Gambie : Human Rights Watch plaide pour l’ouverture d’une enquête pénale après des révélations sur les crimes présumés de l’ex-président Yahya Jammeh.


« Les témoignages devant une commission de vérité gambienne sur l’implication de l’ancien président Yahya Jammeh dans de nombreux crimes graves perpétrés au cours de ses 22 années au pouvoir devraient être suivis d’une enquête pénale », a déclaré, ce 24 mai, dans un communiqué lu par Dakaractu, Human Rights Watch, parallèlement à la diffusion d’une vidéo intitulée « Vérité et justice en Gambie ».

« Les conclusions des auditions publiques de la Commission vérité, réconciliation et réparations de la Gambie (TRRC) entamées depuis janvier 2019 sont attendues le 27 mai prochain » a renseigné le document.

Selon l’organisation internationale de défense des droits humains, « les victimes et d’anciens responsables gouvernementaux ayant témoigné lors des audiences, ont accusé l’ancien président de la Gambie Yaya Jammeh de meurtres et de tortures d’opposants politiques, du massacre d’environ 59 migrants ouest-africains et de « chasses aux sorcières » au cours desquelles des centaines de personnes ont été placées en détention arbitraire, entre autres crimes. Selon toujours les témoins, Jammeh a violé et agressé sexuellement des femmes qui lui avaient été présentées et dirigé personnellement un programme médical trompeur dans le cadre duquel des Gambiens séropositifs ont dû renoncer à leur traitement contre le VIH pour être soignés par Jammeh lui-même ».

« Des témoins directs ont impliqué Yahya Jammeh dans des meurtres, des actes de torture, des viols et d’autres crimes terribles », a indiqué Reed Brody, conseiller juridique senior auprès de Human Rights Watch. « Il appartient maintenant au gouvernement gambien de veiller à ce que Jammeh et ses complices soient tenus responsables de leurs actes. La vérité est importante, mais il faut aussi rendre justice. », a expliqué celui qu’on surnomme le chasseur de président et qui travaille avec les victimes de l’ancien chef d’État gambien.

Plus de 370 témoins ont été entendus depuis le lancement des auditions publiques, dont d’anciens membres du gouvernement tels que des ministres et des chefs de la police et du renseignement, outre de nombreuses victimes. D’anciens membres des « Junglers », l’escadron de la mort d’élite à la solde de Jammeh, ont accusé l’ancien président d’une série de crimes qu’ils affirment avoir commis sur ses ordres. Le communiqué de Human Right Watch cite entre autres, le meurtre en 2004 d’un rédacteur-en-chef, Deyda Hydara avoisinant une récompense financière personnelle de $1 250  de la part de Jammeh à l’endroit du chef des Junglers, Tumbul Tamba et à chacun de ses hommes, a déclaré devant la commission d’enquête le lieutenant Malick Jatta.

Human Rights Watch a également rappelé les meurtres en 2013 d’Alhajie Ceesay et Ebou Jobe, deux hommes d’affaires américano-gambiens dont les corps ont été décapités et mutilés. Selon les sergents Omar Jallow et Amadou Badjie, Jammeh a ordonné « qu’ils soient coupés en morceaux ». Il en est de même pour l’assassinat en 2005 d’environ 59 migrants ouest-africains, dont environ 44 Ghanéens et trois Sénégalais.

Selon Jallow, le lieutenant-colonel Solo Bojang, chef présumé de l’opération, a déclaré à ses hommes que « l’ordre de Jammeh est qu’ils doivent tous être exécutés ». Plusieurs victimes ont été exécutées en Casamance au Sénégal, à proximité de Kanilai, le village natal de Jammeh en Gambie. Leur corps ont ensuite été jetés dans un puits. Des témoins, y compris d’anciens ministres, ont décrit une vaste opération de dissimulation du massacre pour empêcher les enquêteurs internationaux de découvrir la vérité. Les témoignages ont corroboré un rapport publié en mai 2018 par Human Rights Watch et TRIAL International. Quatre anciens hauts fonctionnaires – Sanna Sabally, premier vice-président de la junte militaire de Jammeh de 1994 à 1996 ; Edward Singhateh, ancien vice-président de la junte et ministre de la Défense ; Demba Njie, ancien chef d’état-major de l’armée ; et Alagie Martin, l’ancien commandant du bataillon des gardes d’État ont eux aussi déclaré que Jammeh avait ordonné l’exécution des responsables présumés d’une tentative de coup d’État en novembre 1994.

La TRRC a également entendu le témoignage de Fatou « Toufah » Jallow, lauréate en 2014 du principal concours de beauté parrainé par l’État, qui a accusé Jammeh de l’avoir violée à l’âge de 19 ans. Et une femme, témoin, placée sous protection a déclaré que l’ancien chef d’Etat l’avait engagée comme « fille du protocole », pour qu’elle travaille dans ses bureaux, lui faisant miroiter une bourse. Quand elle a refusé ses avances sexuelles, Jammeh l’a renvoyée et est revenu sur sa promesse. Avec l’ancien chef du protocole de Jammeh et d’autres, ces personnes ont fourni des preuves supplémentaires d’un système, décrit dans un rapport de juin 2019 de Human Rights Watch et TRIAL International, au sein duquel des assistants faisaient régulièrement pression sur des femmes pour qu’elles rendent visite à Jammeh ou travaillent pour lui, qui s’est ensuite livré à des abus sexuels sur plusieurs d’entre elles.

Les auditions de la Commission ont mis en évidence la nécessité d’ouvrir une enquête pénale sur les agissements de Jammeh, qui s’est exilé en Guinée équatoriale en janvier 2017.

Des témoignages ont également révélé des cas de torture perpétrés par l’Agence nationale de renseignement (NIA) ainsi que par des gardiens de prison et des Junglers. HRW a renseigné que trois (3) complices présumés de Jammeh ont déjà été arrêtés et font, actuellement, l’objet d’un procès à l’étranger en vertu du principe juridique de compétence universelle, dont deux (2) anciens Junglers, Michael Sang Correa, aux États-Unis et Bai L, en Allemagne, ainsi que l’ancien ministre de l’Intérieur de la Gambie, Ousman Sonko, en Suisse.
Lundi 24 Mai 2021
Dakaractu



Nouveau commentaire :
Twitter



Dans la même rubrique :