Fête de l’INDEPENDANCE avez-vous dit ? (Yankhoba Seydi)


Le temps semble bien lointain où Macky Sall lançait pompeusement le célébrissime slogan « une gestion sobre et vertueuse ». 
Mais totu au long de son mandat, la vertu n’a existé qu’à l’état verbal, tandis que la sobriété est « mackyée » par l’ébriété. Grave, me direz-vous ! Quand par pur hasard je me suis retrouvé avec mon oncle ce dimanche 31 mars 2019 sur le boulevard du centenaire, et vu les gros moyens déployés pour dit-on la fête de l’indépendance, je me suis dit mais qu’est-ce qui nous arrive ? Je ne réponds pas a cette question, mais j’enchaîne tout de même avec une autre : si nous sommes réellement indépendants depuis presque 60 ans, a-t-on vraiment besoin de dépenser des centaines de millions pour le clamer haut et fort à la nation et au monde entier ? Ma réponse et celle de mon oncle Salif étaient naturellement NON, car en dehors des vendeurs d’illusions et de leurs victimes, le reste de nos compatriotes savent bien que le pays est aussi dépendant que les insulino-dépendants. Si nous sommes réellement indépendants, les millions qui sont déployés le temps d’une seule et petite matinée de célébration peu, voire non utile, pourraient bien servir aux malades qui, eux, sont vraiment dépendants de la radiothérapie, de ces nombreuses localités dont les populations sont dépendantes des médecins spécialistes sans les trouver hélas ! Combien de fois avons-nous entendu le cri de détresse de populations de grands centres urbains déplorer l’absence de gynécologues. Je ne citerai que cet exemple. 
L’école sénégalaise est dépendante de moyens infrastructurels et humains qui manquent de façon criarde au point que nous avons des effectifs de cent dans certaines classes. Ne parlons même pas de nos universités ; ne parlons pas non plus des effectifs ridicules d’agents de sécurité. Les pompiers n’ont que leur courage et leur serment face au péril. 
La liste est longue des choses dont nous sommes dépendantes sans nous donner les moyens d’en être indépendants, mais on est prêt à dépenser des centaines de millions le temps d’une matinée juste pour rappeler au monde entier que nous sommes indépendants au moment où on continue à mourir dans les hôpitaux, où pour cause de pauvreté deux militaires ont osé braquer en plein jour une banque juste pour avoir de quoi baptiser un enfant. 
Puisqu’on aime le clinquant et le tape-à-l’œil, le 4avril est toujours l’occasion rêvée de faire défiler des équipements ultrasophistiqués, histoire de prouver à tous que nous n’avons rien à craindre, mais malheureusement, quand on se réveille brutalement le lendemain par un incendie dans un marché ou chez un voisin, c’est à cet instant précis que l’on réalise que le sous-équipement, voire le non-équipement des pompiers les rend impuissants face aux flammes avides qui dévorent le marché. La conclusion c’est qu’on déploie les moyens juste pour montrer qu’on a les moyens sachant qu’on ne les a pas. Immoral, n’est-ce pas ? !
Etre indépendant, c’est avant tout manger à sa fin, se soigner correctement, trouver de l’eau en qualité en tout temps, etc.., ce minimum vital basique fait défaut à de larges pans de la population sénégalaise dont la dépendance est visible, mais cela ne semble nullement émouvoir les tenants du pouvoir qui préfèrent faire dans le bling bling et le faste d’une célébration qui, au contraire, montre à tous, que nous sommes plus dépendants qu’indépendants. 
Mais quoi de plus normal quand on sait que dans ce pays on aime vraiment se bercer d’illusions au lieu d’ouvrir les yeux et de voir la réalité. Doit-on vraiment sauter sur Trump quand il dit que certains pays africains sont des pays de merde ? Regardons la vérité en face et osons la dire pour oser l’à-venir.

Yankhoba SEYDI
Mercredi 3 Avril 2019
Dakaractu




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