efficace.

 

En réalité, il ne s’agissait pas d’empiler les mesures mais de s’assurer de leur pertinence et de leur efficience.

 

II. Place du secteur informel et des PME/PMI dans la « reprise" ou la "relance économique » de l'après COVID19.

 

L’après COVID-19 doit être appréhendée avec beaucoup de sérieux et d’attention. Heureusement que le Président de la république, dans son discours d’hier a prêté oreille aux différentes alertes. En réalité, après la crise, l’Etat va inévitablement faire face à ses dettes mais également a la responsabilité d’examiner ex-ante à la relance économique. 

 

Nous savons tous que la crise va entraîner une nouvelle détérioration des finances publiquesdans la mesure où la faiblesse de l’activité a fini par déprimer les recettes fiscales déjà éprouvées. C’est dans un tel contexte que le gouvernement devra véritablement concevoirune vraie relance économique ; un plan budgétaire de relance pour stimuler l’activité économique. De ce point de vue, il est tout à fait justifié de penser à l’adoption d’un vaste plandans un contexte où la situation des finances publiques est fragile amenant les investisseurs à revoir leurs estimations du risque et à exiger de plus hauts taux d’intérêt. 

 

Cet éventuel accroissement des coûts d’emprunt qui en résulterait probablement pourrait entraînerinéluctablement un effet d’éviction dans la mesure où les entreprises (PMEs/PMIs pour la plupart) mais également les ménagesont plus de difficultés à financer leurs dépenses d’investissement. Après la COVID19, les ménages s’attendent à ce que le gouvernement procède à un ajustement budgétaire (dans le sens de la rationalisation des choix budgétaires), si bien qu’ils anticipent par la même une hausse future des impôts en réduisant leur consommation ou tout du moins en épargnant le supplément de revenu qu’ils obtiendront de la mise en œuvre du plan de relance. 

 

Pour que cette relance budgétaire soit efficace, l’Etat du Sénégal doit améliorer sa situation budgétaire en période de reprise attendue dans un proche avenir, notamment en resserrant sa politique budgétaire. De plus, pour effectivement accélérer la reprise économique,le gouvernement du Sénégal devra assouplir sa politique budgétaire s’il désire véritablement réduire le fardeau de son endettement par la restructuration de sa dette notamment.

 

Dans cette situation d’incertitude globale, si rien n’est fait l’on pourrait s’attendre à une hausse brutale des prix(riz, huile, carburant, transport,...) et une hausse des impôts éventuellement. Ce qui risquerait d’être pour les sénégalais plus intenable que la crise.

 Parmi les leviers sur lesquels on peut s’appuyer pour relancer les PMEs/PMIs et le secteur informel (80% des emplois, 40% de contribution au PIB, 3% de contributions aux recettes fiscales) se trouve au premier plan la facilité d’accès au financement et la réduction de leur difficulté face à la lenteur des procédures. 

 

Compte tenu de leurs caractéristiques peu ou non structurées, sous-capitalisées et endettées, les PMEs/PMIs, et dans un sens plus large le secteur informel, ont besoin d’une plus grande accessibilité à l'information financière et administrativemais également à un plus large accompagnement en matière de formation des ressources humaines.    

 

III. Nouvelles priorités dans la nouvelle PSE 2 ou PSE post COVID 19.

 

De nouvelles priorités se dessinent, en tout cas au moins pour ce que la COVID19 a révélé clairement la désarticulation poussée de nos systèmes économiques. J’ai eu à le dire, il faut savoir que cette crise a aussi des opportunités. 

 

Et dans ce sens, une réponse sérieuseest à apporter dans la conception dela nouvelle PSE2 ou PSE post-COVID19. Les articulations et les outils se trouvent bien entendu dans la réorientation des objectifs retenus dans le plan d’action prioritaire PAP2 retenu jusqu’ici sans intégration de la crise sanitaire. En effet, pour véritablement gagner le pari de la transformation structurelle et de la croissance économique forteaxé sur une économie compétitive, inclusive et résiliente, il me semble important de faire précéder l’atteinte des 6 objectifs stratégiques du PSE2 avant COVID19 par un grand programme de redynamisation de notre système de santé que la COVID19 a fini d’en être le grand révélateur de sa fragilité.

 

 

Dr Thierno Thioune
Maître de Conférences Titulaire en Economie à l’UCAD
Directeur des Etudes du CREFDES

Membre du comité scientifique du LARED

Mercredi 1 Juillet 2020
Dakaractu



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