FMI-Sénégal : 1 243 milliards FCFA en jeu, dette à 125 % du PIB et subventions énergétiques dans le viseur… ce que le Sénégal devra faire pour bénéficier du nouveau programme

Après près de deux années de tensions autour de la question de la dette non déclarée, le Sénégal et les services du Fonds monétaire international ont franchi une étape majeure vers un nouveau programme de trois ans. Dans un entretien accordé à L’Observateur, Majdi Debbich, représentant résident du FMI au Sénégal, détaille les conditions entourant cet accord technique, la trajectoire de la dette publique, le traitement du « misreporting » et l’explosion attendue des subventions à l’énergie.


Le Sénégal et le Fonds monétaire international semblent avoir renoué le fil du dialogue après une longue séquence marquée par la controverse sur la dette publique. Dans son édition de ce mercredi 2 septembre 2026, L’Observateur rapporte que les services du FMI et les autorités sénégalaises ont conclu un accord au niveau technique portant sur un nouveau programme de trois ans, pour un montant total de décaissements estimé à environ 2,2 milliards de dollars, soit près de 1 243 milliards de FCFA.
 
Majdi Debbich précise toutefois que cette étape ne vaut pas encore approbation définitive. Le programme doit désormais être soumis au Conseil d’administration du FMI. Il s’agit néanmoins d’un tournant après deux années durant lesquelles les autorités ont travaillé à clarifier l’ampleur de la dette qui n’avait pas été correctement rapportée dans les statistiques des finances publiques.
 
Selon le représentant résident du FMI, les discussions ont notamment porté sur le « misreporting », mais également sur les réformes économiques qui devront accompagner le futur programme. Plusieurs investigations ont permis d’éclaircir la situation, avec des travaux menés notamment par l’Inspection générale des finances, la Cour des comptes et le cabinet d’audit Mazars. L’objectif est désormais de mettre en place des mécanismes destinés à éviter qu’une telle situation ne se reproduise.
 
Le FMI insiste surtout sur une condition fondamentale : la dette sénégalaise doit être viable à moyen terme. Majdi Debbich indique que l’institution travaille conjointement avec la Banque mondiale à travers son cadre d’analyse de viabilité de la dette afin d’évaluer le risque de surendettement.
 
Sur le niveau de l’endettement, le responsable du FMI évoque une dette évaluée autour de 132 % du PIB à fin 2024 et aux environs de 125 % du PIB à fin 2025. Au-delà du stock de dette, la charge qui pèse sur les finances publiques constitue également une préoccupation. D’après les indications rapportées par L’Observateur, environ un quart des recettes fiscales serait consacré au paiement des intérêts, réduisant d’autant les marges disponibles pour les investissements publics et les dépenses sociales prioritaires.
 
Le nouveau programme devrait ainsi s’appuyer sur un redressement des finances publiques et une trajectoire budgétaire compatible avec la soutenabilité de la dette. Le Sénégal a parallèlement annoncé un plan de traitement de sa dette avec l’objectif de rétablir sa viabilité à moyen terme.
 
Autre dossier sensible : les subventions énergétiques. Le FMI ne présente pas leur suppression pure et simple comme la seule option, mais pointe un problème de ciblage. Selon Majdi Debbich, les subventions actuelles profitent à l’ensemble des consommateurs, et de manière disproportionnée aux ménages qui ont le moins besoin d’assistance et qui consomment le plus d’énergie.
 
La situation a été aggravée par la conjoncture internationale et notamment la crise au Moyen-Orient. Les subventions à l’énergie pourraient dépasser 800 milliards de FCFA en 2026, contre un peu plus de 300 milliards initialement inscrits dans la loi de finances. L’enjeu pour les autorités sera donc de rendre le mécanisme plus efficace tout en orientant davantage les aides vers les populations vulnérables.
 
Concernant les 2,2 milliards de dollars prévus dans le programme, les décaissements ne seront pas effectués en une seule fois. Un premier financement intervient généralement après l’approbation du Conseil d’administration du FMI. Des revues sont ensuite organisées tous les six mois pour évaluer la mise en œuvre des engagements, chaque revue pouvant ouvrir la voie à un nouveau décaissement.
Mercredi 2 Septembre 2026
Dakaractu