Voilà des semaines que le Sénégal se déchire sur une question qui n'en vaut pas la peine. On voudrait qu'on tranche : a-t-il, oui ou non, géré 1,77 milliard à la Primature ? Le pays s'échauffe, les plateaux tournent, les réseaux s'emballent. Et pendant ce temps, la vraie question dort, ignorée de tous. Car ce procès en sincérité arrange bien du monde. Il occupe. Il détourne, pendant que la situation économique du Sénégal est en déliquescence. Il nous fait oublier ce qu'un citoyen devrait vraiment vouloir savoir sur l'argent qui est le sien.
Posons d'abord ce qui ne se discute pas. On n'avance pas dans un débat en piétinant les faits.
Ces fonds existent, et personne de sérieux ne le conteste. Ils remontent à un décret de 2004, signé sous Wade, qui crée à la Primature un programme pour la paix en Casamance. Un texte public, publié au journal officiel, que chacun peut consulter. Leur existence est donc parfaitement légale. Et la transparence sur l'argent public ? Toute la coalition qui a porté Bassirou Diomaye Faye s'en réclame. Sur ce point, il n'y a pas deux camps. Il y a une seule promesse, faite aux mêmes Sénégalais.
Seulement voilà : cette promesse, quelqu'un l'a criée plus fort que les autres. Quelqu'un qui a défié publiquement qui oserait prétendre qu'il gérait des fonds politiques. Et ce même homme a fini par en donner le montant, une fois écarté du pouvoir. Entre le défi lancé aux militants et l'aveu que les faits ont arraché, il y a un fossé. C'est dans ce fossé que se cache la question qu'on s'acharne à enterrer.
De l'existence à l'usage
Un fonds public n'est pas un chèque en blanc au bout d'une signature. Il a une destination. Celui de 2004 l'affiche noir sur blanc : la paix en Casamance. Et c'est précisément là que tout se joue. Car le jour où de l'argent portant l'étiquette « Casamance » sert à acheter des véhicules ou à rénover un bâtiment de l'administration, pendant que du matériel de déminage attend à Ziguinchor, nous avons changé de sujet. Il ne s'agit plus de légalité. Il s'agit de parole tenue. De ce que l'administration nomme, sans détour, un détournement d'objectif.
Qu'on m'entende bien : je ne prononce aucune condamnation. Je refuse un tour de passe-passe. On voudrait nous convaincre qu'un fonds « traçable » serait, comme par miracle, un fonds transparent. C'est faux, et chacun le sait. Garder la trace d'une dépense est une chose ; répondre de ce à quoi elle a servi en est une autre. Montrer ses relevés sans jamais assumer l'usage qu'on en a fait, ce n'est pas de la transparence. C'est de l'aplomb. Et l'aplomb n'a jamais valu quitus.
Voilà ce qu'on cherche à nous empêcher de dire. Ceux qui veulent enfermer le pays dans le « qui a menti ? » ont un intérêt limpide à ce que jamais on ne demande : et cet argent, où est-il passé ? La première question flatte la passion et ne coûte rien. La seconde engage une responsabilité. C'est pour cela, précisément, qu'on la fuit.
Deux façons de parler de transparence
Il y a deux manières de se réclamer de la transparence. La première consiste à réformer patiemment les institutions pour les rendre comptables de leurs actes, sans les affaiblir et sans en faire un marchepied. C'est la voie du président Faye : il a publié son patrimoine, et il propose de soumettre les grandes réformes au référendum, c'est-à-dire au peuple. Une transparence qui prend son temps, qui ne cherche pas de tête à couper, mais qui se donne des règles.
La seconde est autrement plus bruyante. Elle fait de la transparence une arme, dresse un tribunal permanent où le même homme est procureur le lundi et accusé le vendredi. Elle prend un débat budgétaire — ingrat, technique, mais essentiel — et le transforme en bélier contre l'exécutif né de la même victoire, de la même promesse, du même vote. Cette transparence-là ne renforce rien. Elle fissure l'État au nom d'une vertu qui condamne chez les autres ce qu'elle absout chez elle.
Appelons les choses par leur nom. Ce n'est pas une croisade pour la clarté ; c'est une manœuvre de survie qui s'est trouvé un costume moral. On ne redresse pas un pays en le prenant en otage de ses propres contradictions.
Le vrai chantier, si l'on est sérieux
Puisque tout le monde jure désormais par le contrôle, prenons-les au mot — les plus bruyants d'abord. Le camp présidentiel n'a aucune raison de redouter l'exigence de comptes ; il devrait la porter plus loin que quiconque. Encadrons ces fonds pour de bon. Soumettons leur usage à une vérification indépendante. Faisons qu'un franc « Casamance » ne puisse plus finir ailleurs qu'en Casamance sans qu'une autorité ait à s'en expliquer. Voilà une réforme qui grandirait le pays. La polémique, elle, ne grandit que ceux qui l'entretiennent.
La ligne doit être claire : réformer sans détruire, contrôler sans manipuler, rendre des comptes sans en faire un règlement de comptes. C'est la ligne de la responsabilité. Et c'est celle que les Sénégalais attendent, eux qui n'ont pas voté pour un feuilleton, mais pour qu'on gère leur pays.
La question n'a jamais été de savoir qui signe le plus beau discours sur la transparence. Elle est de savoir qui l'accepte encore lorsqu'elle se retourne contre lui. Sur ce terrain, ceux qui veulent réformer sérieusement peuvent avancer sans crainte. Ce sont ceux qui ont fait du soupçon un fonds de commerce qui feraient bien de s'inquiéter.
Papis TRAORE
Citoyen
Posons d'abord ce qui ne se discute pas. On n'avance pas dans un débat en piétinant les faits.
Ces fonds existent, et personne de sérieux ne le conteste. Ils remontent à un décret de 2004, signé sous Wade, qui crée à la Primature un programme pour la paix en Casamance. Un texte public, publié au journal officiel, que chacun peut consulter. Leur existence est donc parfaitement légale. Et la transparence sur l'argent public ? Toute la coalition qui a porté Bassirou Diomaye Faye s'en réclame. Sur ce point, il n'y a pas deux camps. Il y a une seule promesse, faite aux mêmes Sénégalais.
Seulement voilà : cette promesse, quelqu'un l'a criée plus fort que les autres. Quelqu'un qui a défié publiquement qui oserait prétendre qu'il gérait des fonds politiques. Et ce même homme a fini par en donner le montant, une fois écarté du pouvoir. Entre le défi lancé aux militants et l'aveu que les faits ont arraché, il y a un fossé. C'est dans ce fossé que se cache la question qu'on s'acharne à enterrer.
De l'existence à l'usage
Un fonds public n'est pas un chèque en blanc au bout d'une signature. Il a une destination. Celui de 2004 l'affiche noir sur blanc : la paix en Casamance. Et c'est précisément là que tout se joue. Car le jour où de l'argent portant l'étiquette « Casamance » sert à acheter des véhicules ou à rénover un bâtiment de l'administration, pendant que du matériel de déminage attend à Ziguinchor, nous avons changé de sujet. Il ne s'agit plus de légalité. Il s'agit de parole tenue. De ce que l'administration nomme, sans détour, un détournement d'objectif.
Qu'on m'entende bien : je ne prononce aucune condamnation. Je refuse un tour de passe-passe. On voudrait nous convaincre qu'un fonds « traçable » serait, comme par miracle, un fonds transparent. C'est faux, et chacun le sait. Garder la trace d'une dépense est une chose ; répondre de ce à quoi elle a servi en est une autre. Montrer ses relevés sans jamais assumer l'usage qu'on en a fait, ce n'est pas de la transparence. C'est de l'aplomb. Et l'aplomb n'a jamais valu quitus.
Voilà ce qu'on cherche à nous empêcher de dire. Ceux qui veulent enfermer le pays dans le « qui a menti ? » ont un intérêt limpide à ce que jamais on ne demande : et cet argent, où est-il passé ? La première question flatte la passion et ne coûte rien. La seconde engage une responsabilité. C'est pour cela, précisément, qu'on la fuit.
Deux façons de parler de transparence
Il y a deux manières de se réclamer de la transparence. La première consiste à réformer patiemment les institutions pour les rendre comptables de leurs actes, sans les affaiblir et sans en faire un marchepied. C'est la voie du président Faye : il a publié son patrimoine, et il propose de soumettre les grandes réformes au référendum, c'est-à-dire au peuple. Une transparence qui prend son temps, qui ne cherche pas de tête à couper, mais qui se donne des règles.
La seconde est autrement plus bruyante. Elle fait de la transparence une arme, dresse un tribunal permanent où le même homme est procureur le lundi et accusé le vendredi. Elle prend un débat budgétaire — ingrat, technique, mais essentiel — et le transforme en bélier contre l'exécutif né de la même victoire, de la même promesse, du même vote. Cette transparence-là ne renforce rien. Elle fissure l'État au nom d'une vertu qui condamne chez les autres ce qu'elle absout chez elle.
Appelons les choses par leur nom. Ce n'est pas une croisade pour la clarté ; c'est une manœuvre de survie qui s'est trouvé un costume moral. On ne redresse pas un pays en le prenant en otage de ses propres contradictions.
Le vrai chantier, si l'on est sérieux
Puisque tout le monde jure désormais par le contrôle, prenons-les au mot — les plus bruyants d'abord. Le camp présidentiel n'a aucune raison de redouter l'exigence de comptes ; il devrait la porter plus loin que quiconque. Encadrons ces fonds pour de bon. Soumettons leur usage à une vérification indépendante. Faisons qu'un franc « Casamance » ne puisse plus finir ailleurs qu'en Casamance sans qu'une autorité ait à s'en expliquer. Voilà une réforme qui grandirait le pays. La polémique, elle, ne grandit que ceux qui l'entretiennent.
La ligne doit être claire : réformer sans détruire, contrôler sans manipuler, rendre des comptes sans en faire un règlement de comptes. C'est la ligne de la responsabilité. Et c'est celle que les Sénégalais attendent, eux qui n'ont pas voté pour un feuilleton, mais pour qu'on gère leur pays.
La question n'a jamais été de savoir qui signe le plus beau discours sur la transparence. Elle est de savoir qui l'accepte encore lorsqu'elle se retourne contre lui. Sur ce terrain, ceux qui veulent réformer sérieusement peuvent avancer sans crainte. Ce sont ceux qui ont fait du soupçon un fonds de commerce qui feraient bien de s'inquiéter.
Papis TRAORE
Citoyen