L'exclusion de Thélyson Orélien de la sélection du prix Goncourt a fait l'objet d'un débat sur la TFM, animé par le journaliste Abdoulaye Cissé, avec l'écrivain Pape Samba Kane, le journaliste et critique Abdourahmane Mbengue, l'éditeur Abdoulaye Diallo, directeur général de L'Harmattan, l'écrivaine Fatoumata Diallo Ba et l'écrivain et prête-plume Ibrahima Fall. Le romancier canado-haïtien, dont C'était ça ou mourir (Grasset) a été retiré de la liste le 25 septembre, est accusé sur les réseaux d'avoir eu recours à l'intelligence artificielle. Des accusations de plagiat sur des textes plus anciens se sont ajoutées et l'Académie a invoqué les deux motifs pour justifier sa décision.
Le plateau s'est ouvert sur la lecture du début du chapitre 13, un passage sur l'exil d'un Haïtien au Brésil. Fatoumata Diallo Ba a dit y retrouver un souffle : elle lit, a-t-elle expliqué, avec ses tripes et non en analyste, et que le texte ait été écrit avec ou sans IA lui importe peu. Ce qui compte pour elle, c'est sa beauté et sa puissance. Elle ne se prononce pas sur les accusations de plagiat, faute de pouvoir les vérifier, et rappelle que le livre parle d'un exil que d'autres ont connu.
Abdoulaye Diallo est allé plus loin. Selon lui, l'Académie Goncourt s'est « fourvoyée » en écartant un auteur parce qu'un logiciel en a accusé un autre, et l'affaire est née, dit-il, d'une « accusation lâche » lancée derrière un écran. L'éditeur, qui affirme avoir lu puis relu le livre, voit dans l'IA un outil comme le furent les dictionnaires pour les grands écrivains, et parle d'un « procès d'intention ». Il invite aussi à ne pas éluder la question raciale. Abdourahmane Mbengue a resitué le débat sur le terrain de la critique. Il oppose la lecture impressionniste, celle de Fatoumata Diallo Ba, à la critique académique, et estime que depuis l'irruption de l'IA plus personne ne lit innocemment : chacun cherche, y compris pour dire qu'il n'a rien trouvé. Il voit là un processus « d'artification », comparable à l'arrivée de la photographie, et évoque la possibilité d'un label « 100 % humain », en s'interrogeant sur la manière de le vérifier.
Pape Samba Kane, auteur d'un ouvrage sur l'IA en Afrique, considère l'affaire comme l'étincelle qui a fait exploser « un baril de poudre ». Il dit ne pouvoir affirmer, de bonne foi, ni que l'auteur l'a fait, ni qu'il ne l'a pas fait. Il raconte avoir écrit, avec l'aide d'une IA, en une journée, un texte sur « l'amour comme dernière idéologie », qui pouvait selon lui atteindre un éditeur. Il évoque un romancier américain qui aurait perdu un contrat de 2,4 millions de dollars après une analyse de détection, et conclut que l'on ne regardera plus un manuscrit comme avant. Ibrahima Fall s'interroge : accuse-t-on Thélyson Orélien d'avoir écrit avec une IA ou d'écrire comme une IA ? On a, selon lui, codifié l'écriture des IA (anaphores, répétitions, tournures en « ce n'est pas… c'est… »), alors que l'anaphore est une figure de style propre à la littérature négro-africaine. Il estime que ceux qui écrivent continueront d'écrire et relève, sur les quatre premiers chapitres qu'il a lus, une densité qui bouleverse dès l'incipit.