Dans une période qui n’en manque pas, le congrès du Rassemblement national à Orléans suscite une tension particulière, relève notre envoyé spécial à Orléans Raphaël Delvolve. Il doit notamment lancer la campagne présidentielle de Marine Le Pen. Les autorités redoutent un afflux de manifestants à une heure de train de Paris, et une partie des opposants pourrait venir de « l’ultragauche », selon les renseignements.
Le maire divers droite d’Orléans, Serge Grouard, refuse que sa ville connaisse les mêmes violences que Paris, Marseille ou Lyon. Jeudi matin, il a annoncé des mesures exceptionnelles, rapporte Marie Casadebaig, également envoyée spéciale à Orléans, incluant l'arrêt de la circulation des trams et le retrait de tous les vélos en libre-service, qui ont pu servir de projectiles ailleurs.
Le ministre de l'Intérieur attendu à Orléans
Le préfet du Loiret, Hugues Moutouh, a donné le ton : « À ceux qui viendraient à Orléans avec l’intention de commettre des violences, les forces de sécurité seront en nombre et bien équipées pour assurer l’ordre. » Près de 3 000 membres des forces de l’ordre seront déployés autour de deux périmètres de sécurité, l’un en centre-ville, l’autre aux alentours du palais des congrès. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a aussi renforcé la juridiction d’Orléans, notamment le parquet, « pour faire face à d’éventuelles interpellations ».
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez devrait s'y rendre vendredi après-midi, à la demande du Premier ministre Sébastien Lecornu, qui lui a demandé d'aller « inspecter le dispositif de sécurité », selon Matignon. Laurent Nuñez doit se rendre au commissariat d'Orléans et rencontrer la police municipale, a précisé la préfecture à l'AFP.
Des manifestations nationales contre la vie chère, réunissant plus de 550 000 personnes le samedi 17 octobre, ont dégénéré en violences et pillages dans plusieurs villes, notamment Paris et Marseille. Cette nouvelle crise intervient six mois avant la présidentielle pour laquelle la candidate d'extrême droite Marine Le Pen est donnée comme favorite par les sondages.
Entre 20 000 et 30 000 opposants attendus
Samedi, entre 20 000 et 30 000 opposants au RN sont attendus dans le centre-ville, à l’appel de la CGT et de plusieurs figures de la gauche. C’est une manifestation déclarée et autorisée, la seule du week-end. Parmi les personnalités annoncées figurent la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, et le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko. Olivier Faure a promis : « Samedi, je serai à Orléans pour faire face au discours de Marine Le Pen et au discours de l’extrême droite. »
Selon le préfet, plusieurs mots d’ordre venant de l’ultragauche visent à perturber le congrès. Dans le détail, l’AFP évoque 2 000 à 3 000 « éléments radicaux » parmi les opposants. Toute manifestation anti-RN sera interdite dimanche, jour du discours de Marine Le Pen.
Un congrès sous protection
Louis Aliot, vice-président du parti, a dit espérer que la sécurité serait « garantie ». Marine Le Pen assure ne pas avoir d’inquiétude sur la sécurité de son congrès, et place le débat sur le plan politique : « Ça ne scandalise plus personne que des mouvements cherchent à empêcher le déroulement de la vie d’un parti. »
Tous les élus du mouvement d'extrême droite ont relayé le même visuel sur leurs réseaux : « J’y serai, et vous ? » Jordan Bardella, seul candidat à la succession de Marine Le Pen à la tête du RN, doit y être plébiscité. Il fait l’objet d’accusations d’antisémitisme depuis que Mediapart lui attribue des messages antisémites envoyés en 2013, alors qu’il avait 17 ans. Jordan Bardella conteste les faits, dénonce une « opération de déstabilisation » et a porté plainte contre le site pour diffamation.
Un discours de « rassemblement »
Dimanche après-midi, devant environ 10 000 militants, Marine Le Pen doit prononcer un discours qui doit ouvrir une nouvelle étape de sa tentative de conquête du pouvoir. Son directeur adjoint de campagne, Renaud Labaye, explique : « Jusqu’ici c’était la candidate du RN, là elle va s’élever au-dessus des partis. » Le thème central sera la « renaissance ». Après les violences du 17 octobre, son entourage affirme qu’elle n’entend « pas changer le discours pour être plus sécuritaire » ni « faire de surenchère » sur le retour à l’ordre.
Jordan Bardella, futur Premier ministre putatif selon l’AFP, abordera les « questions immédiates ». Eric Ciotti interviendra en première partie, sur le thème du rassemblement. Le RN ne prévoit pas d’autre grand meeting avant janvier.