Faut-il payer l’eau à Touba ? (Mbaye Babacar DIAGNE)


La problématique de la facture de l’eau consommée par les habitants de la ville sainte de Touba est cyclique depuis une dizaine d’années. Elle va s’accentuer avec l’accroissement démographique fulgurant de la ville et par le développement de nouveaux quartiers mais aussi l’installation de nouvelles activités productrices.
Nous pensons très humblement que cette question de la facturation de l’eau dans la ville sainte mérite d’être approchée sur un autre angle que celui uniquement du payement ou non de la ressource consommée à l’instar des autres localités du Sénégal !
Une fois toute la problématique maitrisée par une bonne communication envers les Chefs et Guides religieux d’abord et ensuite envers les consommateurs, les réactions sur la facturation de l’eau seraient autres que celles enregistrées actuellement.
Mais en fait, paye – t – on l’eau ou le service de l’eau ?
Il faut rappeler d’emblée que le droit à l’eau ne se limite pas à créer des infrastructures pour distribuer l’eau potable, il ne se réduit pas à affirmer le droit de pouvoir acheter de l’eau potable ou au droit à être desservi en eau potable moyennant paiement au sens où ce droit existe pour d’autres fluides comme le gaz ou l’essence. Le motif est que l’eau potable n’est pas « un bien marchand comme les autres ».
En effet, depuis le 28  juillet  2010, l'accès à l'eau potable est reconnu comme un droit fondamental  par l’ONU. Ceci en soulignant que le droit à l’eau potable, salubre et propre est « un droit fondamental, essentiel au plein exercice du droit à la vie et de tous les droits de l’homme.». Le Sénégal a ratifié tous les textes internationaux sur l’accès à l’eau potable et à l’assainissement pour tous. Dans notre dispositif national nous avons la particularité d’avoir un Code de l’eau et un Code de l’assainissement.
Dans le cadre des composants du prix de l’eau, les pouvoirs publics abandonnent progressivement les systèmes de subventions grâce auxquels la plupart des réseaux de distribution ont été construits. La réduction de ces subventions, inscrites dans des lois nationales, a entraîné une augmentation très sensible du prix de l’eau dans les pays qui ont subventionné l’eau potable jusqu’ici. Une exigence minimale serait que le prix payé pour l’eau par l’ensemble des usagers couvre les coûts de fonctionnement et les autres coûts annuels.
Qu’en est – t- il des coûts de fonctionnement, de réhabilitation / réparations et de maintien des infrastructures de production d’eau dans la ville sainte de Touba ?
Qui paye ? Combien ? Sous quelles modalités ?
Ce principe du recouvrement des coûts de l’eau ne signifie pas que l’eau soit d’un prix identique pour tous. Des exceptions à ce principe sont possibles pour des raisons sociales et autres (nos villes religieuses devraient –elles bénéficier de cette exception et à quel titre ?).  Par exemple au Burkina Faso, « l’utilisation de l’eau exige de chacun qu’il participe à l’effort de la nation pour en assurer la gestion » (Code de l’eau, article 47). Au Mali, « l’accès au service public doit toujours être payant » (Code de l’eau, article 53).
D’autres modalités de gestion des services de l’eau existent telles que la privatisation (Angleterre), la concession, la délégation de service (France), la régie (Pays-Bas, Suède, etc.). En Côte d’Ivoire, au Bénin et au Sénégal, le service public est géré dans le cadre d’une concession. Le nouveau Code de l’eau de la Mauritanie (2005) spécifie que « les principes de la tarification de l’eau devront prendre en compte les exigences de l’équilibre économique et financier des délégataires.
Au Sénégal, par exemple on parle du payement du service de l’eau. Car la ressource elle-même n’est pas « vendue ». Toutefois, à Touba, le payement de la facture d’eau par l’usager n’est pas encore effectif. Cependant cette même facture est payée autrement par le contribuable sénégalais…… et pour des sénégalais bien entendu…….
L’existence du droit à l’eau implique des devoirs et des obligations car la distribution de l’eau potable est soumise à des règles qui vont bien au-delà de celles applicables à la vente de boissons. En effet, la loi fait généralement obligation de ne distribuer qu’une eau dont la qualité satisfait aux normes de santé publique et oblige les pouvoirs publics à faire les contrôles nécessaires.
Toute l’eau distribuée à Touba est – elle toujours potable, vue les systèmes de raccordements effectués par le « plombier du coin » ne maitrisant pas forcément toutes les règles de l’art ?
De nombreuses raisons sanitaires, économiques, religieuses, environnementales et sociales peuvent pousser les communautés à solliciter ou même exiger une eau de meilleure qualité, respectant toutes les normes prescrites par la loi. Mais est-ce possible à ce stade ?
En effet sur le plan sanitaire, la distribution d’une eau non salubre coûte plus cher en termes de factures sanitaires pour les populations mais également pour l’état avec la prise en charge de maladies liées à l’eau et l’importation de médicaments pour leur traitement. Les mauvais raccordements et le manque d’un service technique dédié au suivi de la qualité des eaux dans tout le réseau ont des conséquences insoupçonnées.
Sur le plan économique, une eau de meilleure qualité peut entrainer de l’épargne sur les factures de santé, la dynamique des acteurs productifs à travers la disponibilité sur le temps de travail des « potentiels malades »…….
Sur le plan religieux, le gaspillage de quelque ressource que ce soit est banni. Qui peut ignorer encore plus longtemps, en période de canicule, dans la ville sainte, l’arrosage des cours des maisons, des devantures des maisons et autres utilisations non appropriées de l’eau « potable » distribuée gratuitement ?
Sur le plan environnemental et de pérennisation de cette cité religieuse, et tant d’autres, la notion de penser aux générations futures, capable de perpétuer les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba, dans un environnement où la disponibilité de l’eau de qualité est assurée pour une pureté perpétuelle, est plus qu’important à faire savoir aux populations.
La protection de la ressources eau par une utilisation rationnelle n’incombe pas seulement à l’autorité à quelque niveau que ce soit, mais aussi au citoyen lambda dans ses pratiques de tous les jours et partout.
La ressource eau douce n’est pas infinie ! Le stock est unique ! Nous ne pouvons pas l’améliorer ou en produire davantage ! Et toute la quantité d’eau douce dont dispose l’humanité n’est pas accessible !
Alors tout ce qui doit pousser à une utilisation rationnelle, limitée et qui permette le retour de l’eau dans son cycle naturel non perturbé doit un être un crédo pour nous tous
Je n’ai pas la réponse à la question du payement ou non de l’eau à Touba à ce niveau de la réflexion.
Mais ce dont je suis sûre, étant dans un pays sahélien, où les ressources en eau sont limitées, si nous continuons à perpétuer des systèmes qui ne sont pas viables dans l’utilisation de l’eau, nous mettons à périls notre existence et celle des autres.
Dans l’histoire des peuplements, de nombreuse villes dans le monde ont disparu ou se sont déplacées après la tarification de leur ressource en eau. Chez nous, nous souhaitons la survivance de toutes nos villes,
L’eau étant source de vie, elle est aussi source de perpétuation de toutes nos pratiques religieuses. Et rien que pour cela, aucune barrière ne doit être maintenue dans la recherche de solution sur cette problématique de la tarification de l’eau dans cette ville sainte de Touba !
 
Mbaye Babacar DIAGNE
Ingénieur Eau et Assainissement
704605594 / babacar.diagne@gmail.com
 
Lundi 4 Décembre 2017
Dakaractu



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