Fraude au Bac : « Nous ne soutiendrons aucun professeur s'il est pris en flagrant délit de fraude ou de tricherie avec les élèves » (Saourou Sène, SG du SAEMSS)

Le baccalauréat, appelé plus simplement « Bac » est un diplôme important du système éducatif sénégalais. Sa principale particularité est qu’il sanctionne la fin des études secondaires (le lycée) et qu’il ouvre, par son obtention, l’accès aux différentes filières de l’enseignement supérieur. Aujourd’hui « avoir son Bac » est comme un rituel, synonyme de passage dans le monde adulte. Ce qui pousse certains élèves qui aiment la facilité à s'adonner à la fraude des épreuves. Certains « professeurs » les rejoignent dans leur démarche diabolique en étant leurs complices.


Saourou Sène, SG du syndicat autonome des enseignants du moyen et du secondaire du Sénégal (SAEMSS), s'indigne de cette pratique des fraudeurs. « Je crois que cela n'honore aucun professeur d'aider un élève à tricher ou à frauder. » Selon le syndicaliste du SAEMSS, ce genre de situation est exceptionnel et cela arrive dans tous les domaines. Et dans tous les corps de métier il y a toujours des brebis galeuses. Pour nous tous, acteurs de l'éducation, la fraude ou la tricherie est totalement bannie. Et ceux qui essaient de s'adonner à cette forme de soutien aux élèves, doivent se convaincre que cela n'est pas possible, ni acceptable dans un secteur aussi important que celui de l'éducation... »

« Un processus des examens plus sécurisé » 

« Je crois que tous les acteurs doivent travailler à ce que le processus des examens soit davantage encadré et sécurisé pour qu'il n’y ait pas de triche ou de fraude parce que le diplôme académique se mérite et l’école est la seule institution habilitée à délivrer ce diplôme à l'élève qui le mérite », soutient toujours Saourou Sène qui poursuit : « le syndicat autonome des enseignants du moyen et du secondaire en tant qu'organisation syndicale de l'enseignement, s'élève vigoureusement contre ces fraudes et ces tricheries. »

Il affirme aussi qu'ils ne soutiendront aucun professeur s'il est pris en flagrant délit de fraude ou de tricherie avec les élèves.

« Ces fraudeurs considérés comme voleurs »

« Dans la situation d'aujourd'hui comme dans le passé, il y a des élèves qui malheureusement veulent obtenir leur diplôme avec beaucoup plus de facilité. Et c'est du vol. Dans les sociétés, il y a des voleurs qui attendent la nuit pour aller voler les biens d'autrui et s'enrichir. C'est la même chose que font ces élèves et leurs complices. Des élèves qui n'ont pas la maîtrise de leurs cours, des enseignements à apprentissage reçus, qui même très souvent fuient les cours sont ceux qui en fin d'année, essaient de trouver par tous les moyens la possibilité d'avoir le diplôme. Et c'est ça qui pousse à vouloir frauder.  Maintenant ce serait très grave s'ils sont assistés d'enseignants qui ont la vocation d'éduquer un savoir vivre, un savoir être... »

« Les réseaux sociaux, un moyen sûr pour les fraudeurs »

M Sène note que c'est aussi un problème de réseaux sociaux.  « Vous savez avec l’internet, WhatsApp, Facebook, l'information circule à la seconde et avec l'usage de ces réseaux sociaux, on peut très facilement avoir les informations dont on a besoin, même si c'est des informations en période d'examen qui ne sont pas tout à fait acceptées au point de vue du code de transmission. Je ne crois pas qu'on attendra le jour de l'examen pour pouvoir avoir toutes les informations liées à une matière. Il faudrait durant la période des examens davantage travailler à ce que cela ne puisse pas être utilisé par les élèves fraudeurs. »

Au-delà des sanctions prévues par l'office du Bac, des sanctions juridiques doivent être prévues pour éradiquer ce fléau.

À en croire le porte-parole de l'association des professeurs de philosophie, Songué Diouf, seule une sanction juridique peut éradiquer cette pratique. « La sanction doit être juridique, nous sommes en République et on a des institutions, en l’occurrence l’institution judiciaire. Il faut une sanction juridique appropriée pour que les gens réfléchissent plusieurs fois avant de passer à l'acte. »

Pour le cas du faux professeur de philosophie "Diazz", cerveau de la tentative de tricherie à Pékesse, c'est un multirécidiviste. « Les habitants de Guédiawaye, là où il habite, se posent la question de savoir comment il peut sortir des liens de la détention et puis se pavaner et reprendre son commerce obscur et macabre. Il faut extirper cette mauvaise graine du système éducatif sénégalais. Les mesures à prendre c'est décourager et décourager, c'est sanctionner mais dans les dispositions les plus fortes et les plus sévères », poursuit le professeur de philosophie.

« Renforcer la surveillance au niveau des centres » 

 Le syndicaliste Saourou Sène affirme aussi que les surveillants sont des acteurs de l'éducation, ce sont des enseignants de l'élémentaire. « Nous avons en principe 2 surveillants par classe. Je crois qu'il va falloir davantage être plus alerte de la part de la surveillance. Il faut se rendre plus disponible, surveiller entre les rangées, regarder ce que font les élèves pour éviter que cette tricherie passe. En ce qui concerne le nombre de surveillants il y en a suffisamment au niveau des centres d'examens. Sauf que maintenant les formes de tricherie que je vois me sidèrent. Même avec les masques les élèves y écrivent des choses. Il y a toute forme de tricherie qui mériterait quand même plus d'attention de la part de ceux qui surveillent de façon globale. »

En ce qui concerne les fuites, les épreuves doivent être sécurisées et la transmission doit être encadrée. Arrivé aussi au niveau des centres d'examen, le président du jury ou du centre doit prendre toutes les dispositions pour que ces épreuves soient davantage sécurisées. « Maintenant vous savez qu'on dit très souvent « à malin, malin et demi ». Ils trouvent toujours la possibilité de chercher à avoir les sujets avant les épreuves. Donc, c'est un vol organisé que l'administration doit davantage surveiller pour que cette sécurité soit au maximum. De toute façon, je sais que quelles que soient les dispositions prises, il y a toujours quelques failles. L'œuvre humaine n'étant pas parfaite, tout le monde doit travailler davantage pour qu'il n’y ait pas de fuite. Et à chaque fois qu'il y a fuite, les responsabilités doivent être situées et il faut sanctionner très sévèrement ceux qui sont à l'origine de ces fuites »,  a conclu le syndicaliste. 

Dans tous les cas, tous les acteurs du système éducatif condamnent fermement cette pratique et espèrent que des mesures adéquates seront prises pour que ce genre de situation ne se répète plus à l'avenir.
Mardi 3 Août 2021
Dakaractu



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