GAMBIE ET PRÉSIDENTIELLE / Barrow entre son « Wax waxett », sa proximité avec Condé, ses yeux doux à Jammeh et ce risque de chaos qu’il fait courir aux populations…

Le président Adama Barrow, au moment de son élection, avait soutenu mordicus qu’il ferait juste un mandat de transition de trois ans. Ce que la communauté internationale avait loué à sa juste valeur. Un engagement qui lui avait permis dans une bonne mesure, de gagner face à son challenger, Yayah Jammeh en 2016.
Mais aujourd’hui, la donne a changé et le voilà qui se prépare la présidentielle de décembre prochain, dans une ambiance de plus en plus chargée.


Premier revers « Barrowien »

 

Malheureusement, le locataire de la « White House », en décembre 2019, a fait du « wax waxet » et s’est accroché au pouvoir malgré les rappels de la classe politique gambienne. Au lendemain de son élection, le président annoncé « intérimaire », a coupé le ruban qui le liait avec son ancien parti. Premier acte, il a remercié l’opposant historique du président déchu Yaya Jammeh, le vice-président Ousseinou Darboe, secrétaire général de la formation du Parti démocratique unifié (UDP). Il crée sa formation politique qu’il a officialisée en novembre 2020. Barrow quitte officiellement l’UDP qui l’a porté au pouvoir pour créer sa propre formation politique, le Parti national du peuple (NPP). Ainsi, au-delà du président de l’UDP, l’avocat Usainu Darboe, il s’est débarrassé de Mamma Kandeh du Gambia Democratic Congress (GDC), et de Fatoumata Jallow Tambajang qui ont quitté le navire. Si Adama Barrow se présente le 04 décembre 2021, il aura sans doute en face de lui, le candidat déclaré de l’UDP, Ousseinou Darboe, son ex vice-président.

 

Visite d’affaires chez Alpha Condé, « l’ennemi » de Macky Sall.

 

Au début du mois de juin, le président gambien s’est rendu à Conakry pour rencontrer Alpha Condé. Une visite qui n’a pas plu au locataire du palais présidentiel de Dakar. Car, cette rencontre coïncide avec une période de tension froide entre Dakar et Conakry, causée par la fermeture de la frontière du côté de la Guinée. Sur place et pour justifier sa visite, Adama Barrow dira : « je suis très heureux d’être en République de Guinée. C’est ma toute première visite. 

 

Le but de mon voyage, c’est de rencontrer mon homologue et grand-frère pour discuter des questions d’intérêts communs pour nos deux États. Nous aurons des discussions qui seront bénéfiques pour toute la sous-région de la CEDEAO, comme mon grand-frère est un président expérimenté. Pour ma part, je suis un jeune président, je viens pour apprendre auprès de lui. Ce n’est un secret pour personne qu’au niveau des chefs d’État, le président Alpha Condé est une personne qui a un savoir et qui est très expérimenté. L’expérience ne s’achète pas, vous devez l’avoir, c’est pourquoi je suis là pour apprendre auprès du Président Alpha Condé... » 

 

Une visite stratégique

 

Une visite programmée à moins de cinq mois des joutes électorales. Les observateurs gambiens analysent que Barrow voulait appliquer la stratégie mise en place par Condé pour « s’imposer » et « réussir » à faire accepter les gambiens et la communauté internationale sa candidature pour décembre 2021.

 

Bien avant cette visite présidentielle, c’est le ministre gambien des Affaires Étrangères qui a profité du sommet France-Afrique tenu au Mali en mai,  qui indiquait : « Le président Alpha Condé a joué un grand rôle pour éviter un bain de sang en Gambie. « En tant que jeune président, je veux profiter de l’expérience politique du président Condé. » Une visite qui aurait comme soubassement, de demander à Condé de jouer la médiation avec Jammeh pour une coalition entre les deux partis.

 

Coalition Barrow-Jammeh, l’équation à mille inconnues

 

Par contre, la démarche qui a fait grincer des dents à Banjul, c’est son supposé rapprochement du parti de Yaya Jammeh. Une alliance que beaucoup considère comme contre nature. Les médias gambiens ont même fait état de tentatives de main tendue de Barrow au parti de son bourreau, l’Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC). Nos confrères gambiens soutiennent que la condition sine qua non mise sur la table, serait la restitution de biens à Yaya Jammeh. Ce qui aurait permis au parti de recevoir une vingtaine de véhicules et une grosse somme déjà actée. Des infos qui ne sont pas encore démenties par le camp adverse. 

 

Qui plus est, Ousman Rambo Jatta, premier chef adjoint du Parti de l’Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC), en rajoute une couche : « je précise à tous les Gambiens et non-Gambiens dans le pays et à l’étranger que l’allégation indiquant que l’ancien président Yahya Jammeh n’est pas d’accord avec les pourparlers en cours sur une éventuelle coalition APRC-NPP pour l’élection présidentielle de décembre 2021 est complètement fausse. L’ancien président Yahya Jammeh n’a jamais parlé à personne ni donné de directive à qui que ce soit pour dissuader les membres du parti APRC de former une coalition avec un parti ou avec le Parti national du peuple », tient-il à préciser. 

 

À moins de six mois du scrutin présidentiel en Gambie qui aura lieu du 4 décembre 2021, des tensions de plus en plus fortes commencent à émerger à Banjul et de gros bouleversements en vue...

Dimanche 25 Juillet 2021
Dakaractu



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