France: à son procès, la «revenante» Selma Tahar Aouidate reconnaît son adhésion «au jihad armé»


Au procès de la « revenante » Selma Tahar Aouidate, partie rejoindre le groupe terroriste État islamique en Syrie en 2014 avec une vingtaine de membres de sa famille, l’accusée était interrogée jeudi 15 octobre sur les faits. La trentenaire, mère de deux enfants placés, encourt 30 ans de prison pour association de malfaiteurs terroriste.

À l’heure du réquisitoire ce vendredi, l’avocat général n’aura pas à s’échiner pour démontrer la culpabilité de Selma Tahar Aouidate. Malgré le poids déterminant – et prouvé au dossier – de son frère Fodil dans la radicalisation et le départ de la famille, Selma Tahar Aouidate reconnait avoir « adhéré au jihad armé », rejoint la Syrie « par choix », et « consolidé » le projet du califat par sa présence. Condamnation acquise, l’enjeu sera la peine, et donc le regard porté sur l’évolution et la dangerosité de l’accusée.

Arrivée en Syrie en mai 2014, elle ne quitte l’organisation État islamique qu’en janvier 2019. Une longévité signe d’ancrage idéologique durable pour les enquêteurs. Elle raconte que malgré un mariage forcé, les violences de son mari, les exactions de l’EI, les bombardements, elle passe un an et demi à « vivre au jour le jour », « entre validation et déni », pointe l’expert psychiatre.

 

Une période ponctuée de chocs – vision d’exactions, attentats du 13-Novembre – qui créent les premières fissures. Puis en 2016 vient « une première prise de conscience » en voyant la vidéo du pilote jordanien brûlé vif : « Je me suis dit : j’ai rejoint ça, je fais partie des gens qui ont fait ça, moi ! » L’année suivante, elle fait une première tentative de départ, dit-elle.

« À l’époque, quitter l’EI, c’est très difficile », explique Selma – les enquêteurs ont confirmé. Il y a « le risque de mort, les difficultés matérielles », mais surtout, insiste-t-elle, « le long chemin » de la distanciation idéologique. « Quand on a tout lâché pour ça, c’est dur de reconnaitre que j’ai détruit ma vie de mes propres mains ! »

Depuis, elle dit avoir « beaucoup évolué », et encore plus durant ses cinq ans et demi de détention en France. L’expert psychiatre confirme. Selma Tahar Aouidate le reconnait : « Le travail n’est pas terminé. » « Mais j’ai hâte de le faire dehors. Aujourd'hui, je suis seule décisionnaire de ma vie. Je pense à moi, à mes enfants, à avancer », affirme-t-elle.

Vendredi 16 Octobre 2026
RFI