(Exclusif) Saër Kébé se confie à Dakaractu : « Je n'ai jamais douté de mon innocence... L'usage que les jeunes doivent faire des réseaux sociaux »


Quatre ans! C'est le nombre d'années fait par Saër Kébé (détention préventive) avant d'être jugé. Poursuivi pour actes de terrorisme par menace et apologie du terrorisme après des menaces postées sur les pages Facebook de l'Ambassade des États-Unis à Dakar, de l'armée Israélienne et de West Africa Democracy Radio, cet élève qui était en classe de terminale au Lycée de Mbour au moment de son arrestation, a recouvré la liberté après avoir écopé de trois mois de sursis, alors qu'il risquait 5 ans de travaux forcés. 
Depuis le 10 avril dernier,  jour de sa libération, l'ancien détenu n'a plus une minute pour lui. Dakaractu qui a pu décrocher un entretien exclusif avec lui, a dû le retrouver dans la banlieue où il rendait visite à une de ses tantes.
Quatre années après, l'ancien pensIonnaire de la chambre 11 de la prison de Rebeuss semble éprouver des difficultés à affronter le regard de la société. Ses yeux cachés par des lunettes de soleil, il ne veut surtout pas faire croire que les quatre années passées en prison l'ont été pour rien. Pour Saër Kébé, “à quelque chose malheur est bon”. “On ne peut pas dire tout ça pour ça. J'ai beaucoup appris en prison”, commente-t-il sa longue détention sanctionnée par une peine avec sursis. 
Pourtant, l'ancien prisonnier ballotté entre deux centres de détention de Dakar (Rebeuss et Cap Manuel) et la maison carcérale de Mbour, croyait s'en sortir avec un acquittement. “Mais la justice en a décidé autrement. Je l'accepte”, se résigne-t-il. 
Son séjour carcéral, Saër Kébé ne l'assimile pas à la croix et à la bannière. “Partout où je suis passé, j'ai été bien accueilli par les détenus et mon séjour s'est relativement bien déroulé”, se rappelle-t-il, non sans préciser qu'il était dans la section des accusés pour terrorisme. Un isolement qui ne dit pas son “nom”, semble toutefois regretter l'élève mbourois. 
Il a dû taper du poing sur la table pour être jugé. “Des personnes que j'ai devancées en milieu carcéral bénéficiaient d'un jugement alors que mon dossier ne bougeait pas. J'ai décidé d'observer une diète pour me faire entendre”, explique Saër Kébé. 
De son innocence, il dit n'en avoir jamais douté. “J'étais très confiant car je me savais innocent”, répond-il à la question de savoir s'il n'avait pas été apeuré par les échos des procès de l'Imam Ndao. Un procès au terme duquel des accusés ont écopé de lourdes peines, allant parfois jusqu'à 20 ans de travaux forcés. 
Maintenant qu'il est élargi de prison, l'ancien pensionnaire du lycée Demba Diop de Mbour veut se reconstruire. “J'ai commencé mes révisions en prison et j'aimerais passer le bac en juillet sinon je suis en train de voir comment le différer en octobre”, ambitionne-t-il. 
En attendant de passer les épreuves du Bac qui lui ouvriraient la porte des études supérieures, Saër Kébé a pris une résolution. Sa fréquentation du net sera différente et il invite les jeunes à en faire de même. “Les réseaux sociaux, il faut les utiliser intelligemment et à bon escient car nul n'est censé ignorer la loi”, conscientise-t-il les usagers susceptibles de tomber dans les travers qui lui ont coûté 4 ans de sa vie. 
Vendredi 12 Avril 2019
Dakaractu




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